Les dangers de l’intervention de l’État

Une leçon de bon sens de Jean-Baptiste Say il y a déjà deux cents ans, qui n’a hélas pas perdu de son actualité. Quand la connaissance de l’histoire de la pensée économique trouve tout son sens.

Par Johan Rivalland.

Même si on ne peut que comprendre le dépit des salariés de l’aciérie d’Ascoval face à la fermeture annoncée de leur usine, nous nous trouvons là malheureusement devant un cas classique de situation dans laquelle l’État a cherché à se mêler de production, dans des domaines a priori pas tout à fait de son ressort. Avec les choix que cela implique et les conséquences que cela engendre parfois.

Ascoval, l’histoire d’un gâchis

Certes, des investissements importants ont été réalisés et certes on a l’impression à l’arrivée d’un terrible gâchis, en premier lieu bien évidemment d’un point de vue humain. Mais l’État était-il bien dans son rôle depuis le début et est-il en mesure de multiplier les interventions à chaque fois qu’une usine est considérée comme n’étant plus viable (même si, ici, il est actionnaire et a donc bien théoriquement une responsabilité) ?

Je ne me prononcerai pas sur le fond du dossier concernant cette usine en particulier, ne connaissant pas suffisamment ce cas spécifique, mais plutôt sur l’idée de l’intervention répétée en général, qui semble intenable, question de simple bon sens. Et plutôt qu’une longue démonstration, que je pourrai toujours envisager à travers un autre article un jour, je souhaite aujourd’hui simplement souligner que nous nous trouvons dans une logique déjà dénoncée en son temps par Jean-Baptiste Say, à travers son exemple de la tonnellerie.

L’enfer est pavé de bonnes intentions

Il entend y montrer que l’intervention de l’État, et à travers lui des politiques, si elle part en apparence d’un bon sentiment (pour ne pas dire d’un pur intérêt politique), mène à des résultats contraires à ceux recherchés et qui ne font que reporter un problème dans le temps, de la même manière que, comme l’illustre une expression bien connue, on est tenté parfois de cacher la poussière sous le tapis.

Pour ne pas dire pire, car si on poursuit le raisonnement de Jean-Baptiste Say, et que l’on s’inspire des enseignements de Frédéric Bastiat, ce qui se voit est l’intervention immédiate et les emplois sauvés, ce qui ne se voit pas est ceux qui sont peut-être perdus car pour financer l’intervention, il a bien fallu trouver l’argent nécessaire et faire porter l’effort par d’autres, qui en paieront un jour ou l’autre les effets, y compris par des destructions d’emplois (pour lesquelles on ne fera pas le rapprochement avec ce facteur initial qui aura pu dans certains cas jouer). Ce qu’on appelle, en l’occurrence, et à juste titre, l’horreur politique.

Mais laissons place à l’extrait de Jean-Baptiste Say, dans son Traité d’économie, Livre II, chapitre VII :

« Un gouvernement, ou des particuliers bienfaisants avec légèreté, auraient le regret de ne point voir leurs bienfaits répondre à leurs vies. Au lieu de prouver cela par un raisonnement, j’essaierai de le faire sentir par un exemple.

Je suppose que dans un pays de vignobles les tonneaux se trouvent si abondants, qu’il soit impossible de les employer tous. Une guerre, ou bien une loi contraire à la production des vins, ont déterminé plusieurs propriétaires de vignobles à changer la culture de leurs terres ; telle est la cause durable de la surabondance du travail de tonnellerie mis en circulation. On ne tient pas compte de cette cause ; on vient au secours des ouvriers tonneliers, soit en achetant sans besoin des tonneaux, soit en leur distribuant des secours équivalant à peu près aux profits qu’ils avaient coutume de faire. Mais des achats sans besoin, des secours, ne peuvent pas se perpétuer ; et au moment où ils viennent à cesser, mes ouvriers se trouvent exactement dans la même position fâcheuse d’où on a voulu les tirer. On aura fait des sacrifices, des dépenses, sans aucun avantage, si ce n’est d’avoir différé un peu le désespoir de ces pauvres gens.

Sans doute le gouvernement, lorsqu’il le peut sans provoquer aucun désordre, sans blesser la liberté des transactions, doit protéger les intérêts des ouvriers, parce qu’ils sont moins que ceux des maîtres protégés par la nature des choses ; mais en même temps, si le gouvernement est éclairé, il se mêlera aussi peu que possible des affaires des particuliers, pour ne pas ajouter aux maux de la nature ceux qui viennent de l’administration. »