Couches pour bébés : l’enquête panpan cucul

Bébé

SOS bébés ! Du glyphosate dans les couche-culottes ! Des matières toxiques au contact des fesses de nos bambins ! En fait non. Pas de panique.

Par Wakkes Seppi.

Panique sur les couches-culottes ! Selon le journal Le Monde du 25 janvier 2017,

La ministre de l’Environnement saisit l’Anses sur les substances toxiques dans des couches pour bébés.

Le magazine « 60 Millions de consommateurs » a mis en garde contre la présence de substances « à la toxicité suspectée ou avérée » dans certains modèles.

Le programme de travail de l’Anses pour 2017 prévoyait :

Substances chimiques dans les couches pour bébés.

Une étude récente fait état de la présence de diverses substances chimiques à l’état de traces dans les couches pour bébés. Les ministères chargés de l’Environnement, de la Santé et de la Consommation ont donc saisi l’Anses courant janvier afin de réaliser une analyse des risques liés à ces substances, en particulier dans le cas d’une exposition par contact chez l’enfant, d’évaluer la pertinence de définir des seuils pour la présence de ces substances dans les couches, et d’émettre des recommandations pour un meilleur encadrement des modes de fabrication, de la composition et de l’information du consommateur notamment au niveau communautaire.

Nous aurons vraisemblablement des résultats dans un proche avenir…

De quoi s’agissait-il ?

Selon l’association de consommateurs, dans un article du 24 janvier 2017, il y aurait « Des résidus toxiques dans les couches pour bébés ! ».

Plus précisément il s’agirait de « la présence de traces de molécules potentiellement toxiques dans des couches-culottes jetables pour bébés. »

Inutile de vous dire le buzz que ce dossier anxiogène a créé à tous les niveaux, depuis le Sénat jusqu’au gouvernement, voire à la Commission européenne…

Une nouvelle étude est publiée en septembre 2018, où l’on apprend :

Un an après, cet essai semble avoir bouleversé le marché de la couche-culotte pour bébé. De nouvelles marques – dont certaines revendiquent justement « zéro résidus toxiques dans leurs couches » – font parler d’elles. Le leader, lui, semble avoir perdu des parts de marché, si l’on en croit plusieurs articles parus dans la presse, notamment dans le quotidien Le Monde ou dans le magazine Capital.

Les résultats allaient « du mieux à très mauvais »…

Globalement, les résultats de cette édition 2018 sont encourageants : le nombre de couches ne contenant aucune trace est plus important qu’en 2017. Cet essai révèle quelques autres bonnes surprises, comme les bons résultats d’analyse de la marque leader, Pampers. Preuve que l’objectif « zéro résidus toxiques dans les couches » est atteignable, et cela dans des délais relativement courts.

Pour autant, tout n’est pas rose dans le petit monde de la couche pour bébé. Nos analyses ont en effet mis en évidence la présence d’un résidu du glyphosate dans quatre références. Nous avons aussi détecté des traces d’autres substances peu recommandables (pesticides, composés organiques volatils ou halogénés…) dans plusieurs couches.

Pour tenter de comprendre ce qui se passe, je me suis tourné vers nos amis suisses qui viennent de publier précisément le 1er octobre 2018 une étude sur les couches-culottes par l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) qui « considère que les langes ne contiennent pas de substances chimiques susceptibles de présenter des risques pour la santé des nourrissons et des enfants en bas âge. »

Un tableau Excel des valeurs mesurées des substances chimiques dans les langes est proposé ici.

Remettons-en une couche…

Mais pourquoi tant de différences entre nos amis suisses, réputés plutôt calmes, et nous autres Français — plus spectaculaires dans notre vocabulaire et nos actions ?

Aimablement, la Fédération Romande de Consommateurs m’a adressé le compte-rendu des tests. Cette association de consommateurs a collaboré avec l’OSAV dans le cadre de la surveillance du marché. Une telle collaboration serait-elle possible en France ?

Le titre de l’article va faire certainement tiquer, voire plus, l’association 60 Millions, « Couche-culotte Au sec et en sécurité ».

Nous avons mis le paquet pour ce test en recherchant 114 substances chimiques dans 21 références du marché. Verdict : toutes sont sans risque.

L’article de la Fédération Romande de Consommateurs (FRC) commence donc ainsi :

Publié en février 2017 dans le magazine français 60 Millions de consommateurs, un test comparatif traversait la frontière à grand fracas. En révélant la présence de traces de substances chimiques dans dix couches sur douze analysées, nos confrères ont inquiété toute la francophonie. D’où cette question à laquelle la FRC a voulu répondre : le marché suisse est-il aussi concerné ?

Nous avons à notre tour réalisé ce test avec des produits disponibles en Suisse, en collaboration avec l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV). L’objectif : débusquer 114 substances chimiques susceptibles de se trouver dans 21 langes.

Les résultats sont rassurants, puisque seuls cinq composés sur les 114 recherchés ont été détectés, et cela en petites quantités. Avec trois substances identifiées, les Pampers New Baby sont les couches qui contiennent le plus grand nombre de contaminants. À l’exception des références écologiques des marques Swilet, Paul & Paula, Bambo Nature et Libero, toutes les autres recèlent des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), sous la forme presque exclusive de pyrène. Les quantités mesurées restent faibles, mais sa quasi-omniprésence questionne. « Même si ce composé ne pose pas de problème sanitaire dans les proportions mesurées, nous allons continuer à investiguer pour tenter de savoir d’où vient cette contamination », indique Vincent Dudler, responsable de la division de l’évaluation des risques à l’OSAV. Reste que les parents souhaitant acquérir des couches exemptes de toute trace chimique doivent en être conscients : la contamination zéro n’est pas vérifiable. Les analyses ne peuvent pas mesurer la présence de composés chimiques en dessous d’un certain seuil. En clair, les couches de notre tableau qui affichent un double rond vert dans les cinq catégories de substances indésirables peuvent en contenir éventuellement, mais en dessous des limites de détection.

Le ton est bien différent !

D’un côté on a « la contamination zéro n’est pas vérifiable » et de l’autre, on souhaite « zéro résidus toxiques dans les couches » …

Tout ceci pour dire qu’il ne sert à rien d’affoler les populations en vain, mais plutôt de les éduquer en termes scientifiques. La sérénité ne nuit pas au débat, mais les associations de consommateurs en France savent-elles ce que cela veut dire ?

Mes enfants sont désormais grands, mais peut-être qu’aujourd’hui pour être moins stressés qu’en France, faudra-t-il acheter ses couches pour bébé en Suisse ?