Les enfants de l’été sont enfermés

Ils sont confinés à la maison, pratiquant des activités prévues et chapeautées par des adultes.

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Cuando la felicidad es tan grande que necesita dos cuerpos para no rebasar by CB Shoots (CC BY-NC-ND 2.0)

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Les enfants de l’été sont enfermés

Publié le 14 août 2018
- A +

Par Kerry McDonald.

Voici les vacances d’été, mais vous ne le savez peut-être pas, car les enfants sont absents des rues et des trottoirs, des parcs et des espaces publics ; il en va de l’été comme des après-midis et week-ends de l’année scolaire.

Où sont tous ces jeunes ? Ils sont de plus en plus soumis à des activités organisées, gérées par des adultes, souvent à l’intérieur, où on leur dit que faire, que penser et comment agir.

Ces après-midis de notre enfance, remplis de jeux avec les copains du quartier ? Partis. Ces longues journées d’été, passées dehors, avec des amis, dans les bois ou au bord de l’eau ? Un souvenir pittoresque. Aujourd’hui, pour beaucoup d’enfants, presque chaque heure de la journée est orchestrée par quelqu’un d’autre.

Le jeu commandé et la santé mentale

Le jeu des enfants, spontané, libre et informel dans nos espaces publics est une aberration d’une époque révolue. Comme l’écrit Jay Griffiths dans son livre éloquent, A Country Called Childhood  :

Comment l’enfance est-elle devenue si peu spontanée ? Pourquoi cette tendance dominante à traiter les petits d’homme d’une manière qui serait considérée illégale si elle s’adressait aux chiots ? Nés pour explorer et se cacher dans la nature, les enfants en sont maintenant exclus. Ils sont enfermés, en cage, et étrangers au monde extérieur et vivant, d’une manière impensable il y a une génération.

Le calme des quartiers n’est pas le seul effet de cette tendance à délaisser l’activité spontanée de jeu. De nombreux éléments révèlent une augmentation des problèmes de santé mentale chez les enfants à mesure que cette activité diminue.

Dans son article de 2011 pour l’American Journal of Play, le Dr Peter Gray, professeur de psychologie du Boston College, suggère un lien entre le déclin systématique du jeu et l’augmentation de l’anxiété infantile, de la dépression, des sentiments d’impuissance, du narcissisme et d’autres indicateurs de troubles mentaux. Il écrit :

Aujourd’hui, dans de nombreux quartiers, il est difficile de trouver des groupes d’enfants à l’extérieur et, si vous les voyez, ils sont probablement en uniformes et suivent les instructions d’entraîneurs tandis que leurs parents les regardent et les encouragent consciencieusement.

Reprendre possession du temps de jeu

D’autres chercheurs ont constaté de semblables et inquiétantes tendances de privations de jeux. Dans son livre Balanced and Barefoot, Angela Hanscom, ergothérapeute pédiatrique, décrit l’importance du jeu spontané et son impact positif sur le développement émotionnel.

Sur les enfants aujourd’hui elle écrit :

Nous les empêchons d’atteindre l’équilibre sensoriel indispensable pour devenir des adultes équilibrés et en bonne santé. Ils ont besoin de grimper, de sauter, de courir dans les bois, de ramasser des bâtons, de sauter dans des flaques de boue, de tomber et se blesser à l’occasion. Ce sont toutes des expériences naturelles et nécessaires qui aideront à développer un système sensoriel sain, fondement de l’apprentissage et de l’accomplissement de nombreux projets de vie.

Nous devons revenir à une enfance libérée et remplie de jeux. Nous devons accueillir de nouveau nos enfants dans l’espace public, dans nos quartiers, nos parcs et nos trottoirs ; leur donner la liberté de grandir de l’autre côté des clôtures, réelles et mentales. Nous devons remplacer le silence par les bruits familiers de l’enfance, pour eux et pour nous.

Traduction par Contrepoints de It’s Summer Break. Where Have All the Children Gone ?

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Créer un compte Tous les commentaires (12)
  • Article americain mais constat valable aussi en France.
    Les causes en sont helas multiples:

    1) anxiete parentale (va t il se blesser/ se faire violer par un pedophile ?)

    2) prespectives economique sombre -> il vaut mieux qu il apprenne a jouer d un instrument ou l anglais plutot que faire l andouille avec ses copains. ca pourra lui servir plus tard

    3) la plupart des gens avec enfants habitent dans des grandes villes, car c est les seuls endroit ou trouver un travail pas trop mal paye pour chaque conjoint est possible. Hors les grandes villes sont le pire endroit pour grandir pour un enfant car aucune place de jeux non regulé

    4) attitude des gens sans enfants qui ne supportent pas le bruits des enfants ou le fait que ceux ci vont faire de temps en temps des degats (genre casser un branche d un arbre ou le ballon qui va casser un pot de fleur). Par ex, l endroit ou j ai grandi c est transforme en lotissement de retraités et ceux ci s ingenient a supprimer tous les endroits ou nous jouions enfants histoire de pouvoir faire la sieste …

    • On pensait que L’Arrache-coeur de Boris Vian était basé sur une expérience personnelle, mais en fait c’était de l’anticipation.

    • @ cdg
      Vous, je ne sais pas, mais je « mettais à la porte » mes enfants, dès l’âge de 5 ou 6 ans, sans télé ni Game Boy.
      Bon, nous habitons un petit village rural. Nous n’étions même pas inquiets de ne pas les voir revenir pour le déjeuner: ils étaient attablé chez un de nos amis voisins!
      Alors bien sûr, ils apprenaient spontanément beaucoup plus que si ils étaient restés avec leurs parents (connus!), s’amusaient à se rendre utiles, et se regroupaient pour jouer et faire des bêtises avec leurs collègues du même âge! Et en cas d’incident, nous aurions été systématiquement prévenus, tous les autres habitants du village aussi, sans doute!
      Je suis né au centre d’une capitale où j’ai vécu 30 ans: ça n’empêche pas d’aller trouver son complément de bonheur un peu partout, même (et surtout?) sans beaucoup de moyens.

  • Article très pertinent et malheureusement aussi un peu angoissant, voici mon expérience personnelle:
    Après la naissance de mon fils, pour diverses raisons dont une fut d’ordre éducatif : nous avons décidé de quitter la grande ville étouffante de Paris et ses misérables squares, pour les montagnes suisses. Ce ne fut pas simple financièrement, mais 25 ans après je ne peux que nous féliciter de ce choix.
    Certes, les journées d’école étaient longues pour lui : 6 heures du matin, descendre en courant pour ne pas rater le car scolaire, dans la nuit l’hiver, parfois faire la trace dans la neige et la tempête, (nous habitons loin de la route, au-dessus du village, à 1800 m d’altitude…) remonter la pente, le soir, souvent dans la nuit…, puis les devoirs.
    Mais les jours de congé, il a pu s’épanouir en courant la montagne, les champs, la forêt, il était libre d’aller voir ses amis et ces derniers étaient libres de venir chez nous. Dans les montagnes, les gens sont souvent plus solidaires, plus accueillants, et mes voisins l’acceptaient volontiers chez eux. Il put jouer librement, participer parfois aux travaux des champs, apprendre à grimper avec son père, à skier avec la sympathique équipe de compétition locale, à marcher de longues heures. Il a appris l’effort, le froid, la fatigue physique, à affronter ses peurs, à connaître la nature et ses risques, mais aussi ses beautés, à prendre ses responsabilités, la solidarité d’une cordée, l’amitié.
    Aujourd’hui, lorsque mes voisins louent les qualités de mon fils je leur rappelle que ce sont la montagne et les gens de la commune qui l’ont élevé et éduqué…

  • ça promet pour les prochaines générations,on en voit déjà les effets…des gamins accros à leur portable et leur console, qui sont déjà à fond dans la vie et gèrent leur temps comme si leur vie en dépendait..ils passent à côté de leur enfance et leur adolescence parce que la société est comme ça et tellement sombre..

    • @ dekkard
      Non! La révolte adolescente (entre +/- 13 et 25 ans, maintenant) est bien là pour remettre l’acquit (gobé des autres) en cause et imposer progressivement nos choix personnels plus individuels! Et ça, c’est vieux comme le monde! Et ça ne changera pas l’année prochaine!
      Tous les 68ards ne se sont pas soumis!

  • Cela a commencé avec les enfants. Des enlèvements d’enfants avaient défrayé la chronique. Les parents voulaient absolument évité ce type de risque. On ne voyait plus d’enfants aller seuls à l’école. Ils étaient toujours accompagnés. Un jour, brutalement, ils ont déserté les rues.

    Les adolescents aussi ont fait l’objet des mêmes mesures de protection. Ensuite ce furent les femmes. Puis de proche en proche, chacun chercha à se rendre invisible, et dans les rues, il n’y eu plus que des ombres furtives qui pressaient le pas.

    C’était l’époque. « Quand l’époque est en ordre, tu peux te montrer ; quand l’époque est en désordre, tu dois rester caché. » disait un sage. L’époque était en désordre, une guerre sourde faisait rage, et dans les villes, mieux valait bien garder les enfants.

    Dans des contrées moins hostiles où vivre en liberté étaient encore possible, des enfants grandissaient librement comme avant. Jusqu’à quand?

    • erratum : éviter, était

    • @ Virgin
      « Jusqu’à quand? »
      Sans doute jusqu’à toujours: plus il y a d’habitants urbains, plus la population rurale diminue. Or les deux ont leurs avantages et leurs inconvénients!
      Quand Paris sera devenue toxique et inhabitable (déjà, je ne veux plus y aller!), les campagnes se repeupleront de gens qui ne voudront plus n’être que fonctionnaires! Gâcher sa vie pour un salaire ou des avantages sociaux, ça se discute! La vie sans risque, ça n’existe pas!

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