K-Squat-Balade, de Maryelle Budry

Aperçu sur le monde des squats de l’après 68 à Genève. Roman d’une féministe.

Par Francis Richard.

Pourquoi lire un livre d’une soixante-huitarde ? Pour essayer de comprendre et pour satisfaire sa curiosité sur une de ces sœurs humaines qui n’appartiennent assurément pas au monde bourge

Expliciter le titre de l’ouvrage, c’est déjà un bon début pour ce faire. Car chacun de ses termes – si l’on peut dire – donne une idée de son contenu :

– K pour Kommunes : Le K avait son importance, en référence à Kommunen I et II à Berlin, autrement dit à des communautés libertaires, rejetant la famille nucléaire, prônant l’amour libre et soi-disant anarchistes.

– Squat pour occupation de locaux vides par ces communautés : locaux d’habitation ou, même, locaux commerciaux.

– Balade pour une visite mémorielle de ces Kommunes et de ces Squats à travers le temps (depuis 1976 et pendant quelque 40 ans) et l’espace (en ville de Genève).

Pour quelqu’un qui considère, avec Ayn Rand, que Le droit à la vie est la source de tous les droits, et que le droit de propriété est le seul moyen qui en permette la réalisation, les textes des banderoles déployées sur des bâtiments squattés sont insensés :

Dans ma maison il y a quelqu’un qui gêne : le proprio.

(le possessif dans l’expression ma maison est savoureux…)

Abolissons la propriété privée du logement.

Ce qui frappe dans ces souvenirs d’ancienne combattante du MLF (Mouvement de Libération des Femmes) et d’ancienne squatteuse libertaire, c’est qu’elle ne renie pas ce passé tumultueux. 

Sa fille Galia, qui a eu la bonne idée de faire son atterrissage ici-bas le 22 mars 1978, a la même vision rêvée du monde qu’elle, quoique donnant la priorité au combat sur toute autre chose…

Ce qui rassure le lecteur, c’est quand Maryelle Budry dit à un moment donné qu’elle vit avec des colocataires qu’elle n’a pas choisis et qu’il ne s’agit donc pas d’une communauté : sur la base du volontariat la vie en communauté est bien sûr parfaitement admissible.

Ce livre ravira évidemment celles et ceux qui ont participé aux mêmes luttes que l’auteur (comme la lutte pour ce faux droit qu’est le droit au logement), qui s’unissent et se réunissent encore dans le même rejet du système capitaliste

Ce que ces soi-disant alternatifs ignorent, c’est que le système dominant dans les pays occidentaux a abandonné de fait les principes (méconnus) du capitalisme pour la prédation, qu’ils n’ont pratiquée eux qu’à petite échelle..

Aujourd’hui, en effet, les atteintes les plus graves et les plus étendues aux droits de propriété ne sont pas, ou plus, de leur méfait mais de celui des États… qui ont la force de la loi du nombre pour le perpétrer.

K-Squat-Balade, Maryelle Budry, 160 pages, Éditions Encre Fraîche

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