« Sicario, la guerre des cartels » : plus d’action, moins de réflexion

Sicario : un film d’action efficace sans plus de réflexion que le minimum absolu.

Par Aurélien Chartier.

Le premier Sicario, sorti il y a trois ans, avait marqué les esprits par sa vision ultraréaliste de la guerre contre la drogue à la frontière entre les États-Unis et le Mexique. Probablement inspiré par le scandale de l’opération Fast and Furious de l’administration Obama, le film mettait en scène les stratégies douteuses de la DEA pour lutter contre les cartels de drogue mexicains. Le personnage de Kate Mercer, joué par Emily Blunt, servait de contrebalance éthique aux personnages moins scrupuleux joués par Josh Brolin et Benicio del Toro.

Cette suite suit uniquement ces deux derniers, mettant ainsi de côté tout ce qui faisait l’originalité du premier. S’il se veut toujours aussi ultraréaliste, le scénario part pourtant sur une base douteuse de terrorisme où des islamistes arrivent aux États-Unis via la frontière mexicaine. Une référence peu inspirée aux attentats de Boston où les kamikazes étaient pourtant nés sur le sol américain. Mais tout ceci ne sert finalement que de prétexte au scénario pour justifier le fait que les deux barbouzes du premier film vont désormais pouvoir avoir carte blanche sur leurs méthodes.

Et on plonge dans le bain très rapidement avec Matt Graver (John Brolin) qui va assassiner par drone des membres de la famille d’un pirate somalien pour obtenir des renseignements. Là où le premier film savait se montrer non-manichéen, sa suite balaie rapidement toute interrogation que l’on pouvait avoir quant aux méthodes impérialistes de l’armée américaine. Il suffit d’agiter le spectre du terrorisme pour que toute considération éthique soit considérée comme un détail futile. Passé ce point, cet élément du scénario est complètement laissé de côté afin de se concentrer de nouveau sur les cartels.

Action efficace et directe

Sicario fait alors dans l’action efficace et très directe. Déjà un point fort de son prédécesseur, le film hausse le niveau avec une violence encore plus crue et coup de poing. Le réalisateur italien Stefano Sollima a l’habitude de dépeindre les milieux criminels et son travail est sans faute. La musique colle à l’action de façon viscérale et vient amplifier le sentiment d’oppression et de malaise constant. Si certaines scènes sont légèrement en trop, l’ensemble reste cohérent et d’une froideur clinique.

On est aussi introduit à un nouveau personnage important avec Miguel, un adolescent latino né au Texas et qui se retrouve embauché par les cartels comme aide pour passer la frontière de façon illégale. En effet, si on en croit le scénario, le trafic de personnes rapporterait soudainement davantage que celui de drogues. Mais là encore, le développement du personnage est bancal, le jeune acteur ayant probablement moins de 5 lignes de dialogue. On cherche clairement à en faire l’équivalent du taciturne Benicio del Toro du côté des cartels, mais tout le monde ne peut pas avoir l’intensité silencieuse de l’acteur puerto-ricain.

Pour en revenir à ce dernier, le film cherche à le rendre plus humain en le faisant s’attacher à la fille d’un patron du cartel. Plusieurs scènes assez justes soulignent le développement du lien entre ces personnages, ce qui en font une des parties les plus réussies. Même si les ressorts scénaristiques sont parfois très gros avec la rencontre d’un fermier muet dont le seul but est de nous apprendre que Benicio del Toro parle le langage des signes.

Au final, cette séquelle se montre très indépendante du premier Sicario, et ne lui fera guère d’ombre. On regrettera bien entendu l’abandon des considérations éthiques au profit d’une glorification plus ou moins assumée de la militarisation des agences fédérales américaines. Ne reste au final qu’un film d’action efficace sans plus de réflexion que le minimum absolu. Au vu de la fin, on peut s’attendre à un troisième épisode qui saura, espérons-le, relever la barre.

  • Sicario, la guerre des cartels, film américain de Stefano Sollima, sorti le 27 juin 2018, avec Benicio Del Toro, Josh Brolin, Isabela Moner (durée : 2h 03min).