Le Big data donne-t-il raison à Marx ?

Même à l’ère des ordinateurs ultrapuissants et du Big data, le modèle de Marx ne fonctionne pas. Cela montre que le problème fondamental du socialisme n’est pas lié au manque d’informations mais bien à des institutions défaillantes.

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Le Big data donne-t-il raison à Marx ?

Publié le 12 juin 2018
- A +

Par Scott Burns.
Un article de Libre Afrique

Le 5 mai 2018 marquait le 200ème anniversaire de la naissance de Karl Marx. Pour célébrer l’occasion, une poignée d’auteurs ont fait valoir que, malgré la mauvaise presse reçue par le marxisme au cours du siècle dernier, la plupart des critiques de Marx visant le capitalisme étaient justifiées.

Selon eux, si les régimes influencés par Marx ont échoué ce n’est pas dû à l’inefficacité de la planification centrale mais au manque de données permettant d’affiner cette planification. Le Big Data permettrait-il un retour au modèle marxiste ?

Le débat de calcul socialiste

Contrairement à la croyance populaire, les critiques de Ludwig von Mises et F.A. Hayek contre leurs adversaires socialistes dans les années 1920 et 1930 n’étaient pas seulement liées au manque d’informations. Leur thèse allait plus loin et ils soulignaient que les planificateurs n’avaient pas accès aux multiples connaissances dispersées qui auraient permis d’allouer efficacement les moyens de production d’une économie parmi une gamme infinie d’utilisations possibles.

Ceci est à la base de la question centrale de l’économie, ce que les économistes nomment «le problème économique» : quelle est la meilleure façon d’allouer les ressources rares d’une économie pour produire le résultat que les consommateurs désirent finalement ? En d’autres termes, que devrions-nous produire, et comment devrions-nous le produire ? Et comment connaître les désirs des consommateurs pour y répondre ?

Selon Mises et Hayek, l’élément clé d’un calcul économique rationnel est le prix déterminé par le marché. Il permet aux producteurs de calculer le coût d’opportunité de diverses méthodes de production. Les producteurs peuvent alors utiliser les prix du marché pour déterminer quels sont les moyens les moins coûteux pour fabriquer les produits finaux dont les consommateurs ont besoin. À titre d’exemple, supposons que vous êtes un planificateur central chargé de construire un chemin de fer.

Même si nous supposons que vous avez un plan efficace et des ressources suffisantes pour terminer le projet, comment choisirez-vous le matériel dont vous avez besoin pour construire le chemin de fer de la manière la plus rentable possible ? Sans signaux de prix, vous seriez incapable de déterminer s’il serait moins coûteux de construire un chemin de fer en or ou en acier. L’or est, après tout, un métal de meilleure qualité que l’acier.

En l’absence de prix, il pourrait sembler évident à l’ingénieur moyen de construire le chemin de fer en or. Mais pour plusieurs raisons, dont beaucoup pourraient être complètement inconnues et impossibles à connaître pour les planificateurs, l’or est un métal beaucoup plus coûteux que l’acier. En l’absence de prix et de la possibilité de comptabiliser les profits et les pertes, la méthode de production la plus «technologiquement efficace» l’emporterait toujours sur la plus «économiquement efficiente» (coût d’opportunité le plus bas), faisant subir un coût élevé à l’utilisateur.

Comme l’a souligné Hayek tout au long de ses écrits sur ce sujet, les connaissances requises pour s’engager dans un calcul économique rationnel ne peuvent pas être données en dehors du contexte duquel elles émergent.

Autrement dit, les connaissances économiques ne peuvent être générées que dans un contexte institutionnel qui protège la propriété privée, dans une économie de marché. En l’absence de propriété privée des moyens de production, il n’y a pas de marché donc pas de prix pour informer les entrepreneurs sur la méthode la moins coûteuse pour produire un bien ou un service donné.

Les données sont la clé, mais l’information ne suffit pas

Peter Boettke résume les principaux arguments de Mises et Hayek en trois étapes connexes :

1. Sans propriété privée, il n’y aura pas de marché ;

2. Sans marché, il n’y aura pas de prix ;

3. Sans les prix reflétant la rareté relative des biens d’équipement, les décideurs économiques seront incapables d’évaluer de manière rationnelle les usages alternatifs des moyens de production.

Alors ces arguments sont-ils remis en cause à l’ère du Big Data ? Mises et Hayek démontrent bien que le vrai problème du socialisme n’est pas informatif mais institutionnel. Les premières économies planifiées au plan central n’ont pas seulement souffert d’informations insuffisantes. Si le problème était, en fait, une information insuffisante ou inadéquate, il serait logique de penser que l’augmentation exponentielle de la puissance de calcul pourrait effectivement guérir les maux d’une économie dirigée et contrôlée.

Mais, comme Mises et Hayek l’ont fait clairement valoir, les connaissances nécessaires pour s’engager dans un calcul économique rationnel ne sont créées et n’existent que dans le contexte d’une économie de marché. L’information et la connaissance sont deux choses différentes. Et sans les prix qui permettent d’anticiper les pertes et profits, il n’y a aucune raison de croire que plus d’informations conduiraient à de meilleurs résultats.

Au delà des démonstrations qui peuvent sembler un peu complexes, il suffit de regarder des pays comme la Corée du Nord ou le Venezuela. Même à l’ère des ordinateurs ultra puissants et du Big data, le modèle ne fonctionne pas. Cela montre que le problème fondamental du socialisme n’est pas lié au manque d’informations mais bien à des institutions défaillantes.

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  • L’article s’appuie sur la rareté des biens, exprimée en termes de prix, pour justifier l’efficience du marché dans l’allocation de ces ressources.
    Un aspect tout autant sinon encore plus important est la subjectivité des besoins, exprimée de la même manière, qui permet au marché de sanctionner presque immédiatement les investissements inutiles.

    • @ cachou42
      Il est évidemment stupide de préférer l’or à l’acier pour construire du chemin de fer. D’autres arguments encore plus prégnants influencent évidemment les marchés: qui ignore qu’une belle Mercedes sera toujours supérieurement considérée que la meilleure voiture française actuelle?
      Le prix n’est pas tout dans la loi de marché, ce que ne respecte clairement pas le « Achetez Français »!
      Que je sache, on trouve autant de myrtilles, fraises ou framboises à Paris pour les fêtes de fin d’année que chez moi, à un prix défiant évidemment toute concurrence, par le haut!

      • @ mikylux
        Je ne comprends pas le sens global de votre intervention, en tant que réponse à la mienne. Sommes-nous sur le même sujet ?

  • C’est tellement vrai !
    D’ailleurs ces pays, Corée du Nord et d’autres avant comme l’URSS ou la Chine stoppent les échanges marchands libre avec l’extérieur voire ferment les frontières pour éviter au système la concurrence du marché. Mais dans une variante moins extrême on a la France. Youpi !!

  • L’Histoire au cours des 100 années passées a démontré que Marx avait tort sur toute la ligne. Comment peut-on encore en 2018 donner du crédit à un illuminé et un mec qui a vécu aux crochets de sa femme toute sa vie ?

    • @ Je suis libérale
      Oui, c’est un combat d’arrière-garde! Mes enfants ignorent qui il est ou ce qu’il prêchait, évidemment! Et je ne les y ai jamais encouragés, bien sûr!
      Ai-je orienté mes enfants? C’est bien possible! Et alors?
      Nous avons une cousine moscovite, d’origine, vivant à Genève, allons-nous la plaindre parce que ses vieux souvenirs de jeunesse communiste remontent dans sa conversation? Non! Et alors?

  • Ouais enfin l’article est plutôt a coté de la plaque d’un point de vue causalité.

    Pour que le big data ne soit pas une solution viable, faudrait il le prouver en le testant. Hors il faut pas avoir le sens du ridicule en 2018 pour dire que:

    1. les technos big data sont au point à l »echelle d’un pays pour sa prévoyance. Elles ne le sont pas à l’echelle de netflix donc bon …

    2. si le venezuela ou autre avaient investi dans le big data pour une solution communiste perenne ca se saurait. C’est pas parce que ca existe qu’on s’en sert.
    D’autant plus qu’idéologiquement le big data fonctionnel prouverait plutôt l’inutilité du contrôle d’etat que l’inverse, puisque la decision par la donnée est censée être plus pertinente que l’humain… VU que la peur de gauche numéro c’est la perte de contrôle , juste cette pensée annihile la projection big data des pays communistes.

    3. La donnée n’est pas une solution, c’est juste une aide à la décision. Si je confirme que les noirs commentent plus de crimes que les blancs, je peux conclure qu’il faut les mettre en prison avant acte au lieu de regarder si le périmètre d’analyse n’amenait pas obliatoirement à cette conclusion car j’ai par erreur restreint les entrées au ghettos, ou la pauvreté prime sur la couleur…

    Bref, l’analyse d’Hayek n’est pas moins pertinente, mais n’est juste infirmée ni confirmée par le fait que le big data puisse aujourd’hui être utilisé avantageusement pour une politique planifiée.

    • @ Irion
      Il ne faut pas confondre Big Data et AI (IA)!
      L’un donne le résultat d’études publiées, l’autre est censé(e) nous aider à extrapoler! Dans les 2 cas, la marge d’erreur ./.., la réalité est énorme et sans garantie sur la prédiction!

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