30 ans sans Pierre Desproges

Pierre Desproges, le 26 janvier 1985 - photo de Roland Godefroy (CC BY 3.0)

Le mardi 18 avril 1988 du calendrier des facteurs syndiqués de Neuilly disparaissait Pierre Desproges. Hommage.

Par Vincent Benard

18 avril 1988, mauvaise nouvelle : Pierre Desproges est mort. 18 avril 2018, autre mauvaise nouvelle : Guy Bedos vit encore. Bonjour ma colère, salut ma hargne, et mon courroux… courroux.

Donc, il y a trente ans, le 18 avril 1988 du calendrier grégorien et des sapeurs pompiers de paris, celui avec des chats dessus, mais ça marche aussi avec le calendrier Pirelli, avec des… Mais je m’égare. Donc, le 18 avril 1988, Pierre Desproges, artiste  dégagé, qui aimait moins nous donner de la joie et du rire que de nous en vendre, faut pas déconner, Pierre Desproges, disais-je donc avant de me perdre en digressions futiles dont il était lui-même friand, baladant ses lecteurs et auditeurs de flagrants délires en piques plus assassines qu’un cancer de la gorge, Pierre Desproges, re-donc, provoquait la consternation de son épouse et de son jardinier en quittant ce bas monde sans avoir fini de bêcher ses camélias, car si le camélia était à sa fenêtre, l’ennemi, lui, était à nos portes et dans ses bronches.

Fort heureusement, il avait pris soin de laisser au monde et à Pierre Perret, un autre comique langagier, dernier dinosaure vivant d’une espèce de plaisantins au verbe haut en voie de disparition, il avait donc, disais-je, laissé au monde sa recette de cassoulet toulousain, audible ici, pour laquelle il passera sans aucun doute à la postérité, et surtout, n’ajoutez  pas le confit en début de cuisson, malheureux !

Plus cancéreux que moi, tumeur !

Comme ce grand amateur de Château Figeac 1971, qui détestait le football, Bernard Henri Levy et l’humanité, ce qui prouve qu’il n’était pas totalement mauvais – d’ailleurs, le bon Dieu lui avait donné des initiales ridicules, bien fait pour lui – bref, disais-je donc avant que la logorrhée de mes infinies prolégomènes ne m’entraîne au fin fond d’une abîme textuelle – cherchez pas la contrepèterie, y en a pas – d’une insondable vulgarité prétendant singer le maître, avec une pitoyable maladresse dont seule une pirouette de raccroc me permettra de faire semblant de me tirer sans génie et sans bouillir, avec force points d’exclamations, ponctuation dont le dessin monocouille et bital choquait sa pudeur, d’où ma répugnance à l’employer à tort et à travers, quoiqu’à travers quoi, je vous le demande !

Bref, comme je voulais dire avant de perdre le fil rouge de mon absence d’idées et de ma crème de gruyère, Desproges le disait lui-même, « plus cancéreux que moi, tumeur », et de rappeler dans la foulée, qu’il avait certes moins alerte que le verbe, ce remarquable proverbe carabin oublié : « Noël au scanner, Pâques au cimetière ».

Desproges nous a-t-il quitté trop tôt, comme le disent aujourd’hui toutes les pleureuses qui feignent  de regretter l’espace qu’il a libéré pour permettre à des intermittents du rire d’attirer quelque public malgré leur insondable médiocrité, ce ne sont pas Muriel Robin et Mickael Youn qui pourront me prouver le contraire ? Desproges a-t-il eu tort de se dépêcher d’aller rejoindre ses potes Colucci et Le Luron tout juste rappelés à Dieu avant lui pour aller ensemble se fendre la gueule dans l’eau de là-bas, ou plus vraisemblablement dans le Bordeaux grand cru, loin de la médiocrité de tous les Gérard le Grubier que nous sommes et qui, à défaut de croire au père Noël, votent, prouvant ainsi l’indiscutable supériorité de l’adulte sur l’enfant et le jeune réunis ?

Au Paradis, on est assis à la droite de Dieu : c’est normal, c’est la place du mort.

Eh bien non, chers lecteurs lassés par tant de pitreries stériles totalement hors sujet par rapport aux pensums ennuyeux généralement abordés dans ce journal en ligne sans la moindre présence d’humour, eh bien non, osons le dire, les vacances de Monsieur Cyclopède étaient nécessaires.

Étonnant, non ? Car Desproges, tel le whisky, ce Cognac du con qu’il fustigeait sans modération, n’aurait-il pas, en vieillissant, gagné en fadeur ce qu’il aurait perdu en infamie ? N’aurait-il pas avachi son verbe au niveau de celui d’un Dubosc de camping ? Ce que Dieudonné, lui aurait-il repris ? Aurait-il sombré dans l’oubli après la victoire de la France lors de la coupe du monde 98, portant aux nues ces footballeurs  honnis dont seuls les accès de tourista lui donnaient quelque frisson ? Se serait-il remis de la longue et cruelle maladie de son premier mentor Jacques Martin, si tant est qu’il existât de courtes maladies rigolotes ? Aurait-il poussé la bassesse jusqu’à accepter d’entrer à là qu’y des mies françaises en lieu et place de Louis Leprince-Ringuet, dont il se plaisait à dépeindre l’érotisme torride que lui inspiraient ses oreilles décollées si elles avaient été des couilles ?

On reconnaît un véritable ami à sa capacité de nous décevoir. En partant plus tôt que prévu par le code du travail, Desproges a raté l’occasion de devenir notre ami.

Donc, mesdames et messieurs les jurés, monsieur l’avocat le plus bas d’Internet, public chéri, mon amour, au moment de rendre votre jugement sur ce jongleur de la langue qu’il n’avait pas de bois, cet enfant précoce et éjaculateur prodige d’encre caustique, n’oubliez pas que Desproges n’avait pas le courage de tous ces bloggueurs engagés qui osent critiquer Poutine à moins de trois mille kilomètres de Moscou !  Par conséquent, Desproges était coupable, coupable de quoi, on s’en fout, mais coupable quand même, alors condamnez le à être continuellement admiré par cette humanité – le genre humain, pas la feuille de chou pour soixante-huitard lobotomisé devenu chef de choucroute chez Carrefour – qu’il disait tant détester.

En attendant, Dieu me sustente, et vivons heureux en attendant la mort. Quant à ces féroces soldats, je le dis, c’est pas pour cafter, mais ils font rien qu’à mugir dans nos campagnes.

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