Birmanie : le désastre stratégique américain à venir

Les États-Unis vont-ils se lancer dans une nouvelle croisade humanitaire en Birmanie contre toute prudence stratégique ?

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Birmanie : le désastre stratégique américain à venir

Publié le 13 mars 2018
- A +

Par Gilles Della Guardia.

Quelle va bien être la suite de la stratégie américaine ? Après les désastres d’Irak, de Libye et de Syrie, pour ne parler que des plus récents, mais incendies terribles qui vont encore brûler très longtemps, tandis que l’Europe asservie a été mise durablement à genoux. Quelle suite ?  On ne sait. En revanche, on comprend que son théâtre vient d’être étendu à Myanmar (ou Birmanie). Dans une région de la planète où le président français vient justement d’aller chercher une alliance militaire avec l’Inde, après que l’Allemagne, elle, se soit engagée, seule, avec les Chinois.
En quête d’une nouvelle cause « humaniste » ou démocratique qui pourrait leur fournir une bonne guerre à perdre, mais surtout des dizaines de milliards de dollars de commandes militaires, le sénateur Mc Cain1 vient de co-signer avec Angelina Jolie2 une tribune en Une du New York Times appelant à un « sauvetage des Rohingyas conduit par les États-Unis ».

L’union européenne enrôlée par les USA

Bien entendu la diplomatie américaine n’a rencontré aucune difficulté à enrôler l’UE à se joindre au combat à mener, aux ingérences à organiser et aux sanctions à infliger à brève échéance.
Ainsi, après la préparation d’artillerie médiatique menée vigoureusement sur le sujet des maltraitances et exactions imposées à ces populations musulmanes qui depuis des lustres envahissent régulièrement le Myanmar bouddhiste, il s’agit maintenant d’aller s’ingérer concrètement sur le terrain dans les affaires birmanes. Et on verra bien ce qu’en pensera la Chine qui y a des intérêts stratégiques.
Bien entendu, personne ne parle du fait nouveau intervenu récemment constitué par l’intervention de groupements armés qui s’en prennent violemment aux forces de l’ordre birmanes, mais qui n’existaient pas jusque là : qui les a organisés, soutenus, armés ?

L’équilibre mondial précaire

On peut comprendre que des populations bengalies, poussées au désespoir par leur misère profonde dans un pays, le Bangladesh, qui n’est pas viable, et avec un contexte international où l’aide au développement est à la peine, car insuffisante, instrumentalisee et sélective, cherchent à émigrer vers des territoires où la vie leur serait plus facile.
En revanche, le très précaire équilibre mondial continue de reposer entre autres sur le principe d’intangibilité des frontières existantes. Un principe sur lequel il y aurait tant à dire que l’on peut se demander si cela vaut la peine de le conserver ; notamment face à celui de la liberté des peuples de disposer d’eux-mêmes qui paraît quand même supérieur. Mais tant que cette règle figure dans le cadre agréé par les Nations Unies, il faut faire avec, dans tous les cas.
Et s’interdire de s’en exonérer commodément quand cela vous arrange ; surtout quand on est membre permanent du Conseil de sécurité, quand on prétend donner des leçons à l’humanité entière et aussi quand on a les moyens de décider les États musulmans prospères à aider financièrement leurs coreligionnaires rohingyas.
Bref, nous voici repartis pour une nouvelle croisade, toujours au nom des mêmes bons sentiments, mais aussi avec les mêmes qui tiennent le manche, ce qui hélas laisse augurer des résultats qu’ils vont obtenir.
Mais selon les deux auteurs, la détermination de l’Amérique à agir concrètement en faveur des Rohingyas, tant dans l’État de Rakhine qu’au plan national (forcer l’État de Myanmar à accorder la citoyenneté aux Rohingyas) serait critique pour permettre à celle-ci de retrouver dans le monde son statut de phare de l’espoir, en montrant la voie vers un futur basé sur des valeurs partagées. Fin de citation (approximative).
Outre-atlantique, l’élection mid-term de novembre n’est plus bien loin. Et là, ce coup-ci, pour gagner des voix il faut passer aussi par les femmes.
  1.  Sénateur républicain de l’Arizona ; président du Senate Armed Services Comittee ; auteur de la proposition de loi Burma Human Rights and Freedom Act.
  2.  Réalisatrice de films ; co-fondatrice de la Preventing Sexual Violence in Conflict Initiative.
Voir les commentaires (11)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (11)
  • La Birmanie est un point de passage important pour le projet  » Routes de la Soie », il devient donc important de détruire ce pays.
    Allez hop , une poignée de jihadistes pour mettre la pagaille , une petite intervention au nom du droit d’ingérence avec un changement de régime au bout et voilà !! c’est réglé, la routine.
    Pas sur que la Chine laisse faire.

    • Oui, espérons que la Chine ne laisse pas faire.

    • Ha bien sûr vive le complotisme. Les problèmes avec des milices de différents groupes ethniques qui combattent le gouvernement central en Birmanie n’est pas un problème récent, ce problème existe depuis des décennies.
      La guérilla karen représente une menace bien plus grande que les Rohingyas.
      En fait, depuis que la Birmanie existe, ce pays est confronté à une une myriade de rébellions séparatistes et communistes (qui elles ont disparu à partir des années 80).
      « La Birmanie est un point de passage important pour le projet » J’aimerais que vous développez ce point avec des sources car je ne vois pas en quoi la Birmanie est si stratégique que cela dans ce projet. Certes, la Chine investit pas mal en Birmanie mais c’est le cas de beaucoup d’autres pays.
      Par exemple, le Pakistan me semble occuper une place bien plus importante dans ce projet que la Birmanie.
      Ha et il faudra m’expliquer en quoi les projets chinois en Birmanie sont localisés dans les territoires des Rohingyas .
      Et d’ailleurs puisque vous parlez de la Birmanie ce n’est pas de la faute des USA si un contrat de raffinerie de 3 milliards de dollars (conclu dans le cadre du One Belt One Road Initiative) avec la Chine a été résilié après des problèmes de financement.
      De manière générale, on peut être assez sceptique du One Belt One Road Initiative qui pour l’instant est plus quelque de médiatique que quelque chose de concret. (Mis à part en Chine où là on voit concrètement l’avancée de ce projet).
      Dès que l’on s’intéresse à un projet en praticulier du One Belt One Road Initiative on s’apercoit qu’il a beaucoup d’opacité autour.
      Alors c’est bien de regarder les annonces médiatiques encore faut t il voir ce qui se dégagent concrètement de ce projet

  • Je crois qu’une initiative de McCain (enemi juré de Trump au sein du parti républicain) ne rencontrera pas de soutien à la maison blanche.

    De plus vous laissez entendre que les USA pourraient intervenir militairement en Birmanie directement ou indirectement en finançant des jihadistes, je crains que cela ne soit pas vraiment en accord avec la politique de Trump telle qu’il nous l’explique depuis un moment, je crois même qu’il doit voir d’un bon oeil un pays qui mène une politique (excusez-moi l’expression) muslim-free.
    On ne peut pas dire que Trump ne fait pas ce qu’il a dit qu’il ferai jusqu’à maintenant.

    Enfin l’influence chinoise est prépondérente en Birmanie, j’imagine mal Pékin accepter une ingérence américaine surtout si la résolution du conflit coréen se fait un peu sans eux comme cela semble se dessiner depuis le revirement de Kim.

    Que voulez-vous dire par  » Europe asservie a été mise durablement à genoux  » ?
    Certes on peut se rappeler le mot de Kissinger :  » L’Europe, quel numéro de téléphone ?  » et en conclure que depuis longtemps la diplomatie internationnale européenne n’existe pas en proportion de sa puissance commerciale mais la phrase est particulièrement forte, à quoi faites-vous allusion précisément ?

  • Tout recul de la secte musulmane est un bienfait pour l’Humanité. Il existe des états musulmans riches et indépendants pour gérer ce problème, nul besoin pour les Occidentaux de s’en mêler.

  • Je piges pas trop cet article en quoi une tribune d’un vieux sénateur (qui est ennemi de Trump) et d’une actrice reflète la stratégie des USA ? Je ne vois pas en quoi cette tribune dévoile la futur stratégie des USA.
    Je pense que Trump en a rien à foutre de la Birmanie.
    Franchement, il n’y a pratiquement aucune chance que les USA interviennent militairement en Birmanie. Dans les pires des cas, il y aura des sanctions économiques (c’était le cas quand la junte militaire dirigeait le pays).
    Cet article est ridicule car il parle d’une hypothétique intervention militaire qui n’aura jamais lieu.

  • En Libye, l’intervention était surtout franco anglaise et non américaine. Et je ne vois pas où est le désastre de cette intervention. Que l’on vienne pas m’expliquer que cette intervention a créé le chaos alors que la Libye était déjà en plein chaos avant. Pour rappel, AVANT l’intervention, la Libye était en pleine guerre civile.
    Cette intervention a juste permis d’accélérer la chute de Kadhafi.
    Une bonne synthèse démontant les mythes sur cette intervention: http://www.jbjv.com/IMG/pdf/JBJV_2016_-_Dix_idees_recues_sur_l_intervention_en_Libye.pdf

  • Qu’il soit clair je ne suis pas du tout un fan des interventions militaires à l’étranger et encore moins des interventions militaires humanitaires mais il ne faut pas raconter n’importe quoi non plus. Bien sûr que l’intervention en Irak était un désastre. La stratégie américaine en Syrie (si on peut appeler cela une stratégie, il s’agit plutôt d’errements) a été désastreuse (ceci dit, l’intervention américaineen Syrie a été faite contre l’EI. Les USA ont joué un rôle mineur dans la guerre contre Assad). Par contre en Libye, je ne vois pas le désastre.

    Et bien sûr qu’intervenir militairement contre la birmanie est ridicule mais cela ne sert à rien d’en parler car cette intervention n’aura jamais lieu.
    D’ailleurs, ceux qui veulent intervenir en Birmanie, la plupart ne veulent pas tant une action militaire que des sanctions économiques. A titre personnel, je m’y oppose. J’ai de sérieux doutes quand à l’efficacité de telles sanctions cela risque d’être contreproductive.
    Ceux qui attaquent Aung San Suu Kyi ne pigent pas que ce n’est pas elle qui décide sur le sujet c’est l’armée birmane.

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

La victoire écrasante de l’union des droites en Italie ce dimanche inquiète autant qu’elle réjouit. La percée de la droite radicale incarnée par Giorgia Meloni suit de près celle des démocrates de Suède (SD) survenue deux semaines auparavant. En France, la gauche hurle au (post)fascisme et l’extrême droite reprend espoir, y voyant une victoire par procuration. Le centre technocratique accuse le coup également mais dissimule mal son malaise.

La semaine dernière, madame Meloni a bénéficié d’un soutien particulièrement inattendu (et invol... Poursuivre la lecture

uerss
14
Sauvegarder cet article

La chute de l’UERSS

Article disponible en podcast ici.

 

De l'UE à l'UERSS

Il faut se remémorer l'UE libérale. Son histoire commence avec la communauté européenne du charbon et de l’acier en 1951. Son but figure dans le titre : créer une solidarité autour du charbon et de l’acier pour accroître les économies de chacun.

Cette vision libérale centrée sur l’économie est arrivée à son maximum avec Shengen en 1985 et l’ECU (ancêtre de l’euro) en 1979. L’UE voulait que l’argent, les citoyens, les entreprises et les idées circulent le plus li... Poursuivre la lecture

union européenne
3
Sauvegarder cet article

La gestion de la crise énergétique actuelle, la planification écologique, ou encore les récentes manifestations d’agriculteurs aux Pays-Bas posent de plus en plus la question du bien-fondé des politiques européennes. Si cela est particulièrement notable depuis la guerre en Ukraine, la plupart des pays européens subissent aujourd’hui les conséquences d’un système énergétique européen fragilisé depuis plusieurs années par des politiques expérimentales et des investissements dans des sources d’énergies peu fiables et résilientes.

L’engoue... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles