Pentagon Papers : l’ode de Spielberg au journalisme d’investigation

Le dernier film de Steven Spielberg revient sur la présidence de Richard Nixon, non sans évoquer celle de Donald Trump aujourd’hui. Un bon film certes, mais qui ne restera pas dans les mémoires.

Par Aurélien Chartier.

Pentagon Papers narre la tentative de l’administration Nixon d’empêcher la publication de dossiers confidentiels concernant l’interférence américaine en Asie du Sud-Est pendant plus de vingt ans. Moins connue que l’épisode du Watergate qui entraina la chute définitive de Nixon l’année suivante, cette affaire reste une affaire majeure de violation du Premier Amendement de la Constitution américaine qui garantit la liberté d’expression. Le parallèle est évident avec Les hommes du président, même s’il y a un peu de doute sur le fait que le nouveau film de Steven Spielberg ne deviendra pas un classique.

S’appuyant sur une réalisation assez désuète, ce film tente tout son possible pour susciter l’intérêt du spectateur, mais ne provoque guère de frissons. Si on sent bien le risque pour le journal de couler à la suite de sa publication, on ne ressent en revanche guère les implications législatives qu’aurait pu avoir sa censure. La faute à la place importance donnée aux journalistes dont on sent que leur intérêt premier est plutôt l’excitation de pouvoir s’attaquer au gouvernement plutôt que le désir d’informer.

Le parallèle entre Nixon et Trump

Un parallèle assez évident se met en place entre les attaques de la presse contre les administrations Nixon et Trump. Dans les deux cas, elle se montrait très complaisante envers leurs prédécesseurs et les guerres qu’ils ont perpétrées – au Vietnam pour Eisenhower, Kennedy et Johnson, au Moyen-Orient pour Bush et Obama. Le film ne se prive d’ailleurs pas de souligner les liens entre presse et pouvoir, quand ce dernier en profite pour utiliser ces liens à son profit.

Le parallèle a cependant ses limites : là où Nixon ne se privait pas d’abuser de son pouvoir législatif pour tenter de censurer la presse, le président américain actuel se limite à des déclarations abrasives. Bien entendu, il est difficile de savoir si la situation en restera là avec l’imprédictibilité de Trump.

Du coup, le parallèle plus marquant est le fait que les journaux n’endossent leur rôle de quatrième pouvoir qu’à l’occasion de mandats de présidents en dehors du moule traditionnel, et Républicains bien entendu. C’est d’ailleurs l’un des points positifs majeurs de la présidence actuelle, bien que ce soit uniquement un effet de bord. La presse et le pouvoir qui s’affrontent en permanence constituent au final un des composants majeurs d’une démocratie en bonne santé.

Une presse en meilleur état qu’en France

Bien entendu, on pourra me rétorquer que les attaques des deux camps sont d’un niveau assez infantile et que la majorité de la presse, à la peine pour suivre le rythme de Trump, s’attarde davantage sur des polémiques sans intérêt plutôt que de vrais sujets. Il n’empêche. Cela reste une situation meilleure que la servitude qui caractérise souvent la presse française – causant parfois l’incrédulité de la presse étrangère.

Pour en revenir au film, on saluera bien entendu la prestation accomplie de Meryl Streep dans son rôle de femme esseulée au sein d’un univers d’hommes la regardant de haut. Son évolution de femme réservée qui va progressivement prendre en assurance est parfaitement retranscrite. Il y aurait cependant pu avoir un peu plus de focus sur ses raisons profondes de décider d’aller de l’avant dans l’affrontement avec l’administration Nixon.

Un casting de qualité

Le reste du casting est également de grande qualité. Tom Hanks joue le rôle d’éditeur en chef qui lui va comme un gant. Bob Odenkirk est dans un rôle de journaliste qui n’hésite pas à enfreindre la loi pour arriver à ses fins, ce qui n’est pas sans rappeler son personnage de Saul Goodman dans Breaking Bad. Enfin, Bruce Greenwood qui incarne Robert McNamara brille pour retranscrire avec finesse le conflit interne du Secrétaire de Défense.

Ce film sera probablement très apprécié par la presse papier : c’est une ode au journalisme d’investigation qui n’hésite pas à lutter contre le pouvoir en place. Mais c’est loin d’être un chef-d’œuvre. Spielberg a dû le finir en urgence afin de travailler sur son adaptation de Ready Player One. Cela se sent dans certaines scènes qui auraient pu avoir un impact plus marquant. Il n’en reste pas moins qu’il s’agit d’un film plaisant à regarder, avec certaines scènes mémorables – dont la fin avec les journaux imprimés qui forment de longues files entourant les journalistes du Post.