Neutralité du net, le faux principe fondateur

Non, la neutralité du net n'est pas un principe fondateur d'internet. Non, les États-Unis ne viennent pas de mettre fin à l'internet tel qu'on le connaît.
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Neutralité du net, le faux principe fondateur

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 18 décembre 2017
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Article écrit par h16 et Philippe Lacoude

L’abominable Trump, ce président devenu si facile à haïr, a encore frappé : jeudi dernier, il a laissé la Federal Communication Commission (FCC), l’organisme chargé de réguler les télécommunications des émissions de radio, télévision et Internet, se débarrasser d’une loi commodément appelée « Neutralité du Net ». Immédiatement, la consternation et un terrible syndrome des yeux humides se sont répandus sur toute la planète, à commencer par les médias les plus engagés.

Ah, la « neutralité du net » ! Que n’a-t-on écrit sur ce sujet !

L’idée, en substance et comme je l’ai déjà plusieurs fois exposé ici ou , c’est ce concept selon lequel chaque utilisateur a le droit d’avoir accès à un internet dont le contenu n’est pas filtré en fonction de son fournisseur d’accès, son appareil ou son prestataire de service, et que si un méchant constructeur, un vilain prestataire de service ou un maudit fournisseur venaient à filtrer le net pour ne laisser passer, par exemple, que les octets fraise et pas les octets vanille, la Neutralité du Net arriverait séant et déclarerait : « Nan, c’est mal, car vous avez le Drwâ à un Internet Non Filtré ».

D’ailleurs, c’est tellement un droit que, depuis 2015, grâce à une petite régulation de la FCC d’à peine plus de 300 pages, tout prestataire de télécommunication qui fait transiter ces petits paquets tous égaux n’a plus le droit de les trier en fonction de la source, de la destination ou (surtout) du contenu de ces paquets. Il est désormais interdit aux fournisseurs d’accès de bloquer arbitrairement des contenus légaux et surtout, surtout, de ralentir ou d’accélérer les flux de données sans justification ou de prioriser certains contenus transitant par leur réseau moyennant paiement.

Malheureusement et comme je l’exposais en introduction, la FCC a choisi de faire sauter cette loi et d’envoyer au broyeur les 300 pages délicatement tricotées par des douzaines de juristes chevronnés dans leur sabir si onctueusement pratique pour camoufler les intérêts particuliers, le capitalisme de connivence et les effets de bords imprévisibles.

Il va de soi, c’est évident, c’est sûr qu’à présent, l’Internet ne sera plus jamais le même ! La neutralité ayant été retirée, les fournisseurs vont maintenant donner libre cours à leurs plus bas instincts, lâcher les chiens du capitalisme sauvage sur les petits chatons mignons de l’internet libre et s’en sera terminé des petits sites artisanaux, des blogs engagés, des vidéos d’amateurs et de la liberté d’expression !

Rassurez-vous, cette hécatombe prévisible de petits chatons cyber-neutres ne restera pas sans réponse. Tout ce que l’internet contient de petits soldats de la liberté d’expression s’est levé comme un seul homme et, de blog en média conscientisé, relaie immédiatement son courroux et son indignation, « no pasaran » et tout ça. Ce qui donne inévitablement lieu à quelques articles consternant comme ceux du Monde par exemple, qui débitent âneries sur âneries comme d’autres de la saucisse industrielle.

Il faut dire qu’il y a tous les ingrédients pour que les éternels écorchés du capitalisme se dressent d’un coup et partent sur leurs petits poneys de bataille, à l’assaut de la méchanceté et de l’injustice qui se nichent décidément partout dans ce monde : tout le monde sait que les intertubes doivent être neutres, dès le départ ! Tout le monde sait que c’est grâce aux gouvernements et à des législations finement étudiées que tout s’est bien passé jusqu’à présent ! Tout le monde sait que si on laisse les opérateurs libres de faire ce qu’ils veulent, ce sera la loi du plus fort (i.e. de la jungle, avec du renard libre dans un poulailler libre) et que les petits internautes n’auront plus accès à tout internet, que les petits sites seront inaccessibles et que tout ira forcément très mal.

Tout le monde sait aussi que si des grandes entreprises comme Facebook, Google, Netflix et Youtube (avec ses 54% de bande passante à eux deux) et tant d’autres ont pris vocalement position en faveur de cette neutralité du net, c’est que c’est forcément pour l’intérêt des petits internautes, n’est-ce pas ! Forcément.

Et ce, même si Facebook a eu (par un passé récent que nos fiers soldats de la neutralité ont totalement oublié) une attitude équivoque à ce sujet.

Et ce, même si les études économiques montrent que les investissements ont ralenti (3.6 milliards de dollars en moins en 2016, par exemple) à la suite du passage de la « neutralité du net » en 2015.

Il est vrai qu’un fournisseur d’accès pourrait se demander pourquoi innover s’il lui est impossible de différentier son offre et de s’adapter à l’utilisation de sa bande passante. Mais les soldats de l’internet neutre n’ont que faire des études économiques puisqu’il s’agit d’une question de principes : internet doit être neutre, c’est comme ça, même que d’abord, c’est « un principe fondateur » comme le pérore Le Monde niaisement, et ce, même si cette notion n’existait pas avant 2015 et que ça marchait quand même très bien.

Parce qu’en fait de principe fondateur du Net, cette loi était surtout le résultat d’une nouvelle connivence capitalistique entre le gouvernement fédéral américain et de gros fournisseurs de contenu (voyons, voyons, qui cela peut-il bien être ?) qui n’entendent pas trop se retrouver coincés dans des accords de peering coûteux avec … des gros fournisseurs de tuyaux, généralement eux aussi en situation de monopole de droit (grâce à de précédentes louchées législatives).

Vous commencez à comprendre le tableau ?

Eh oui : un matin de février 2015, l’administration Obama s’est réveillée avec la grande frousse de voir Comcast (un des principaux ISP américains) donner la priorité à certains paquets plutôt qu’à d’autres. Ce n’était pas le cas, mais… on ne sait jamais et il ne faut jamais laisser passer l’occasion d’une belle régulation. Tous les paquets devinrent égaux de naissance.

C’est bien sûr une idée idiote, d’abord parce que les fournisseurs ne le faisaient pas en 2014 et ensuite parce que si l’un d’entre eux le fait, le risque est grand de voir le consommateur aller chez son concurrent.

Et lorsque le concurrent n’existe pas, n’est-il pas plus pressant de comprendre pourquoi et d’y remédier plutôt qu’imposer des contraintes supplémentaires qui aboutissent à la situation actuelle ? (D’autant plus qu’aux États-Unis, un monopole n’est pas du ressort de la FCC, mais de la FTC, la Federal Trade Commission.)

Car après tout, dès que l’offre peut être diversifiée, des concurrents au statu quo apparaissent : en l’occurrence, il n’y a pas un moyen unique d’amener l’Internet à un client. On peut passer par autre chose que le câble… Fibre, 5G, réseaux existants (téléphone et électriques), satellite, radio en ligne de vue, … Rien n’empêche de dégrouper le câble…

En pratique, les règles de « neutralité du net » permettaient surtout de ne pas innover et les faire tomber permet de revenir aux bons vieux jours où les fournisseurs d’Internet avaient aussi leur portails web et offraient quelques services dont les geeks ne se servaient pas mais qui étaient le produit le plus utilisé par le consommateur moyen.

Bref, imposer la neutralité du net, c’était surtout se tromper d’interlocuteur et résoudre un non-problème sans résoudre celui qui existait vraiment : corriger des monopoles locaux – garantis par une loi locale – par une réglementation nationale qui bride l’investissement est économiquement parfaitement idiot. Mais bon : comme ce fut poussé par l’administration Obama, c’était forcément très bien.

La solution est bien évidemment de supprimer la réglementation nationale et la réglementation locale. La nationale vient donc de sauter, les États et les communes (ainsi que les petits soldats neutres) doivent à présent s’occuper de la locale…

En outre, il y a du favoritisme qui est bon pour le consommateur. Par exemple, pourquoi les paquets de peer-to-peer devraient avoir la même priorité que les paquets de jeux vidéos ? Pourquoi ne pas offrir au consommateur cette possibilité de prioriser ses paquets ? Un gamer trouvera plus intéressant que ses paquets UDP soient bien mieux routés que les paquets TCP pour du HTML ou du Youtube dont il n’a pas usage le plus fréquent. Du reste, cette qualité de service et le « traffic shaping » existent depuis des lustres et la « neutralité » n’y a rien changé.

Mieux : pourquoi demander à un internaute pauvre de payer finalement le même forfait qu’un riche alors qu’en segmentant, il pourrait économiser et ne payer que ce dont il a vraiment besoin ? Pourquoi, en somme, faire payer aux pauvres l’internet dont les riches ont envie ?

Encore une fois, derrière de belles paroles, de beaux principes (pas franchement « fondateurs » mais très « vendeurs ») et de belles intentions, on a créé un fantasme, celui d’un internet où tout le monde aurait accès à tout de façon indifférenciée et sans que les coûts réels ne soient effectivement supportés par ceux qui les engendrent en premier lieu. Ce type de paradigme, où tout le monde bénéficie d’un service qui n’est jamais payé par ceux qui l’utilisent vraiment, a un nom : le collectivisme.

Et comme tout collectivisme, il est destiné à l’échec.

Internet n’a jamais été un paradis collectiviste mais bien une construction produite par le marché libre. La bande passante, ça se paye et si, actuellement, de grosses entreprises milliardaires et gourmandes en bande passante ou en infrastructure réseau sont pour cette neutralité du net, c’est que le capitalisme de connivence est déjà là.

Corporatisme
—-
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  • Pourquoi il faut se féliciter de la décision du régulateur américain de mettre fin à la neutralité du net. http://www.institutmolinari.org/liberte-du-net-contre-neutralite,2291.html

    • Oui, évidemment on peut utiliser des mots habituellement lus dans des contextes socialistes pour dire que le développement d’internet s’est fait de manière socialiste.
      Pourtant toutes les entreprises ont le droit de se faire leur propre réseau non connecté aux autres, y en qui ne se sont pas gênés d’ailleurs. C’est un peu comme l’industrie de la presse qui veut à la fois que Google indexe leurs pages, voire les mette en première page des résultats de recherche, tout en la payant elle. Oui, c’est vrai qu’elle a réussi à l’obtenir, mais enfin en passant par les états, pas en négociant avec Google.
      Par rapport à la facturation… Orange a tout à fait le droit de facturer ses clients à l’heure, et les forfaits continuent d’être facturés relativement à la vitesse qu’on veut avoir. Le problème d’Orange ce n’est pas d’avoir le droit de facturer les clients comme ils veulent, c’est que Free (parce que en France c’est l’acteur historique qui a cassé le monopole) a le droit de facturer comme ils veulent ses clients.
      La fin de la neutralité de net n’est pas une recherche de liberté, c’est essayer de contraindre la liberté.

      Ce qui est ennuyeux avec cette histoire de fin de la neutralité, ce n’est pas la fin de la neutralité mais la perte de temps et d’argent public et privé pour faire plaisir à des entreprises qui, certes, emploient beaucoup de monde (trop ?) et ne savent pas se réformer. Les entreprises réellement engagées dans la nouvelle économie (pas la télévision) ne vont pas réellement aller dans cette voie… même si elles ne vont pas se gêner pour profiter au passage des idioties des autres.

  • Moi, je suis pour la fin de la neutralité du macadam. Possesseur d’une AMG, je revendique le droit de rouler plus vite que les autres, les ploucs qui roulent en Twingo ou en monospace à mazout et autres « se-trainent-bite-parce-qu’ils-ont-peur-des-radars »…

    • mais justement non? le macadam n’est pas neutre..les gens ont les choix..les pauvres vont dans des véhicules moins confortables..font du covoiturage.. il faudrait donc revenir à la neutralité? mais quelle neutralité? Pouvez vous préciser votre comparaison? Et nos dire ce que serait un macadam neutre?

      Vous savez au final tout ce qui défavorise les riches finit par dégoûter qui que ce soit de s’enrichir. AU fait pourquoi pas un internet ou chacun paye selon ses moyens et a un accès conforme à ses besoins? internet n’est il pas absolument nécessaire?

      • Précisons donc ma comparaison à la demande générale : le macadam est neutre en ce sens que tous les véhicules qui le parcourent sont astreints au même code de la route. Que vous ayez une voiture ultra-sûre et très couteuse ou un vieux tacot qui ne vaut pas un clou, vous ne pouvez pas dépasser 90 km/h (bientôt 80 ?) sur les routes, et 130 sur l’autoroute… Le « tuyau » du macadam, comme celui du net, ne fait aucune entre les différentes voitures, ou informations qui le parcourent. Même les gens qui en ont les moyens ne bénéficient d’aucun passe droit par rapport à la valetaille !

      • « AU fait pourquoi pas un internet ou chacun paye selon ses moyens et a un accès conforme à ses besoins? »
        De chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins… Principe des sociétés communistes. Finalement, c’est donc bien vrai qu’il y a des passerelles idéologiques entre l’Amérique de Trump et la Russie de Poutine… 😉

      • Je ne comprends pas : votre voiture plus ou moins confortable c’est le macadam ?
        Donc moi je paye ma voiture, et je paye mon accès à internet. Mon forfait internet il est ce qu’il est parce que j’ai envie d’avoir une certaine vitesse, et je paye aussi cet accès pour qu’il me donne la possibilité d’emprunter le réseau comme je le veux. Voire ! Si mon FAI me dit « ah oui mais pour aller sur tel site, c’est payant » je trouverais ça au moins transparent. Ce qu’on appelle « fin de neutralité du net » c’est juste que Orange veut que je regarde des séries Orange et pas des séries Netflix et qu’il va mettre en place des moyens pour ce faire sans me le dire, voire en accusant Netflix de la piètre qualité que je vais pouvoir avoir en essayant de consommer ses contenus.
        Un macadam pas neutre ce n’est pas la possibilité de choisir sa voiture (encore une fois WTF !?), c’est la possibilité pour Vinci de mettre des dos d’âne sur la route pour, par exemple, ralentir les gens qui travaillent pour leur concurrent quand ils se rendent à leur bureau.

        • « Orange veut que je regarde des séries Orange et pas des séries Netflix »
          Et dans le monde réel, personne ne fait ça parce que… Ah oui au fait, pourquoi exactement ? Peut-être parce que ça leur ferait perdre leur clientèle ?
          Peut-être parce que ça a été tenté, au début (exemple type : AOL) et que ça a gravement boomerangué dans la figure de ceux qui ont tenté ?
          Peut-être parce que c’est économiquement complètement con ?

          Peu importe : la réalité et l’histoire n’ont pas prise puisqu’il s’agit de Grands Principes Fondateurs qu’on vous dit.

          • Ben voilà, ce sont de grands principes fondateurs : l’Internet est neutre. En effet les grosses entreprises qui copinent avec l’état cherchent depuis le départ à ne pas être neutres, et se sont mise sur internet par la force des choses. Aujourd’hui elles croient pouvoir faire plier « les grands principes fondateurs », gageons qu’elles vont essayer de faire passer des lois pour essayer justement de ne pas perdre leur clientèle tout en l’entubant.

            La neutralité c’est la garantie d’un marché non biaisé… on pourrait appeler ça le libéralisme en fait, ça marche avec toute l’économie. Vouloir mettre fin à la neutralité c’est bel et bien con, et c’est bel et bien ce qu’essayent toujours de faire certaines entreprises en jouant de leur influence sur les gouvernements.
            Donc c’est con et ça ne peut pas déboucher sur grand chose, c’est une idée qui prépare une politique socialiste ou maffieuse qui fera perdre de l’argent à tout le monde AKA « mauvaise idée ».

    • Le macadam n’est pas neutre : il y a le choix entre du macadam payant, mieux entretenu où on a le droit de rouler plus vite ( et même que les camions y payent plus cher que les automobiles) , et du macadam ‘gratuit’.

      • C’est neutre : tous ceux qui payent l’accès à la voie rapide peuvent aller rapidement où ils veulent parmi les lieux qui sont desservis par la voie rapide.
        Mon entreprise paye un accès à internet avec un gros débit parce que nous voulons que nos usagers puissent accéder à nos produits. Si un de mes clients paye une toute petite ligne ou a un petit ordi, il n’aura pas une expérience formidable, parfait. Maintenant si lui aussi paye pour avoir du débit, et qu’il n’arrive quand-même pas à naviguer sur mon site parce que un gars, au milieu, a décidé que ce serait comme ça et qu’il allait intercepter ce qu’il veut… y en a qui appellent ça la liberté peut-être, moi j’appelle ça de la piraterie.

        Choisir et payer un internet rapide ou lent, c’est la neutralité et ça se fait déjà. La fin de la neutralité c’est quand quelqu’un d’autre choisit pour vous (et que vous payez quand-même).
        Ou alors faites bénéficier à tout le monde votre offre d’accès à internet, parce que moi je ne suis pas au courant…

    • Il n’y a pas de neutralité du Macadam même en France, pays du monopole d’Etat s’il en est. Au lieu d’encombrer les pistes cyclables (« gratuites » mais à la circulation différenciée) avec votre MG, prenez un jour l’autoroute (et payez à Vinci votre contribution (Vinci vous montre au surplus comment on roule facilement …Lionel Jospin).

  • différencier, please, différence, différencier…

  • Globalement les FAI innovants se positionnent (en tous cas aujourd’hui) pour essayer de garantir le plus de neutralité possible (comme ils n’ont pas accès à la totalité du réseau, ils ne peuvent pas faire mieux). Et nous connaissons tous les entreprises qui se positionnent en faveur de la fin de la neutralité pour leur manque d’innovation.
    Après, comme effectivement la neutralité est bel et bien un principe fondateur (j’aimerais une démonstration technique du contraire), je pense que ça va être tout de même très dur au final pour les FAI de faire n’importe quoi, surtout si la neutralité apporte l’intérêt économique que le développement qu’elle a permis se confirme.

    Pour autant, comme je suis libéral, et que je n’en déduis pas la liberté de dominer les autres et d’empêcher les autres de ne pas se laisser être dominés (que j’appellerais « libéralisme soviétique »), je me dis que finalement c’est peut-être une chance que des idiots soient un peu aux commandes et œuvrent en faveur des ruptures sociaux-économiques en cours. Un filtrage virulent de la part des vieux groupes télécoms qui continuent de croire en la captation commerciale pourrait tout à fait relancer le développement décentralisé du réseau.
    La neutralité de la diffusion n’est pas un « droit », mais un principe de fonctionnement qui propose un intérêt… la difficulté c’est le moyen, hors justement l’Internet est une technologie qui propose une belle avancée sur ce point. Mobile, moyen et donc circonstance… on pourrait imaginer la suite. Dans le même temps des groupes comme Google ont déjà mis en pied dans le secteur de la fourniture d’accès, d’autres FAI plus récents attendent sans doute les erreurs des gros acteurs qui les empêchent de prendre plus de part de marché. Je ne vois pas ces derniers laisser se développer des systèmes de taxation pirates d’un côté et des réseaux décentralisés développant en même temps des services décentralisés concurrents sans réagir.

    On pourrait espérer la bêtise des grands groupes industriels antédiluviens… hélas cet espoir ne durera pas longtemps. Le seul vrai risque, toujours, c’est que l’état, qui a globalement les mêmes intérêts que les grandes entreprises en voie d’obsolescence, réussissent à mettre en place des lois suffisamment contraignante (sans s’interdire l’usage de la force, c’est la logique actuelle) pour tout de même empêcher l’économie libre de s’exercer et de réagir.

    • En soi, il y avait une neutralité de fait à l’époque, mais pas due à un principe fondateur, pas due à une politique.
      De plus, on est très loin de l’arpanet qui était un jouet de scientifiques, mais un service de télécommunication dans lequel des FAI investissent des milliards.
      Et franchement, ce principe de neutralité, il consiste à remettre un controle de l’internet aux gouvenrements. Ces mêmes là à qui on doit hadopi, dadvsi, nda, qui arrêtent des opposants, qui font de la censure,… et ceux-ci deviendraient tout d’un coup garant de la liberté d’expression de l’internaute avec une soi disant neutralité du net, face à de soi disant méchantes sociétés qui vous fournissent le net?

      • Ah ben alors si une construction « de fait » n’est pas un principe fondateur, et puis si à partir du moment où le recours à un principe fondateur est impertinent on peut en déduire que ce n’est pas un principe fondateur… forcément. Moi j’essaye de discuter, je me dis que peut-être il y a des choses qui m’échappent (même si je tombe des nues) et que vous allez me faire comprendre un truc. Mais si c’est juste pour aligner des mots, c’est compliqué.

        Nous savons que l’hadopi n’est pas en faveur de la neutralité, et souhaite interdire certains protocoles et se contente pour l’instant de les sniffer. La neutralité n’est pas une notion compatible avec la censure et l’exercice de la liberté d’expression. Toutes les sociétés qui fournissent le net ne sont pas contre la neutralité (certaines utilisent cela comme un argumentaire de vente même). Et je ne qualifie pas les FAI qui sont en faveur de la fin de la neutralité du net de « méchantes », c’est juste que les vois justement très proches des gouvernements, et les aider à censurer, dénoncer des opposants, collaborer très publiquement à la mise en place des hadopi et compagnie (avec qui ils s’échangent d’ailleurs les salariés).

  • Il m’est revenu en tête à ce sujet l’anecdote d’un usager qui s’était fait « offrir » la mise en place d’une très grosse fibre rien qu’à lui entre chez lui et le plus gros nœud du réseau de toute la France, et sans aucune limite quelconque. Alors ça ne s’appelle pas vraiment la neutralité ça, c’est juste le pdg d’une entreprise publique qui, au choix 1) profite de sa position et détourne des moyens publics 2) s’est dévoué pour jouer les cobayes.
    De mon côté je suis régulièrement contacté par les 4 plus grands opérateurs du marché (les meilleurs, plus petits, ne me cassent pas les pieds, sans doute parce qu’ils sont bons et qu’ils n’ont pas besoin d’essayer de m’entourlouper) pour acheter leurs offres et tarifs différentiés en fonction du niveau de service et de la puissance que je voudrais avoir.
    J’insiste : si les auteurs de cet article ont un plan (autre que d’écrire une article) pour payer pas cher un forfait super rapide, tout le monde sera preneur.

    Question supplémentaire : si Atlantico paye à son hébergeur le « service » de ralentir le trafic, voire limiter le nombre d’accès concurrents, de Contrepoints par exemple… les auteurs de cet article seront-ils toujours contre la neutralité ?

    • « payer pas cher un forfait super rapide »
      Et 100 balles, un poney et un mars aussi.

      « si Atlantico paye à son hébergeur le « service » de ralentir le trafic, voire limiter le nombre d’accès concurrents, de Contrepoints par exemple… »
      On lui souhaite bien du plaisir.

      • Pas de problème pour convenir que de tels forfaits n’existent pas : on paye bel et bien déjà des services selon des tarifs différentiés.

        Pour ce qui est de la difficulté pour Atlantico ou un autre de profiter d’une possibilité de biaiser le réseau… nous sommes d’accord pour dire que c’est mieux ainsi.

        Finalement nous sommes d’accord pour dire que cet article était une perte de contrôle du clavier (malgré sa neutralité d’ailleurs).

    • « si Atlantico paye à son hébergeur le « service » de ralentir le trafic, voire limiter le nombre d’accès concurrents, de Contrepoints par exemple… les auteurs de cet article seront-ils toujours contre la neutralité ? »

      Comme d’habitude, les politiques socialisantes et antilibérales cherchent toujours des cas improbables, théoriques, et fantaisistes pour les justifier…
      Et si les dragons attaquent, que peut un gourvernement libéral ?
      On peut aussi justifier de mettre un flic derrière chaque personne sous prétexte qu’un inconnu pourrait décider de pousser les gens dans la rame de métro

      • C’est le socialisme qui essaye de mettre fin à la neutralité du marché. Que des grandes entreprises essayent d’influencer les gouvernements pour que ceux-ci ensuite tordent le marché, c’est classique aussi. Le libéralisme ce n’est pas aider nos collaborateurs dans leur arnaque et contraindre les autres (alias les « méchants » qui se font de l’argent parce qu’ils proposent des services que des gens leur achètent… parce que ça c’est pas fair-play).
        Que les FAI se fassent payer les lignes, ce qu’ils font. Et, encore une fois ceux qui n’investissent pas dans la télé ne se plaignent pas.

        Le fait est que les entreprises qui soutiennent la fin de la neutralité du réseau sont bien dans une logique de blocage de leurs concurrents et s’en servent exactement comme argument (alors ils disent « innovation » sur le service, mais ça n’empêche pas qu’ils en parlent de manière totalement décomplexée hein). C’est peut-être improbable, théorique et fantaisiste, mais pendant quand Free, par exemple, dit que Netflix c’est pas bien et qu’il faudrait en ralentir le débit, et qu’ils négocient avec Netflix pour que ceux-ci les payent (en plus de ce que paye déjà Netflix à son fournisseur)… on peut noter que certains mesurent des débits particulièrement faibles sur le réseau Free pour ceux qui consomment des contenus sur Netflix. C’est pas mal concret.

        La neutralité n’a rien à voir avec votre allégorie, ou plutôt c’est de dire qu’il n’y a à mettre ni flic ni vigile d’une société privée pour contraindre chacun dans sa liberté d’aller ou non dans le métro. D’ailleurs on pourrait parler de la surveillance (le flic derrière chacun, en prétextant de la pédophilie et du terrorisme)… ceux qui la vendent le mieux sont aussi ceux qui vendent le mieux de la fin de la neutralité… des libéraux sans doute.

  • Une absence de neutralité des FAI se traduira très simplement par la fourniture d’offre de VPN aux IP changeantes. C’est tout.

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