Hommage (sentimental) à Jean d’Ormesson

Jean d'Ormesson by ActuaLitté(CC BY-SA 2.0)

Ce conteur, cet écrivain, qui aura écrit paresseusement une quarantaine d’ouvrages, était un joyeux mélange de tradition et de modernité, car, pour lui, la tradition ce n’était pas se complaire dans le passé mais regarder vers l’avenir.

Par Francis Richard.

Jean d’Ormesson disait qu’être bon dans les médias n’est pas le signe qu’on est un bon écrivain.

Il était bon dans les médias et grand écrivain, immortel de par ses écrits et son bel habit vert. Immortel malgré lui, puisqu’il avait en horreur l’immortalité d’ici-bas…

Parce qu’il était écrivain, il était invité dans les médias. Or il ne serait pas devenu écrivain s’il n’avait pas voulu plaire à une fille avec son premier roman. Sans succès, d’ailleurs, ni auprès d’elle, ni auprès du public…

Notre avant-guerre de Robert Brasillach, qui est un livre magnifique, lui donne envie de faire Normale comme lui.

La voie de la littérature

Une femme, un livre, et s’ébauche le destin d’un homme qui n’a pas de vocation et qui, a priori, ne veut rien faire…

Un homme qui prend la voie littéraire comme d’autres prennent la mer, de manière romanesque.

Un homme qui se rend compte que toute vraie littérature ne parle que du temps, c’est-à-dire celui de Saint-Simon, de Chateaubriand et de Proust, et qui en tient compte très naturellement quand lui-même écrit.

Un homme qui dira que Les Mémoires d’Outre-Tombe, les Essais (de Montaigne) et la Recherche sont des œuvres avec lesquelles on peut passer une vie entière.

Ces traits de vie caractérisent un homme en qui se fondent légèreté et gravité, étonnement et admiration, et qui, sur le tard, se reprochera un peu d’avoir trop voulu être aimé :

J’ai voulu plaire aux autres et je me rends compte qu’il vaut mieux se plaire à soi-même.

Des mots qui faisaient mouche

Il était invité par les médias parce qu’il faisait mouche en quelques mots, plus profonds qu’ils ne paraissaient dans l’instant :

Hugo est un baiseur et Chateaubriand est un séducteur.

Je n’ai pas du tout l’angoisse de la page blanche, mais celle de la page écrite.

Imaginez quelqu’un qui va faire un attentat, qui va donc accepter de mourir, et il va se dire : Oh ! Je vais perdre ma nationalité française !

La Pléiade, ce n’est pas fait pour être lu, mais pour être là.

Altruisme élégant

Ce conteur, cet écrivain, qui aura écrit paresseusement une quarantaine d’ouvrages, était un joyeux mélange de tradition et de modernité, car, pour lui, la tradition ce n’était pas se complaire dans le passé mais regarder vers l’avenir.

Son altruisme était sa manière élégante de faire oublier – lui s’en souvenait – qu’il était un privilégié, bien né et bien entouré, mais que ce n’était pas une raison pour s’en enorgueillir :

La naissance est le lieu de l’inégalité. L’égalité prend sa revanche avec l’approche de la mort.

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