Adieu, Johnny…

Johnny Hallyday, concert du 26 mars 2016 à Bruxelles-Capture d'écran YouTube

Johnny Hallyday est mort cette nuit. Un monstre sacré quitte la scène.

Par Phoebe Ann Moses.

Johnny est parti. L’idole des jeunes s’en est allée. Au terme de plusieurs mois de combat contre le cancer, il a finalement perdu la bataille, lui le gagnant, le self-made man.

Il n’y aura pas assez d’un article pour lui rendre hommage tant sa vie et sa carrière ont été remplies.

57 ans de carrière, 995 chansons, plus de 3200 concerts : c’est peu de dire que le chanteur était un monument de la chanson française !

Abandonné par son père, puis laissé par sa mère aux bons soins de sa tante, c’est auprès de sa cousine et de son mari américain Lee Hallyday, qu’il apprendra le métier et choisira son nom de scène en hommage à celui qui lui en a appris les ficelles.

Johnny, c’était le jeune qui découvrait avec éblouissement le rock’n’roll américain, qu’il adaptait et faisait découvrir au public français.

Il enregistre à Nashville en 1962 alors qu’il n’a que 19 ans, un album rock et chanté en anglais, ce qui est nouveau en France.

Johnny, c’est la première star française qui faisait tomber en pâmoison les jeunes filles, fans hystériques dans ses concerts :

Avec lui, le premier artiste de cette génération à se produire à l’Olympia, les jeunes Français découvrent ce qu’est une idole, a travers la couverture des magazines, dont il a fait la Une des centaines de fois.

Johnny savait ce qu’il voulait, savait s’entourer.  Le choix de Greg Zlap comme harmoniciste dit assez le niveau qu’il attendait, de même avec Yarol Poupaud choisi depuis 2012 comme guitariste et directeur musical.

Si Johnny n’écrivait pas ses textes il savait choisir aussi ceux qui lui apporteraient le succès. Et des paroliers il en a eu : Aznavour, Axel Bauer, Michel Berger, Catherine Lara, Zazie, Goldman, Philippe Labro, Hugues Aufray, Stéphane Eicher, Gérald De Palmas, Calogero, mais aussi Cabrel, Mathieu Chédid, Philippe Djian, Bernard Lavilliers, Pascal Obispo, Yodelice, Miossec, et même… Françoise Sagan.

Il avouait que les concerts étaient toujours ce qui le liait à son public, et jusqu’au bout il aura tenu bon, puisqu’il était encore jusqu’à très récemment sur scène malgré sa maladie avec ses compères Eddie Mitchell et Jacques Dutronc. Quel chanteur français peut se vanter d’avoir rempli le Parc des Princes  ?

Johnny vivait comme un rockeur, tout le temps. Il adorait les États-Unis.

Je me suis toujours demandé pourquoi aux États-Unis quand t’as une belle voiture, les mecs sourient et te disent formidable, et en France on te traite de voleur

rappelle un article du Point décrivant un peu sa vie à Los Angeles.

Dans Les Échos, Thierry Gandillot rappelle que la sincérité était une composante du chanteur.

J’ai peur de la mort. Prendre ma voiture et me tuer en allant à Deauville ne me fait pas peur. Mourir dans l’action ne me fait pas peur, mais la certitude de l’échéance inévitable est effrayante. Attendre quelque chose qui va arriver, je crois que c’est le pire. Dans l’absolu, mon rêve, c’est d’y passer violemment, sans m’en rendre compte. James Dean.

Johnny, c’était la démesure, le talent, le respect de son public pour lequel il a toujours livré des prestations hors normes, un super pro de la scène qui n’avait jamais oublié que le succès ne se construit pas seulement dans un studio. Le concert qu’il donne à l’occasion de ses 70 ans montre la « bête de scène » qu’il était :

Maurice Chevalier lui avait dit un jour : « Petit, tu soignes ton entrée et ta sortie de scène. Entre les deux : tu chantes. »

Une page se tourne. L’idole des jeunes s’en est allée.