La dernière gorgée de bière, d’Ariane Ferrier

La dernière gorgée de bière est le récit plein d’humour d’un véritable écrivain, doublé d’une journaliste, soucieuse du détail clinique, qui s’intéresse aux autres et vit avec eux d’intenses moments d’humanité.

Par Francis Richard.

Juin 2016. Ariane Ferrier prend un TGV dans la gueule :

Une tumeur ?

Oui, madame.

J’ai un cancer ?

Oui, madame.

Elle se demande comment se comporter, comment se tenir :

Ah ben je ne sais pas, c’est la première fois que j’ai un cancer…

En fait elle choisit d’accepter ce qui lui arrive :

Tu regardes ce qui peut être fait pour réparer le mal ou l’adoucir. Tu vas en baver, mais ce sera plus facile.

Avant le diagnostic

Deux mois plus tôt, elle ne sait pas encore qu’elle a une tumeur au pancréas. Les symptômes, ce sont des douleurs aussi monstrueuses que bizarres : sous la peau et autour du nombril. Après examens, le diagnostic tombe. Elle a – c’est rare – une panniculite mésentérique : la sonorité du mot l’enchante…

Or cela signifie une maladie auto-immune ou une tumeur… À tout prendre, elle se souhaite une tumeur : Dans mon imaginaire, une maladie auto-immune, c’est avoir un sniper qui t’attend, quelque part. Et elle craint les ennemis dont elle ne peut voir les yeux…

Une fois l’annonce de la tumeur faite à ses amis, elle peut distinguer parmi eux ceux que le vent emporte, chanson connue depuis Rutebeuf en complainte, et ceux qui, au contraire, lui envoient des signes de tendresse, d’encouragement, d’amitié

Ces derniers sont sa garde prétorienne. Elle peut dès lors – drôle de voyage – partir en guerre et fait d’ailleurs un truc bizarre la veille de l’opération qu’elle doit subir le 27 juin 2016 : Je vais me recueillir sur le monument aux morts d’Oyonnax…

Le récit d’un véritable écrivain

Elle a d’une guerrière la peur et le courage, couple indissociable… Elle souffre, mais elle rit et met même au point une technique inédite pour rire, sans bouger l’abdomen, une position d’urgence pour parvenir à rire…

La dernière gorgée de bière est en effet le récit plein d’humour d’un véritable écrivain – Comment ne pas rire ? -, doublé d’une journaliste, soucieuse du détail clinique, qui – c’était sa façon de vivre avant -, s’intéresse aux autres et vit avec eux d’intenses moments d’humanité.

La foi l’aide au cours de son voyage : Je ne vais pas nulle part, je vais vers un ailleurs – inconnu, certes, mais meilleur et plus beau. L’aide aussi sa décision de mourir de son vivant, de lutter pour rester vivante et aller bien, de survivre en milieu hostile.

Elle le dit sans orgueil ni fausse modestie : J’ai été une belle femme. Dans la situation où elle se trouve, elle écrit : Ma beauté n’est qu’un accessoire obsolète et inutile. Peut-être, mais, en tout cas, elle termine son livre en beauté :

Maintenant, il faut vivre.

Ariane Ferrier, La dernière gorgée de bière, 104 pages, BSN Press

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