Le protestantisme a revigoré la concurrence religieuse

Max Weber a écrit sur le lien entre protestantisme et capitalisme. Mais le protestantisme a été d’un autre apport plus substantiel encore : il a montré à la fois l’utilité et la nécessité de la concurrence dans le domaine économique, social et politique.

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Le protestantisme a revigoré la concurrence religieuse

Publié le 8 novembre 2017
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Par Erwan Le Noan.
Un article de Trop Libre

Le monde chrétien célèbre le cinq centième anniversaire de la Réforme : en 1517, Luther engageait – sans le savoir – un mouvement de restructuration profonde du christianisme, qui allait donner naissance au protestantisme. Ce surgissement spirituel allait aussi être au cœur des conflits qui embrasèrent le monde occidental pendant des décennies.

Pour faire taire les oppositions, l’Europe choisit la voie d’une identité entre le monopole politique et le monopole religieux, selon la maxime cujus regio, ejus religio.

La Paix de Westphalie segmenta les territoires, la France révoqua l’édit de Nantes – l’unité religieuse interne se réalisant de force et par les persécutions. Les intolérances multiples et les répressions de tous ordres motivèrent les exodes divers (du Refuge des Huguenots français aux départs nombreux de « dissidents » vers l’Amérique). Elles suscitèrent aussi les plus grands textes sur la liberté et la tolérance (dont celui de Voltaire sur l’affaire Calas).

Une mémoire religieuse qui a marqué la France

Cette mémoire religieuse a profondément marqué la France (guerres de religion, Saint-Barthélémy, assassinat d’un roi…). Elle contribue peut-être à expliquer que la laïcité y ait été en pratique accompagnée d’interventionnisme public (jusque dans les efforts récents de neutralisation de l’espace public ou de création du Conseil français du culte musulman) : en repoussant le religieux, le monopole public a travaillé à forcer la paix civile.

République une et divisible. Les États-Unis ont également été marqués par cette histoire mais de façon très différente. L’État y est absolument neutre : il y est inconcevable qu’il finance des écoles privées ou contribue à organiser un culte. Pour autant, la religion est omniprésente dans l’espace public, considéré comme un lieu de liberté.

La république une et divisible

C’est que dès l’origine, James Madison a voulu que la diversité et la multiplication des cultes divisent la société1 : cette atomisation devait servir la liberté. Là où la France est « une et indivisible », la République américaine se pense « une et divisible2 ». Alors qu’un pays favorise le monopole unitaire, l’autre a choisi l’effervescence concurrentielle.

Le protestantisme a précisément alimenté la stimulation religieuse, multipliant les cultes, qui se comptent en nombre aux États-Unis. Mais il n’est pas le seul. Confronté à des religions ou croyances alternatives, le christianisme colonial s’est, en Afrique, enrichi de pratiques locales.

Protestantisme et capitalisme

En Allemagne, le catholicisme est réputé avoir été plus prodigue en services sociaux. Dans le judaïsme, le culte de la diaspora serait également plus diversifié et plus susceptible d’offrir des services (particulièrement aux États-Unis où les judaïsmes conservateur, orthodoxe et libéral se concurrencent) que la pratique israélienne3.

Max Weber a écrit sur le lien – maintes fois débattu – entre protestantisme et capitalisme. Mais le protestantisme a peut-être été d’un autre apport plus substantiel encore : il a contribué à montrer à la fois l’utilité et la nécessité de la concurrence dans le domaine économique, social et surtout politique. Sans concurrence, pas de croissance, pas de services, pas de liberté !

Le texte a été publié par L’Opinion
  1.  Imbert, Le Noan ; « James Madison, la liberté religieuse et la laïcité », Société, droit & religion, 2012.
  2.  Chopin, La République « une et divisible », Plon, 2002.
  3.  Chiswick, Competition vs. Monopoly in the religious marketplace : judaism in the United States and Israel.
Voir les commentaires (7)

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  • Chez les catholiques il existe également de la concurrence (c’est inévitable) mais elle est plus ou moins soumise au clergé. Les protestants se sont défaient de cette administration centrale au nom de Dieu.

    • Non, absolument faux : les protestants trouvaient l’Eglise bien trop laxiste.

      « L’âne veut être battu et le peuple veut être gouverné avec énergie » Martin Luther

      • Oui les protestants trouvaient l’Eglise trop laxiste sur le fond mais surtout sur la forme : dévoiement des élites, luxure, recherche du pouvoir… C’est toute la spirito-structure qui était condamné. C’est bien une réaction à une dérive spiritocratique si je puis dire.

  • Il suffit de consulter la liste des ordres religieux catholiques pour tordre le cou à cette argumentation simpliste. De plus l’essor économique et politique de l’Europe à la fin du XV° et début du XVI° siècle est contemporain au début de la réforme.

    La position de Luther est clairement un fondamentalisme : revenir aux sources littérales du texte et à la rigueur morale. Ce qui nous fait de suite penser aux d’autres mouvements « révolutionnaires » ayant comme objectif l’émergence d’un homme nouveau, en sublimant un surhomme idéal issu d’un passé romantique : le combattant arien du 3° Reich issu des légendes germaniques, ‘ouvrier Stakhanov de l’ère stalinienne … plus récemment le combattant djihadiste suivant les traditions de l’Arabie du VII° siècle …

    Pour citer l’excellent article de Phillipe Fabry d’hier sur CP, il s’agit « d’une étape classique au sein d’un mouvement de plus grande ampleur ». Le Lutherisme et ensuite le(s) protestantisme(s) forment originellement un mouvement intellectuel de réaction au changement en cours qui a très rapidement été repris par des radicaux en venant à la violence.

    Dans cette optique, faire le lien entre les mouvements protestants et le libéralisme est clairement une divagation romantique : la liberté comme principe politique est une constante du christianisme depuis ses origines. Les protestants originaux (et il suffit de lire Luther) se battaient justement contre la liberté qu’avait prise l’Eglise dans l’interprétation du message christique et voulaient revenir à une religion pure et uniforme, nettoyée de toutes les libertés et divergences prises par les foisonnements d’ordres divers.

    Que le cheminement vers une forme plus moderne de philosophie de la liberté au XVII° et XVIII° siècle (soit 200 ans plus tard) soit en grande partie issu de penseurs protestants est une autre histoire et on peut fortement se demander si ces gens (de Locke à Jefferson) ne se sont pas levés contre le protestantisme rigoureux et intégriste plutôt que d’en être issus.

  • De toutes façons le protestantisme demeure le dernier avatar obscurantiste d’un monothéisme d’importation moyen orientale, le Christianisme, qui a ravagé l’Europe (0% de croissance économique entre 300 et 1300, pour ne citer que ce critère). L’essor de la liberté n’a été possible que par l’emancipation des hommes vers plus de laïcité. Il est possible que le schisme protestant, en fragilisant l’Eglise, ait permis de créer un espace pour cette libération de l’Homme contre Dieu. Faut-il préciser que les récentes évolutions sociétales en Europe occidentales sont extrêmement inquiétantes à cette aune. L’histoire se répète…

    • « L’essor de la liberté n’a été possible que par émancipation des hommes vers plus de laïcité. » c’est magnifique, on dirait du Engels ou du Karl Marx !

      En tout cas, de craignez rien pour la France qui est le 4° pays au monde en %age d’athées : la fin du monde par l’invasion de hordes de grenouilles de bénitiers n’est pas encore arrivée.

    • Votre calcul du taux de croissance entre les 4ème et 14ème siècles s’appuie sur quoi, des statistiques de l’INSEE ?

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