Frappe-toi le cœur, d’Amélie Nothomb

amélie nothomb (Crédits : René Le Honzec/Contrepoints.org, licence Creative Commons)

Le dernier conte d’Amélie Nothomb.

Par Francis Richard.

Si l’on avait tenté de lui expliquer que l’envers de la jalousie équivalait à de la jalousie et qu’il n’y avait pas de sentiment plus laid, elle eût haussé les épaules. Car les jaloux ne se rendent pas compte qu’ils le sont, non plus que de tout le mal qu’ils se font et surtout qu’ils font aux autres.

En 1971 Marie a 19 ans. Sa grande jouissance est de susciter une envie douloureuse chez les autres filles pour sa beauté, et d’épouser le plus beau garçon de la ville ; sa grande souffrance est de donner naissance à Diane, la plus belle petite fille que son mari ait vue et qui attire l’attention de tous.

Quand ses autres enfants paraissent, Nicolas, puis Célia, Marie leur témoigne une affection qu’elle a refusé de prodiguer à son aînée : une affection modérée pour son fils, une affection démesurée pour sa cadette, qui, du coup, se révèle insupportable, habituée à ne subir aucune contrainte.

À 15 ans Diane quitte la maison pour ne plus y revenir. Quatre ans plus tôt, à la suite d’un accident, elle a fait la connaissance d’un médecin, qui lui a parlé sans détour. Les paroles échangées avec lui ont suffi pour faire naître en elle la vocation de devenir un jour médecin, comme lui.

Diane sera cardiologue. Un vers d’Alfred de Musset, tiré d’une de ses premières poésies (dédiées à Édouard Boucher), l’a fortement impressionnée et l’a motivée pour cette spécialité dont l’objet est un organe qui n’a rien à voir avec les autres et qui a inspiré poètes et philosophes :

Ah! Frappe-toi le coeur, c’est là qu’est le génie.

En septième année de médecine, Diane est l’étudiante d’Olivia Aubusson, maître de conférences, qui produit sur elle une impression immense, si bien que bientôt elles deviennent amies et que Diane, en mal d’affection (sa déesse de mère l’a blessée), en éprouve pour Olivia…

Comme dans tous les contes, dont Amélie Nothomb est friande et dont elle adopte le ton ici encore, il y a dans celui-ci une morale : il est moins criminel pour une mère d’être aveugle et folle que d’avoir froidement et lucidement du mépris : à la gravité du crime [correspondra] la gravité du châtiment...

Frappe-toi le coeur, Amélie Nothomb, 180 pages Albin Michel

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