Commerce équitable : Choba Choba, le nouveau chocolat suisse

Choba Choba

Un chocolat suisse différent, qui bénéficie directement aux producteurs péruviens qui en sont les actionnaires : l’exemple de Choba Choba.

 Par Charlotte Robert.

Sainsbury’s, le géant britannique du commerce de détail, a décidé de ne plus vendre de produits portant le label Fairtrade (DP 2113). Il va créer son propre système de commerce équitable.

C’est ce qu’a révélé récemment le Guardian. L’article précise que les produits Fairtrade vendus par Sainsbury’s en 2016 avaient rapporté aux 1,6 million de paysans concernés 1,3 dollar par mois de supplément de prix et 1 dollar par mois pour les investissements communautaires contrôlés par Fairtrade.

De l’autre côté de la planète, au Pérou, des paysans cultivateurs de cacao, disaient à un «col blanc» de Fairtrade : « vous êtes bien sympathique, mais votre système ne nous mène à rien ». Ces paysans avaient quitté la coca pour le cacao et avaient travaillé huit ans avec Éric Garnier et Christoph Inauen. Qui de son côté, constatait également les désastres de l’industrie du chocolat au Ghana où il voyait les enfants participer à la récolte du cacao.

Ces deux hommes, qui se connaissaient bien, décidèrent de chercher un système, une structure, une rémunération… qui changeraient quelque chose. Pendant deux ans, ils ont discuté avec les familles de producteurs des communautés de Pucallpillo et de Santa Rosa en Amazonie péruvienne. Et, à l’automne 2015, ils ont créé Choba Choba et se sont lancés sur le marché suisse.

Choba Choba : la codécision comme processus solidaire

L’entreprise a pour objectif de produire un chocolat de haute qualité qui va justifier son prix élevé. Éric et Christoph détenaient au départ 93% de cette société anonyme au capital de 100 000 francs. Les cultivateurs avaient réussi à rassembler 7 000 francs pour acquérir 7% des parts. À la fin de chaque année, 5% du chiffre d’affaires de Choba Choba sont directement transférés aux producteurs péruviens, cofondateurs de l’entreprise. Ces derniers peuvent ainsi, s’ils le désirent, augmenter leur participation. Début 2017, grâce à ce fonds, ils ont choisi de racheter des actions supplémentaires aux deux entrepreneurs. Ils détiennent aujourd’hui 12% de la société suisse.

Ce n’est pourtant qu’une petite partie de l’histoire. Il faut comprendre que le travail après récolte est considérable, et que l’amélioration de la rémunération des paysans permet d’obtenir un cacao d’une bien meilleure qualité. Autre élément important : l’individualisme européen n’attire en rien les communautés de producteurs d’Amazonie. Ils ont l’habitude de travailler ensemble, de s’entraider. Les 36 familles travaillant avec Christoph et Éric ont formé une coopérative et toutes les décisions sont prises en commun.

Les producteurs peuvent par exemple décider eux-mêmes des prix auxquels ils fourniront leur cacao à leur propre société. Début 2017, les prix qu’ils touchent sont trois fois plus élevés que les prix du marché ; en 2016, chaque famille a perçu 734 francs de revenu supplémentaire. Seuls 15% de la production des cultivateurs participant au projet est exportée en Suisse. Mais Éric a déjà trouvé un acheteur aux États-Unis prêt à payer le prix fort pour obtenir cette belle qualité.

L’importance vitale du long terme

Les paysans de l’Alto Huayabamba (un affluent de l’Amazone sur les pentes de la cordillère orientale) sont des entrepreneurs comme tous les paysans du monde. Ils veulent certes gagner de l’argent pour envoyer leurs enfants étudier, mais aussi assurer l’avenir de leur activité. Ils ne raisonnent plus seulement à court terme, mais pensent comme des entrepreneurs puisqu’ils sont aujourd’hui copropriétaires de Choba Choba. De leur côté Christoph et Éric savent que la plus-value est captée par les intermédiaires. Bean to Bar (du grain à la plaque), il faut aller au plus court.

Pour le moment, le chocolat de Choba Choba est produit par Felchlin à Schwyz. Car les deux entrepreneurs suisses ne peuvent se permettre d’investir dans les équipements de production et n’ont pas la prétention de rivaliser avec le travail exemplaire de Felchlin. Leur chocolat est vendu sur Internet ou par abonnement, directement aux amateurs de chocolat haut de gamme, sans intermédiaires.

Christoph et Éric visent le long terme et un objectif très ambitieux. Ils veulent mener la Chocolate Revolution, à savoir se différencier du produit bon marché, de plus en plus gras et sucré. À l’instar de ce que les vignerons ont réussi à faire : un chocolat dont on connaît la provenance, payé suffisamment bien pour financer tout le travail d’après récolte et ainsi assurer un cacao de qualité.

Les paysans de l’Alto Huayabamba se sont regroupés, non seulement dans une coopérative, mais aussi dans une association à but non lucratif. Celle-ci emploie une personne sur le terrain qui appuie les producteurs dans les méthodes de récolte et d’après récolte, étudie les variétés locales et développe des projets de conservation. Un scoop pour DP : la nouveauté d’automne sera fabriquée avec le cacao sauvage poussant dans la forêt tropicale, le Nativo.

En outre, deux autres personnes supplémentaires travaillent en permanence au Pérou pour accompagner les producteurs dans leur transformation en véritables entrepreneurs (comptabilité, organisation, marketing, communication). Les 5% du chiffre d’affaires transférés aux producteurs constituent le Revolution Fund et la coopérative décide des actions qu’elle désire financer. L’an dernier, le Revolution Fund a reçu 30 000 francs. Il en a consacré 4 000 à la production de bio-engrais, 13 000 au capital de départ de la coopérative, 5 000 à l’achat d’actions de Choba Choba et 8 000 aux paiements directs aux producteurs.

Pour ce modèle, Choba Choba a reçu l’an dernier le prix du social innovator d’UBS.

D’où vient le nom Choba Choba ? Éric révèle que Christoph et lui ont longtemps cherché un nom percutant pour l’entreprise et n’ont rien trouvé qui plaise aux Péruviens. Alors ces derniers ont décidé de la nommer Choba Choba, ce qui signifie en ketchua : je t’aide, tu m’aides ! Pour que nos enfants puissent continuer à manger du chocolat, il faut que les enfants des cultivateurs de cacao y trouvent un avenir et souhaitent reprendre l’activité de leurs parents.

Sur le web