Quelques idées fausses sur l’Amérique

Après « C’est trop tard pour la Terre » et « La famine menace-t-elle l’humanité ? », parus dans la collection « Idées fausses, vraies réponses » chez Lattès, retour sur un autre ouvrage sur l’Amérique du Nord.

Par Johan Rivalland.

L’Amérique, c’est bien connu, déchaîne depuis longtemps les passions, ici et à travers le monde. Et avec l’élection de Donald Trump à la présidence, celles-ci sont loin de risquer de se calmer…

Retour sur un ouvrage paru en 2008, qui tentait de dépassionner un peu le débat en s’évertuant à remettre en cause quelques idées fausses.

Une réflexion sur la politique étrangère américaine

Après les brillants et mémorables L’Obsession Anti-Américaine de Jean-François Revel, ou encore L’Amérique monde, les derniers jours de l’empire américain de Guy Millière, pour ne citer que les deux ouvrages qui m’ont le plus marqué au sujet des États-Unis d’Amérique, complémentaires en outre dans leur approche, je me demandais ce que ce livre pourrait bien apporter de plus et m’attendais à y trouver ce qui fait l’intérêt de cette collection, à savoir un petit ouvrage court, synthétique, précis, rigoureux et clair sur un sujet.

Mais, bien plus encore, Armand Laferrère nous apporte ici une vision à son tour complémentaire des essais cités ci-dessus, en se concentrant exclusivement sur la politique étrangère américaine.

Un vrai bol d’air frais, tant les excès, approximations, exagérations ou plus encore fantasmes sont légion dès que l’on parle des États-Unis.

Ce petit ouvrage, invitant à poursuivre la réflexion autour d’autres lectures, n’est donc pas un luxe, mais devient un outil de réflexion parfaitement bienvenu, à même de venir corriger par la référence à des faits précis nombre d’idées reçues ou de mythes circulant sur l’Amérique.

Idées reçues et contradictions au sujet de l’Amérique

À travers sept chapitres se concentrant chacun sur l’une des grandes critiques habituelles que l’on adresse communément aux États-Unis, l’auteur met ainsi en lumière les contradictions qui font qu’un « bon amériphobe » croira et prétendra simultanément que la politique étrangère américaine est entre les mains de lobbies pétroliers pro-arabes et entre celles d’Israël, tout en étant tirée par la promotion guerrière occulte de la religion chrétienne, voire des protestants évangéliques (ce qui rend effectivement les accusations sacrément compliquées et contradictoires, d’autant que l’appel aux faits suffit à démontrer tout le contraire).

Aux accusations d’impérialisme, d’unilatéralisme, de soutien inconditionnel d’Israël, de prédation par les intérêts pétroliers, de fanatisme religieux, ou encore de menace pour la planète pour le refus de ratifier le protocole de Kyoto, à chaque fois l’auteur prend soin de se référer aux faits historiques ou aux chiffres officiels disponibles pour démonter les ressorts de l’agressivité anti-américaine.

Une réponse aux affirmations d’Emmanuel Todd

On appréciera à la fois les preuves imparables apportées, notamment quant aux invraisemblances chronologiques fréquentes (dont souffre toujours en particulier injustement l’éternel épouvantail G.W Bush, sans que l’auteur en soit un particulier défenseur) comme la conclusion de l’ouvrage, réponse à Emmanuel Todd, qui vaut son pesant d’or.

Voilà un intellectuel, qu’en effet, j’exècre pour son anti-américanisme que je juge primaire et qui, de ce fait, m’empêche de lire ses ouvrages qui, pourtant, doivent aussi être par ailleurs de qualité sur ses sujets phares, lorsqu’il ne s’attache pas à se laisser déborder par ses émotions.

Or, Armand Laferrère le prend justement à parti, en démontrant en quoi Emmanuel Todd s’écarte de sa rigueur intellectuelle habituelle pour se laisser emporter par son hostilité et son dogmatisme dès lors qu’il s’agit des États-Unis ou d’Israël, appliquant alors systématiquement un « deux poids et deux mesures », très critique envers les États-Unis autant qu’il peut être neutre ou positif lorsqu’il s’agit de toute autre puissance, serait-ce même les dictatures les plus sanglantes de la planète.

De quoi, se référant à ce rôle facile de bouc émissaire permanent, regretter effectivement qu’un intellectuel pour lequel par ailleurs Armand Laferrère éprouve un certain respect, le distinguant malgré tout de la plupart des anti-américains primaires qui ne méritent pas de tels égards, démontrer que « même les meilleurs esprits ne sont pas immunisés contre cette réaction primitive de l’esprit humain ».
Une conclusion dont on peut se délecter.

Armand Lafferère, LAmérique est-elle une menace pour le monde ?, éd. J.C Lattès, septembre 2008, 176 pages.