Et si on relisait Stefan Zweig cet été ? (4)

Une série destinée à vous faire découvrir ou redécouvrir l’œuvre de l’auteur autrichien Stefan Zweig. Aujourd’hui, présentation de « Le chandelier enterré », un recueil de trois nouvelles absolument exceptionnelles.

Par Johan Rivalland.

Ce livre est un pur chef d’oeuvre. Un ravissement pour l’esprit et un accomplissement pour la pensée.

Trois nouvelles le composent. Deux légendes sur le peuple juif et une nouvelle qui se déroule quelque part dans les Indes. Avec pour premier point commun, une pensée mystique impressionnante, traduite en un style exceptionnel, avec un choix des mots atteignant la perfection.

Dans les trois cas, le personnage principal est un être mû par la sagesse, empli d’humilité et d’abnégation, à un stade inaccessible au commun des mortels. Dans les trois cas, la main de Dieu guide son chemin et sa destinée, par-delà les terribles contrariétés auxquelles il est confronté.

Le chandelier enterré

Le chandelier enterré, qui donne son titre au recueil, raconte l’histoire mouvementée d’un chandelier à sept branches – la ménorah du temple de Salomon – qui demeure le symbole de tout ce qui reste des biens et de l’histoire du peuple juif depuis l’époque de Moïse, après que l’empereur Titus l’eût ravi au sanctuaire de Jérusalem.

Dans la Rome de la décadence, assiégée par les Vandales, le chandelier sacré va de nouveau être subtilisé. Et ce ne sera pas la dernière de ses pérégrinations.
Un jeune enfant, que l’on suivra jusqu’à un âge très avancé, va consacrer toute sa vie à tenter de faire renaître l’espoir au sein du peuple juif, dont on partage ici la tourmente, le plein désarroi, l’égarement et la misère.

Un peuple que l’histoire n’a jamais épargné et pour lequel la souffrance semble inscrite dans les gènes. Une bien lourde charge sur les épaules de ce jeune garçon puis vieux sage que rien n’avait préparé à assumer une telle responsabilité et toutes les conséquences qu’elle suppose.

Rachel contre Dieu

La légende de Rachel contre Dieu est une histoire poignante qui vous brisera le coeur et témoigne d’une force et d’une humilité sans pareil, qui force le respect. Je n’en dis pas plus ; il faut savoir garder une part de mystère. C’est superbe.

Virata

Enfin, Virata est une nouvelle extraordinaire, qui ne m’a jamais quittée depuis que je l’ai lue il y a maintenant plus de vingt ou vingt-cinq ans. Le sommet de la réflexion sur l’être humain et sur son rapport à la société y est, de mon point de vue, atteint.

Il y est question de Justice, de pouvoir sur les hommes, de renonciation, de droit de disposer des autres, d’abnégation, d’universalité, de piété, de charité, d’élévation, mais peut-être aussi tout simplement d’intelligence. Mais je n’en dirai pas plus. Un seul conseil : lisez. Et, je l’espère, tombez comme moi sous le charme, le souffle de l’admiration devant tant de clairvoyance, d’intelligence, de sensibilité, de lucidité et de subtilité.

Trois nouvelles éblouissantes

Par-delà l’aspect mystique de ces trois nouvelles, c’est une véritable philosophie de la vie qui est ici à l’oeuvre. Nul besoin d’être croyant pour partager cette vision de l’homme et y puiser des leçons dans ses propres principes de vie.

Vraiment, trois nouvelles exceptionnelles. Du très très grand Stefan Zweig. L’un des tout meilleurs, à mon avis.