« Affaire TPMP » : plus rien n’arrête le CSA

Le 7 juin dernier, le CSA infligeait à l’émission « Touche Pas à Mon Poste » (TPMP) une sanction pour un programme télévisé. L’autorité de régulation est-elle vraiment en droit de juger de la pertinence d’un programme tv et décider de ce qui est drôle ?

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« Affaire TPMP » : plus rien n’arrête le CSA

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 20 juin 2017
- A +

Par Alain Bouleau.

Depuis sa création en 2010, l’émission Touche Pas à Mon Poste, diffusée sur la chaîne C8 et consacrée à l’univers de la télévision et des médias, n’a jamais cessé de diviser. Chroniqueurs moqueurs et moqués, sujets à l’humour parfois incertain et blagues légères réunissent chaque soir plus d’un million de téléspectateurs.

À la tête de ce programme qui marque, quoi qu’on en pense, l’histoire du petit écran : Cyril Hanouna, 42 ans, producteur et animateur TV et radio. Sa personnalité clivante explique, en partie, les nombreuses tempêtes médiatiques qu’il déclenche ou qu’il subit, selon qu’on soit un « pro » ou un « anti » Hanouna.

Du jamais vu dans l’histoire du CSA

La dernière affaire en date dépasse la question de goût. Le 7 juin dernier, après une première mise en garde et en demeure, le CSA a ordonné la suspension durant 3 semaines de toute publicité durant la diffusion de TPMP en direct ou en différé ainsi que 15 minutes avant et après son passage à l’antenne.

L’autorité de régulation entend ainsi condamner la chaîne pour la diffusion de deux séquences datées de novembre et décembre 2016 : la première est un canular piégeant le chroniqueur Matthieu Delormeau et la seconde concerne Capucine Anav qui fut amenée à poser brièvement sa main sur le sexe de Cyril Hanouna à son insu.

Pourquoi une telle sanction financière ?

Jugés dégradants et sexistes, ces passages télévisés n’ont pas été du goût des membres du CSA. Néanmoins, une question se pose : pourquoi une telle sanction financière, estimée à près de 6 millions d’euros, alors que le rapporteur du Conseil d’État, chargé d’instruire l’affaire, estimait quant à lui qu’une amende de 50 000 € serait « proportionnée » ?

Une décision qui paraît encore plus décalée lorsqu’on revisite brièvement l’historique des sanctions infligées par le CSA : le 1er octobre 2009, dans le journal de 13 h de France 2, un reportage consacré à la récidive des délinquants sexuels annonce, à tort et à deux reprises, la mort d’un enfant nommément désigné. Une faute déontologique qui a coûté 100 000 € au service public. Soit 60 fois moins que la sanction adressée à C8…

La liberté d’expression en danger

Ce n’est pas la première fois que les décisions du CSA interpellent : en 2014, dans l’émission d’Alessandra Sublet, Un Soir à la Tour Eiffel, l’humoriste Nicolas Bedos, déclare avoir entretenu une relation avec l’ex-première dame, Valérie Trierweiler. L’humoriste avouera en fin d’émission son canular et le justifiera par sa volonté de dénoncer la « peopolisation » de la vie politique.

Drôle ou pas, il ne s’agissait pourtant que d’une simple blague. Mais pour le CSA, celle-ci ne passe pas. L’autorité de régulation déclarait le lendemain de l’émission s’être « saisie du dossier », précisant qu’il s’agissait d’un « processus classique » pouvant amener France 2 à être sanctionnée. Lorsqu’un humoriste se retrouve menacé de sanction pour avoir fait une blague sur une ex-première Dame, cela n’augure rien de bon pour l’avenir…

Quelles prérogatives pour le CSA ?

Plus les années passent et plus il est difficile de déceler les prérogatives réelles de l’autorité de régulation et celles qui relèvent d’une entrave à la liberté d’expression : en 2016, le CSA mettait en demeure le groupe NRJ à cause de l’émission de l’animateur Cauet pour des « manquements aux dispositions relatives au respect de l’image des femmes ».

Le CSA entendait-il juger un problème de fond — l’émission promeut le sexisme et la grossièreté — ou cette sanction était-elle due à l’humour potache de Cauet ? La même question se pose concernant l’affaire TPMP.

Dans Le Parisien du 10 juin 2017, Thierry Moreau, ancien chroniqueur de l’émission, s’interroge sur l’état de la liberté d’expression à la télévision :

Aujourd’hui, on ne peut plus dire des choses qui se disaient il y a quinze ans. Certains sketchs des Nuls ne passeraient plus. Alors attention, c’est un cercle dangereux. Il faut être prudent et savoir où on met le curseur. On doit garantir une vraie liberté de rire.

Et la liberté d’expression ?

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que la décision du CSA inquiète les défenseurs de la liberté d’expression. « Alors quoi ? La liberté d’expression serait-elle à la tête du client ? L’humour aurait-il des frontières mouvantes selon son canal de diffusion télévisuel ? », s’inquiète le journaliste Jean-Christophe Buisson, dans le Figaro Magazine.

Pour Rubin Sfadj, avocat en droit numérique, le CSA est tout simplement dépassé :

Que sert-il de taper aussi fort, aussi tard ? […] L’heure est venue pour le CSA de repenser en profondeur son rôle de régulateur.

Encore une fois, la décision de l’autorité de régulation est loin de faire l’unanimité, et, pire encore, elle met en danger l’un de nos droits fondamentaux : la liberté d’expression.

Voir les commentaires (16)

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Créer un compte Tous les commentaires (16)
  • On ne parle pas ici de juger ce qui est drôle ou pas, ni de ce qui relève de la liberté d’expression… on parle de dénigrement, de geste sexuel déplace, de prise pour cible des homosexuel du fait de leur orientation.

    • il y a des lois pour ça…des juges pas le csa…
      Illégal ou légal…
      On peut se poser la question de savoir qui est en droit de savoir ce qui porte atteinte à l’image de la femme!!!! Introduire de tel concepts dans la loi est funeste pour la liberté d’expression et un régal pour ceux qui se rêvent censeurs. Y a t il une si grande différence entre ceux qui jugeaient que la femme devait obéir à son mari…c’était aussi l’image de la femme du moment..
      quand la victime est l’image de la femme….tout est permis..

    • Kagou: ni de ce qui relève de la liberté d’expression…

      La « liberté d’expression » ne sert pas à discuter météo avec votre voisin, elle se mesure justement au degré de liberté que les instances de l’état « accordent » à ce qui peut offenser (mais qui ne rentre pas clairement dans le cadre de la loi comme la diffamation ou l’injure publique).

      Kagou: de prise pour cible des homosexuel du fait de leur orientation.

      Non c’est vous qui les prenez pour cible. Vous en faites de pauvres choses pleurnichardes, incapables d’entendre une blague niveau bistrot sans subir de graves séquelles psychologiques.


      En gros vous les considérez comme des faibles et des victimes ce qui est une image sociale extrêmement destructrice, insultante et dégradante pour n’importe quel groupe d’humain (sauf les handicapés mentaux et encore, ils ont aussi droit à leur dignité).


      Tant qu’à traiter ces adultes responsables de tapettes juste bonnes à venir pleurnicher contre votre poitrine-de-justicier-défenseur à la moindre blague vous ne voulez pas aussi leur cracher à la figure tant qu’à faire ?

    • Kagou, ce n’est pas compliqué, il suffit juste de vous poser la question :

      Nom, prénom, adresse des victimes ?

      Si vous ne pouvez pas répondre à cette question, circulez, y a rien à voir.

    • C’est quoi l’image de? Bon courage…

  • Ces zototorités sont toutes à abolir. Elles n’ont aucune légitimité autre que le fait du prince.
    Dispendieuses​, ces sinécures pour amis en pré retraite ou incasables sont des injures à la démocratie.
    De pures organes de soumission socialopathique.

  • Au dela de la « qualité » de ces emissions on peux en effet s’interroger sur la legitimité de ces organes de regulation …

  • Le CSA entendait-il juger un problème de fond — l’émission promeut le sexisme et la grossièreté — ou cette sanction

    Le CSA est une instance de plus totalement noyautée par un groupe de justicier-du-bien socialiste.

    Ils n’ont absolument aucune limite et sont bien au-delà de toute notion de droit rationnel puisqu’ils œuvrent pour la justice sociale© et le bien® contre les forces nauséabondes-du-fascisme-rampant™

  • « Encore une fois, la décision de l’autorité de régulation est loin de faire l’unanimité, et, pire encore, elle met en danger l’un de nos droits fondamentaux : la liberté d’expression. »
    Les tentacules étatiques et affiliés n’ont que faire des Droits fondamentaux et r.à.f de la Liberté en particulier !
    En janvier 2015, n’étaient-ils pas aussi des « Charlie » ?

    • La spécialité de la gauche c’est de dire une chose… et de faire le contraire !
      Charlie en fut l’éclatante démonstration. Ils manifestaient tous pour la liberté d’expression… qu’ils ont recommencé à bafouer une semaine plus tard en attaquant des gens pour leurs paroles!

      • +1
        Et tout en clamant « les valeurs de la République » ils nous ont sorti « l’état d’urgence ».
        « Mon ennemi, c’est la finance ! » « Je hais les riches ! ». Par contre je gagne 10 SMIC par mois, plus tous les à côtés.

  • Merci CSA….
    Émission à stopper​ en urgence qui ne sert à rien .
    Si vous avez de ça pour decompresser d une journée de boulot c’est que cette journée n était pas fatiguante car juste à écouter Hanouna et ses anneries vite un doliprane…. dire qu’on paye une redevance TV pour une débilité pareille. Émission à bannir.svp

    • @Del
      Bonsoir,
      Si cette émission, aussi nulle soit-elle, est toujours programmée, c’est parce qu’un million de personnes la regardent. Je trouvais le concept intéressant, mais Hanouna en a fait un « truc » de divertissement assez rapidement et en a perdu l’essence, du coup je ne regarde plus.
      Commencez donc par ne plus la regarder ; VOUS êtes le maître de la télécommande.

    • La redevance TV finance les chaînes d’Etat, ce qui n’est pas le cas ici. C’est une chaîne privée, la liberté d’expression doit être supérieure aux désirs de censure et de moralisation des bien-pensants qui désirent, comme vous, imposer « leur » vision du monde aux autres.
      Cette chaîne ne vous plait pas ? Changez de chaîne !

    • Del: Émission à stopper​ en urgence qui ne sert à rien .

      Tout ce que vous n’aimez pas est à supprimer… !??
      Vous êtes vraiment une humain lamentable.

    • ça fout les jetons un commentaire comme ça… et faudrait interdire les partis liberticides bien sûr. J’espère que vous écrivez cela sans réfléchir vraiment

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