Venezuela : le naufrage en direct du socialisme

La famine qui se diffuse désormais au Venezuela souligne la faillite inéluctable du socialisme.

Par Philippe David.

Article paru initialement début 2017.

Lorsque le mur de Berlin a finalement chuté et levé le voile sur toutes les aberrations du socialisme, on aurait pu croire que ce système allait être totalement discrédité. Tous ceux qui sont assez âgés pour avoir suivi l’actualité de l’époque ont pu constater l’état dans lequel se sont retrouvés l’URSS et ses satellites d’Europe de l’Est après plus de 70 ans de gouvernance socialiste marxiste. Parce que oui, dans URSS, n’oublions pas le mot socialistes (Union des Républiques Soviétiques Socialistes).

Cet effondrement était pourtant prévisible et inscrit dans les faits, il avait été prédit par l’économiste Ludwig von Mises dans son livre Le Socialisme, publié en 1920 alors que l’URSS venait à peine de se débarrasser du régime tsariste.

Déjà à cette époque, Mises avait déterminé que la gestion d’un État propriétaire des moyens de production sape la base de production, à tel point qu’elle rend impossible tout calcul économique permettant de déterminer ce qui doit être produit, et en quelles quantités, afin de satisfaire la demande des consommateurs ; car c’est bien là le but premier d’une économie.

Malheureusement, les socialistes ne comprennent toujours pas que lorsque l’État gère l’économie, les décisions économiques prises ne le sont pas en fonction des désirs des consommateurs, mais en fonction des désirs de l’État, et de sa clique dirigeante. Voyez-vous, en URSS, comme un peu partout ailleurs, les élites ont toujours été déconnectées de la population ; et c’est identique au Québec, en France, etc. Les élites en URSS avaient même des boutiques qui leur étaient réservées exclusivement. Le fait que leurs concitoyens devaient quotidiennement faire la queue pendant des heures pour une miche de pain était le cadet de leurs soucis. Eux ne manquaient de rien, les désirs des petits citoyens ne figurant pas parmi leurs priorités ; et même lorsqu’il y avait coïncidence, les dirigeants ne disposaient pas des informations nécessaires pour guider la production, conduisant à des pénuries, ou des surplus, de certains produits.

La grande faille du socialisme

Socialisme (Crédits : René Le Honzec/Contrepoints.org, CC-BY 2.0)La faille du socialisme est de n’avoir jamais rien compris au système de prix, pourtant au cœur du système productif et des échanges commerciaux. Plus particulièrement, le socialisme consiste à refuser obstinément de comprendre que ce système de prix comporte des signaux permettant aux producteurs de déterminer ce qui doit être produit, en quelle quantité et de la façon la plus efficace. Le niveau des prix de tous les facteurs de production, qu’il s’agisse des matières premières, des machines, des terrains, de la main d’œuvre, etc., comporte des informations sur la rareté ou l’abondance relative de ces facteurs ; informations utiles à l’entrepreneur qui sait alors quelles combinaisons de ces facteurs lui donnera ce qu’il veut produire au plus bas coût possible.

Parallèlement, les profits récoltés lors de la vente des divers produits finis et services informent le producteur de ce que les consommateurs recherchent et lui indiquent quels sont leurs besoins. Le processus de détermination du niveau de production nécessaire pour satisfaire les besoins des consommateurs est ce qu’on appelle le calcul économique. Or, le socialisme cherche justement à contrôler, ou carrément anéantir ces signaux et rend les besoins de production incalculables. Voilà comment le résultat inévitable du socialisme a toujours été la distribution égale de la misère.

Vers un socialisme du 21e siècle…

Faisons un petit saut rapide à l’orée du 21e siècle. Nous avons pu observer, expériences après expériences, les effets désastreux du socialisme. Des dizaines de millions de personnes sont mortes de faim en Chine sous Mao, et en URSS sous Staline et Lénine. L’URSS et ses États satellites se sont effondrés sous leur propre poids. Les Cubains vivent avec des cartes de rationnement depuis leur révolution. En Corée du Nord, la famine pousse certains parents à manger leurs propres enfants.

On aurait pu espérer qu’après toutes ces horreurs, le monde allait être guéri des lubies socialistes. Mais non ! Nous n’avons apparemment rien compris. En 1998, les Vénézuéliens élisent Hugo Chavez qui les embarque dans une révolution bolivarienne qu’il nomme socialisme du 21e siècle, sous les « Oooh ! », « Aaah ! » et autres acclamations des gauchistes du monde. Chavez allait-il réussir là où les autres ont échoué ?

En 2015, après 17 ans de chavisme, la proportion de Vénézuéliens vivant sous le seuil de pauvreté est passée à 76% (alors qu’elle était de 60,94% avant l’élection de Chavez). Des enfants de 5 ans sont admis à l’hôpital, ne pesant que 11 livres (à peine 5 kg). La famine au Venezuela est telle que les gens se sont mis à manger les animaux du zoo de Caracas et chassent les chiens et les chats dans les rues.

Voyez-vous, Chavez et son successeur, Nicolas Maduro, ont commis toutes les erreurs des autres régimes socialistes. Ils ont saisi et nationalisé des grands pans de l’économie et institué des contrôles de prix. Constatant les résultats pourtant prévisibles de ces politiques, Maduro fait de la surenchère plutôt que de faire marche arrière, et impose des contrôles plus sévères encore, comme obliger des Vénézuéliens à travailler dans les fermes ; il démontre avec évidence que les socialistes ne comprennent toujours rien à l’économie et persistent dans l’erreur. Le temps nécessaire à cette prise de conscience est encore un mystère.

J’ai toujours souri au constat que des économistes de gauche puissent faire l’éloge des politiques de Chavez. Des économistes qui, de toute évidence, n’ont jamais lu von Mises. Pourtant, les résultats que nous observons aujourd’hui au Venezuela étaient prévisibles et ne devraient pas surprendre les personnes familières du système de prix et des effets néfastes de la gestion publique de l’économie. Essayons donc d’apprendre de ces erreurs et méfions-nous des politiciens qui prônent le même genre de politiques. S’il est possible d’ignorer les lois de l’économie, il ne faut pas oublier que l’économie, elle, ne nous ignorera pas.

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