Le voyage de Mortimer, de Tomàs Turner

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By: Christine und Hagen Graf - CC BY 2.0

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Le voyage de Mortimer, de Tomàs Turner

Publié le 27 avril 2017
- A +

Par René Le Honzec.

Débarquant des États-Unis après un burn-out sur le conseil de son psy, Mortimer, un voyageur américain croise au fil de son périple en France de mystérieux personnages, morts ou vivants, de l’Indien des plaines dans le musée du Quai-Branly au berger Géraud en Auvergne, et bien d’autres encore, tout en découvrant un patrimoine architectural riche en révélations initiatiques.

Voyage dans le paysage et l’histoire

Chaque rencontre est une pièce d’un puzzle qui conduit le voyageur dans le paysage et dans l’histoire. Mortimer découvre une France en crise identitaire, multiple et complexe, urbaine et rurale, gastronomique et architecturale, profane et sacrée…

Mortimer va se laisser guider et inspirer par une série de rencontres pittoresques. À la suite d’un étrange accident, il va prendre des chemins de traverse et mettre ses pas dans ceux des grands marcheurs, Robert-Louis Stevenson entre autres pèlerins d’antan. Des évènements inattendus jalonnent son périple : un autre monde s’ouvre à lui. Mortimer acquiert la faculté de voir et de communiquer avec des êtres de l’au-delà.

Voyage initiatique

Le séjour touristique en France se transforme en un voyage initiatique et erratique.
Cette quête conduit Mortimer dans une France insoupçonnée, secrète et rebelle.
L’Américain apprend à regarder le monde autrement.

Il découvre un univers subtil où tout est relié : mondes extérieurs et mondes intérieurs, visibles et invisibles, passés et présents. Au fil de son périple, Mortimer croise des individus bizarres, atypiques, traverse des paysages déserts et arrive dans des lieux qui révèlent les richesses de la France dans le domaine des arts, de l’architecture ou encore de la gastronomie.

Les coïncidences deviennent alors des évidences. Les échanges et les rencontres
conduisent naturellement à la frontière des mondes. Les portes s’ouvrent. Le voyage se mue en un cheminement spirituel.

Chaque épreuve rencontrée sur la route de Mortimer prend un sens et déclenche un enchaînement de circonstances rocambolesques, ce que les spécialistes de la physique quantique appellent le hasard objectif !

Trouver un supplément d’âme

Finalement, Mortimer découvre ce qu’il était venu chercher : un supplément d’âme. Il va pouvoir tenir la promesse qu’il a faite à un Indien mort. Le romancier réussit à faire de ce récit de voyage une aventure extraordinaire, en jouant sur deux registres : la quête intérieure et la découverte du monde. Il y parvient en conjuguant l’érudition et un regard esthétique qui donnent au lecteur envie de suivre les traces de Mortimer.

De surcroît, ce voyage qui revêt une dimension philosophique n’est pas sans accointance avec l’œuvre d’Umberto Eco (Le Nom de la Rose, Le Pendule de Foucault, l’Ile du jour d’avant) et celle de Henri Vincenot (Le Pape des escargots, La Billebaude, Les Étoiles de Compostelle).

Érudition sauvage et joyeuse

Nous retrouvons l’érudition sauvage et joyeuse du mage bourguignon dans l’évocation des chapiteaux des églises qui jalonnent l’itinéraire de Mortimer, tandis que le brouillage spatio-temporel où il évolue rappelle le cryptage ésotérique du Nom de la Rose. ).

Avec aussi du René Fallet (Oui, celui de La Soupe aux choux, Le beaujolais nouveau est arrivé ou encore Les vieux de la vieille, dont sont tirés les fameux films) dans certaines scènes de dégustation.

Avec une écriture ciselée, Tomàs Turner crée une ambiance magnétique au sein de laquelle il fait exploser les idées reçues. Au-delà du regard iconoclaste et éclectique qu’il porte sur la France, il réenchante un monde où tout devient possible ! À l’instar d’un magicien, c’est à un voyage dans un autre univers qu’il nous convie.

Tomàs Turner, Le voyage de Mortimer, éditions Balland, 2017, 340 pages.

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  • une lecture qui doit permettre une évasion de l’esprit , tel que je l’ai ressenti à chaque fois que j’ai regardé  » le nom de la rose  » ; le voyage de mortimer , pour peu qu’il soit bien écrit, me fera rentrer dans l’histoire de ce livre , parce que quand je lis , je recherche avant tout l’évasion de ce monde si imparfait ;

  • Un article qui donne vraiment envie de lire Tomàs Turner. Ce qui a attiré mon attention, c’est le nom de Turner. Non seulement, il fait référence à J.M.W. Turner, peintre que j’apprécie particulièrement, mais aussi à Nat Turner, meneur d’une révolte d’esclaves en Virginie en 1831.

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