Fillon ou Macron : voter pour un programme ou pour un homme ?

Macron ou Fillon ? L’un a un programme fourre-tout mais il est servi par ce qu’il dégage ; l’autre semble politiquement plus aguerri mais a fait personnellement des erreurs. Alors, faut-il voter pour un homme ou pour un programme ?

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Fillon ou Macron : voter pour un programme ou pour un homme ?

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 16 avril 2017
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Par Philippe Bilger.

Je sais, cette alternative est terriblement simpliste, sans doute le signe d’une immaturité politique qui ne sait pas s’attacher qu’aux seuls programmes comme les citoyens sérieux.

En même temps, pour moi qui rejette sur le bord de mon chemin démocratique Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, adversaires implacables mais étrangement semblables, on a le droit, dans un article d’opinion, d’exprimer ses états d’âme, ses doutes et, aussi, sa manière plus intuitive qu’élaborée de forger ses choix.

Je n’oublie pas la primaire de la droite et du centre que François Fillon n’avait pas gagnée seulement à cause de son propos sur l’intégrité mais grâce à la pertinence et à la cohérence de son programme qui visait, tous comptes faits, à ne plus faire vivre la France au-dessus de ses moyens.

Emmanuel Macron et son programme fourre-tout

Emmanuel Macron, avec son équipe, s’est efforcé, sur tous les sujets, d’édifier un système en définitive facile à identifier : une sorte de centrisme et d’équilibre, ne rejetant rien absolument mais compensant ici ce qu’il enlève là, prenant ici ce qu’il va annuler ailleurs. Ce n’est pas une démarche médiocre mais, pour refuser la rectitude trop froide de mesures sans concession, elle donne l’impression parfois d’une synthèse instable entre ce qui est nécessaire et ce qui est proposé.

Une conséquence négative de l’immense et contradictoire fourre-tout que paraît constituer aujourd’hui le vivier militant et humain au soutien de la cause d’Emmanuel Macron pourrait être d’infléchir dans un mauvais sens les avancées structurelles ou fortes que sa campagne a promues. Je suis par exemple inquiet que la présence de la gauche judiciaire altère ce qu’il y a de rigueur dans telle ou telle de ses propositions. C’est la rançon probable d’un salmigondis qui, perçu comme une richesse, risque de devenir un frein.

Sans sous-estimer le courage aussi bien intellectuel que physique d’Emmanuel Macron ni surestimer les enseignements et la sagesse d’une trop longue carrière politique, j’imagine davantage François Fillon qu’Emmanuel Macron dans les rapports de force internationaux et les crises susceptibles d’être créées par l’interventionnisme d’un Donald Trump. Parce qu’en l’occurrence l’expérience a du sens et la fraîcheur n’est pas forcément un atout.

Emmanuel Macron, par ailleurs, avec une spontanéité qui est sa face de lumière ou parfois d’ombre, sur la colonisation et la culture française a formulé quelques appréciations suffisamment provocatrices pour qu’il ait été contraint de les expliciter longuement et presque de les regretter.

Pour l’islam et sa perversion, l’islamisme, et son paroxysme, le terrorisme, le candidat d’En Marche ! donne l’impression, avec sa volonté de calme et de tranquillité, son refus de l’outrance et de la surenchère, son souci de l’apaisement, son désir respectable de ne jamais jeter de l’huile sur le feu social, qu’il serait prêt par accommodement à des faiblesses tactiques, à des compromis douteux. Qui feraient le lit des communautarismes plus qu’ils ne les interdiraient.

Alors que François Fillon sur ce point capital, comme pour l’immigration et notre quotidienneté menacée, est plus rassurant, plus convaincant.

Si son projet globalement emporte davantage l’adhésion, nous allons devoir tout de même oublier une personnalité qui a déçu le peuple de droite, quelles que soient les suites judiciaires des affaires et les péripéties vestimentaires entre autres. Notre problème qui manifestement n’a pas été le sien relève moins de la loi que de la décence. Il y a une forme d’inconscience ou de désinvolture – même si le donateur Bourgi par exemple a inquiété, mais trop tard – qui n’est pas loin d’une indifférence, voire pire, à l’égard du peuple et de son ordinaire. Quelque chose s’est cassé qui va conduire, sans enthousiasme, désabusé par l’homme, à espérer dans le président qu’il pourra être.

Le projet, on s’y tiendra, on votera pour lui, malgré François Fillon. Parce que le premier est bon et que le second nous a d’une certaine manière trahis. On ne pouvait pas deviner que cette splendide invocation de l’intégrité était de l’affichage pour gagner.

Emmanuel Macron, la séduction

Emmanuel Macron, à mon sens, est dans une configuration inverse. Il est un président de la République qu’on désirerait voir et avoir à la tête du pays. Son intelligence, sa culture, son empathie non fabriquée mais confirmée tout au long de son histoire, sa nature respectueuse, son aptitude républicaine, à quelques exceptions près qui sont pardonnables, à dialoguer et à accepter que le contradicteur ne soit pas un ennemi mortel et la démocratie une foire d’empoigne et de détestation, sa tenue, son honnêteté, sa jeunesse, tout garantirait une présidence, grâce à la personne qu’il est, aussi éloignée de celle frénétique de Nicolas Sarkozy que de celle faussement normale et tristement décevante de François Hollande. Contrairement à François Fillon, il vient au secours de son projet alors que celui-ci vient difficilement au secours de l’ancien Premier ministre.

François Hollande a implicitement avoué sa préférence pour Emmanuel Macron contre Hamon et Mélenchon. C’est un cadeau amer. Le président aurait mieux fait de ne pas se mêler de la campagne et de continuer à présider. C’est ce que lui avait conseillé avec culot Emmanuel Macron.

François Fillon : derrière l’homme, le programme

Malgré tout, François Fillon. Élu, sa réussite dans les premiers mois du quinquennat ferait oublier les lamentables épisodes en amont et la confiance des Français lui serait à nouveau acquise. Pas de meilleur remède que le succès !

Les Sarkozystes regroupés tactiquement autour de lui ont déjà fait une croix sur lui et intégré sa probable défaite. Ils ne sont préoccupés, sous l’égide du Parrain, que par les élections législatives. À toutes fins, ils se sont assurés de deux postes : François Baroin comme Premier ministre et Laurent Wauquiez comme chef du parti. Les Sarkozystes sortis par la porte de la primaire sont rentrés par la fenêtre de ses suites déprimantes.

Malgré tout donc, François Fillon au premier tour.

Depuis 2007, la personnalité des présidents ne pouvait qu’être appréhendée globalement. Il y avait leurs actes, leur politique, leur programme, les espérances, mais tout ensemble, leurs failles, leur tempérament, les déceptions, leurs faiblesses. L’action et le caractère.

Jamais, comme avec François Fillon et Emmanuel Macron, on n’avait eu aussi ostensiblement à dissocier le projet et la personne. À aimer autant la subjectivité sympathique et chaleureuse de l’un et la valeur objective du programme de l’autre. Décidément cette campagne est unique.

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  • un dirigeant corrompu est un atout pour les autres dirigeant ; il est possible de le faire plier en lui faisant un petit chantage sur d’éventuelles affaires non encore connues des citoyens ; la corruption est une faiblesse , un défaut ,et peu d’élus sont capables de surmonter cela ; et en ces élus là , je n’ai aucune confiance ;

    • il est possible de le faire plier en lui faisant un petit chantage sur d’éventuelles affaires non encore connues des citoyens

      Je suppose que vous faites allusion à Fillon? Il me semble précisément qu’il a largement prouvé depuis janvier sa capacité à ne pas plier…

  • « …Voter pour un programme ou pour un homme ».
    Cette partie du titre de l’article de Philippe BILGER me semble réductrice.
    Le dilemme n’est-il pas celui de voter pour un homme ayant la bienveillance de la magistrature – tout au moins pour le moment – ou pour un homme dont la campagne électorale est polluée par cette même magistrature aux ordres du pouvoir en place.

  • Les médias ont pilonné Fillon. Nous savons tout ce qu’il y a à savoir sur lui. C’est moins évident des autres.

    Fillon a ses zones d’ombre. Les autres aussi. Voter pour l’équipe Macron ne garantit en rien la mise en place d’un personnel politique plus vertueux que l’équipe Fillon. Macron a de façon évidente dépensé l’argent public mis à sa disposition en tant que ministre pour préparer son aventure électorale. Tous les autres le font. Certes, mais si l’excuse ne vaut pas pour Fillon, elle ne vaut pas non plus pour Macron. Quant à ses relations avec Patrick Drahi, propriétaire de BFMTV et de l’Express qui font ouvertement campagne pour Macron, elles me semblent poser autant sinon plus de questions que celles qu’entretient Fillon avec Marc Ladreit de la Charrière.

    Macron n’est certainement pas pire que bien d’autres politiques. De là à voter pour lui au prétexte qu’il serait plus moral que Fillon, non !

  • On peut aussi soutenir l’inverse.
    Je voterai Fillon pour sa stature, en depit des « affaires », parce que je lui crois la force et la volonté.
    Si je pense que Fillon sera éliminé, je voterai pour le programme de Macron, qui par défaut, me semble lle moins mauvais.

  • On parle de la jeunesse de Macron comme d’un atout. J’aimerais toutefois souligner qu’il existe aujourd’hui un président que la jeunesse ne cautionne pas franchement : Kim Jong-un. L’immaturité existe aussi en politique si intelligent que l’on puisse être ou paraître.

  • « Malgré tout, François Fillon. Élu, sa réussite dans les premiers mois du quinquennat ferait oublier les lamentables épisodes en amont et la confiance des Français lui serait à nouveau acquise. Pas de meilleur remède que le succès ! »
    Si tant est qu’il puisse diriger !
    L’opposition aura beau jeu de ne pas accepter ses mesures, au prétexte qu’elles viennent d’un homme à la morale et au désintéressement douteux… (et, si légitimé au 1 er tour, par un score moyen..)
    Probable que je voterai aussi pour le programme plutôt que pour l’homme, mais inquiète toutefois de l’atmosphère qui régnera ensuite en France..
    D’autant que les mesures Fillon pourraient d’abord se solder par une petite régression économiques, avant de redonner des ailes au pays. L’opposition lui laissera-t-elle le temps de mener à bien sa politique ?

    • Chère Madame, après le parcours du combattant que vient de nous offrir FF, je crois que cette machine de guerre qu’est devenu FF, lorsqu’il sera vainqueur des élections, n’aur plus d’opposants crédibles, puisque ces derniers seront à terre, en particulier les médias stipendiés, qui auront perdu ainsi le peu de crédibilité qui leur reste… Il sont morts! Prenez les derniers exemples, tentatives désespérées consécutives au refus de FF d’aller perdre son temps aux jeux du cirque de Bourdin: « FF soupconné de ne pas avoir rendu les bons costumes, « Arnys ne s’en serait pas rendu compte en quatre semaines, alors que seule la police est compétente pour le faire!!! » La ficelle ressemble tellement à un câble que ça a fait un flop, même les copains ne l’on pas repris dans leurs colonnes!…
      Ils sont morts je vous dit! 80% des gens ne font pas confiance aux médias, nous allons passer à 99,9%!
      Comme l’a si bien dit Nietzche, que j’apprécie assez peu par ailleurs:  » Ce qui ne nous tue pas nous rends plus fort ». Tout est dit…

  • Au final beaucoup d’indécis voteront Fillon car Macron c’est :
    – Versement des allocations chômage aux démissionnaires
    – Maintien des 35 heures
    – Ancien conseiller et ministre de François Hollande

    Beaucoup d’autres voteront Mélenchon car Macron c’est :
    – Loi El Khomri renforcée, Ubérisation au nom de l’efficacité libérale
    – De l’austérité : 120.000 infirmières? enseignants? policiers? en moins
    – Les banques de détail libres de spéculer avec notre argent

    À mon avis Macron fera 15%

  • Je conseille à ceux qui ont un doute entre ces deux hommes, Fillon Macron, de regarder le meeting de la Porte de Versailles pour f. Fillon et celui de Macron à Pau. Sûre que votre choix se fera très rapidement.

  • J’ai un gros doute sur la santé mentale de Fillon.
    Déjà plus jeune, il vota contre la dépénalisation de l’homosexualité, signe de confusion …
    Maintenant, il ment, s’empêtre entre ses vérités, se déclare soudain porté par la foi catholique, se déclare pour l’indépendance des juges quand cela l’arrange, la voudrait aux ordres pour faire condamner ses amis, et bientôt à ses ordres pour laisser sa femme tranquille.
    L’image d’un des derniers meeting, avec fillon saluant une haie d’amis précieux…. ignorant superbement Pénélope, ni geste, ni regard, qu’il accordait généreusement pourtant… et elle, la seule à fixer l’horizon… absente, figée… pour moi cette image résume la duplicité de ce pitoyable personnage.
    1° ministre docile, sans aucun rôle, pleurant dans les’jupe de Sarko pour ne pas perdre ses privilèges, le bénéfice de Matignon refait à neuf à son arrivée…
    Parlementaire totalement fictif : présence à minima, aucun travail législatif, …

    FIllon élu sera un Chirac bis… il n’a aucune légitimité au delà d’un cercle restreint, renforcé d’une moitié de son électorat qui votera pour lui en se pincant le nez…
    Fillon n’arrive pas à séduire une partie significative des actifs, des jeunes, de tout ceux cadres, professions libérales, …
    Son programme s’annonçait bien, en particulier en posant une bonne question sur la secu… rétropédalage complet… il ne reste rien …

  • Fillon a réussi à revenir sur ses engagements de campagne durant la campagne elle même (« je ne me présenterai pas si je suis mis en examen ! »), sans parler de son passé de premier ministre. Macron c’est Hollande (en un peu mieux certes). Je ne parle même pas de Mélanchon et de Le Pen…

    Campagne réjouissante !

  • L article suppose que le president elu va tenir ses promesses. Ni Sarkozy, ni Hollande n ont tenu les leurs. Pourquoi le prochain la ferait il ?
    Surtout s il s agit de Fillon ! Non seulement il a ete premier ministre de Sarkozy mais il a en plus aucune credibilité pour appliquer son programme vu sa moralité plus que douteuse.
    Comment voulez vous convaincre des gens de travailler 4 h de plus par semaine gratuitement quand vous faites un emploi fictif pour votre femme depuis 1981 ?

    Fillon president, c est chirac bis : retranché a l elysee pour etre a l abri des juges et immobilisme pour faire le moins de mecontents possible

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casier Législatives coute
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