La Turquie s’enfonce dans la paranoïa, la crise et les contradictions [Replay]

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
By: Presidencia de la República Mexicana - CC BY 2.0

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

La Turquie s’enfonce dans la paranoïa, la crise et les contradictions [Replay]

Publié le 14 mars 2017
- A +

Par Yves Montenay.

La paranoïa de l’opinion publique est entretenue par le pouvoir pour justifier la répression tous azimuts : anti-kurdes et anti-modernistes, laïques ou gülenistes. Cela commence à avoir des conséquences économiques et affaiblit la position Internationale de la Turquie face à la Russie.

Ainsi les médias officiels suggèrent que ce sont « des puissances étrangères », sous-entendu occidentales, qui sont à l’origine des difficultés actuelles. Le maire d’Ankara les a même accusées d’avoir envoyé un bateau, soi-disant scientifique, à la limite des eaux territoriales turques pour y déclencher le récent tremblement de terre ! (Turquie : le maire d’Ankara sûr qu’une force étrangère provoque les séismes, Le Parisien, 7 février 2017)

L’origine des difficultés turques est pourtant interne.

Les conséquences de la répression d’Erdogan sur l’économie turque

« Les tigres anatoliens », ces chefs d’entreprise moderno-islamistes (donc souvent gülenistes) qui ont fait le succès de l’économie turque après la période « étato-militaro-laïque » moins efficace, sont souvent maintenant derrière les barreaux, avec les intellectuels laïques et les militants kurdes. On craint une économie à la russe, où il faut être courtisan pour pouvoir exercer. La constitution en projet, qui prévoit la disparition des contre-pouvoirs au bénéfice du président aggrave ces craintes. Dans ce contexte, les investisseurs s’abstiennent.

La note de la Turquie sur les marchés financiers a donc été abaissée début février à « junk » (« emprunteur non fiable ») par l’agence Ficht pour cette raison, à laquelle s’ajoute le poids de ses dettes en dollars ou euros alors que baisse la livre turque.

Erdogan a donc plus que jamais besoin de Poutine notamment pour son gaz, ses touristes et ses importations vers la Russie.

Une position internationale affaiblie

La Turquie se considère comme la grande puissance sunnite et est effrayée par la montée des Chiites en Syrie et en Irak, qui sont appuyés par son grand rival, l’Iran. Russes et Iraniens ont sauvé Bachar al-Assad, chiite, auquel Erdogan est opposé. Mais il a dû se résigner à son maintien, étant impuissant face à la coalition russo-iranienne. Pour revenir dans le jeu syrien il courtise donc Poutine dont il a par ailleurs économiquement besoin. Mais il se trouve alors allié de son ennemi iranien.

Contradiction supplémentaire, la Turquie doit aussi ménager Trump en espérant que, contrairement à Obama, il permettra l’extradition de Fetullah Gülen accusé d’avoir fomenté la tentative de coup d’État en juillet 2016. Erdogan voudrait également que Trump diminue son soutien aux Kurdes de Syrie qu’il considère liés à ses ennemis kurdes intérieurs… Ces Kurdes de Syrie sont pourtant plus efficaces dans la lutte contre l’EI que Bachar et ses alliés russes et iraniens… Et que l’armée turque.

Une petite note absurde pour terminer : vous vous souvenez de l’attentat contre la discothèque Reina à Istanbul, qui a causé la mort de 39 personnes dans la nuit du Nouvel An, et où, paraît-il, l’alcool coulait à flots. Le terroriste a été arrêté et répète : «Je suis fier d’avoir tué des chrétiens ». Mais il s’agissait surtout de musulmans arabes venus se distraire dans un pays plus détendu que le leur (Le Monde du 16 février 2017).

Sur le web

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don
0
Sauvegarder cet article

Ce qui m’a frappé au cours de cette année 2021, ce n’est pas le virus, mais l’extension de l’autoritarisme sous sa forme dramatique comme sous sa forme rampante et bureaucratique. J’ai remarqué également la numérisation et le retour en force des marchés qui « se vengent » des dictatures notamment par l’inflation. Bien sûr, le virus a joué son rôle, mais il a plutôt été l’occasion que la raison de fond.

La violence autoritaire

Cette violence a gagné une grande partie du monde, et s’il fallait donner un premier prix, il reviendrait au My... Poursuivre la lecture

Par Alexandre Massaux.

La crise à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie prend de l’ampleur. Des tensions et des altercations ont lieu entre les forces polonaises et les migrants venant de Biélorussie. Cette situation n’est pas sans rappeler celle de la frontière gréco-turque. Ces frontières terrestres entre l’UE et le reste du monde sont devenues des zones stratégiques.

Au-delà des problèmes liés aux flux de personnes et à leur circulation, ces épisodes ont une dimension géopolitique. Ce n’est pas un hasard si ces deux... Poursuivre la lecture

Par Armen Tigranakert.

Le 28 juillet, le département du Trésor américain a imposé des sanctions au groupe rebelle soutenu par la Turquie, Ahrar Al-Charqia responsable du meurtre scandaleux de la femme politique kurde syrienne Hevrin Khalaf en 2019, afin que les auteurs de violations des droits humains répondent de leurs actes.

La décision prise à l’initiative de l’administration Biden peut difficilement être considérée comme amicale envers la Turquie, a apparemment fait craindre à Ankara  le sort de ses alliés dans le nord-ouest... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles