Emmanuel Macron : opportuniste ou inclassable ?

Et si Emmanuel Macron était authentique et convaincu ?

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Emmanuel_Macron_(27_août_2014) by Gouvernement français(CC BY-SA 3.0 FR)

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Emmanuel Macron : opportuniste ou inclassable ?

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 20 février 2017
- A +

Par Philippe Bilger.

Emmanuel Macron opportuniste
Emmanuel_Macron_(27_août_2014) by Gouvernement français(CC BY-SA 3.0 FR)

J’adore cette classe politique qui à droite comme à gauche donne des conseils à Emmanuel Macron comme s’il était un petit frère turbulent et à force insupportable.

Jean-Luc Mélenchon, par exemple, l’invite à « beaucoup réfléchir et à s’exprimer avec beaucoup de délicatesse sur les sujets centraux de l’Histoire de France » (Le Point). Qui pourrait nier la pertinence d’une telle suggestion en allant même jusqu’à l’appliquer à celui qui la profère ?

Sur le plan politique, Emmanuel Macron est devenu le sujet dont on parle dans les dîners en ville. Certains continuent à penser qu’il a été propulsé par François Hollande pour faire perdre la droite, une majorité lui reconnaît aujourd’hui un parcours autonome, indépendant.

On l’avait qualifié de bulle. Cette bulle ne crève pas.

Il est traité de « plein du vide » avec une mélancolie amère dans un dialogue entre Michel Onfray et Marcel Gauchet. Plein, c’est trop d’honneur. Vide, c’est trop de pessimisme.

Il a rempli les salles en France avec un public fasciné et enthousiaste. Comme une sorte de gourou qui n’aurait pas de programme.

Emmanuel Macron : abstrait et au goût du jour

Il commence pourtant à décliner celui-ci thème par thème et récemment il a proposé des mesures pour la sécurité et la Justice. Certes il ne va pas dans le détail mais ses rivaux non plus. Dans cet entretien (Le Figaro), qui est tout sauf banal et convenu – il y a toujours chez lui quelque chose d’atypique qui fait grincer, frémir ou se réjouir -, il mêle à son projet des éléments d’actualité. Par exemple, si sa préoccupation principale est de lutter avec vigueur et efficacité contre la délinquance, la criminalité et la violence au quotidien, il n’oublie pas de cibler aussi « les violences policières ». Emmanuel Macron est à la fois abstrait et au goût du jour. Il plaît aussi pour cela.

Son programme qu’on lui réclame à cor et à cri – ce qui évite à tel ou telle de proposer le sien, de le chiffrer ou d’en élaborer un dans l’urgence – sera soumis à notre attention le 2 mars. Emmanuel Macron quittera donc le doux terrain des orientations pour entrer dans le dur : là où la contradiction pourra s’appuyer pour démolir sa politique pour la France.

Emmanuel Macron, en tout cas, est toujours là, bien présent. Ceux qui soutiennent sa cause ne sont plus constitués par un socle volatile mais représentent une masse prête à le suivre fidèlement même dans ses pensées les plus provocatrices (les résultats d’une enquête Ifop/Tous sur l’Algérie montrent qu’un peu plus d’un Français sur deux le soutient sur la question de la colonisation).

Des provocations toujours sorties de leur contexte

Celles-ci, d’ailleurs, si on veut bien les analyser, fuient le sommaire comme la peste et ne peuvent pas être résumées selon l’habitude médiatique par des raccourcis qui dénaturent.

Il a bien affirmé, en Algérie, que la colonisation avait été « un crime contre l’humanité » puis, en précisant, contre l’humain mais en se plongeant dans sa complexité, on s’aperçoit que les polémiques commencent souvent avec lui parce qu’on n’a pas tout entendu, tout lu et qu’elles se terminent par le fait qu’on peut ne pas l’approuver mais que le fond mérite d’être soupesé avec finesse et bonne foi.

Autre pavé dans la mare, stimulante acidité dans le débat : les opposants au mariage pour tous ont été « humiliés » sous le quinquennat (L’Obs).

Une pensée discutable et à discuter pour la colonisation, un constat lucide sur le mariage pour tous, si on veut bien se rappeler la dureté avec laquelle le pouvoir socialiste a traité une multitude de manifestants et de familles qui n’avaient que le tort de n’avoir pas compris que dorénavant la culture allait supplanter la nature.

Mais il ne s’arrête jamais là : il déclare que « la communauté homosexuelle trouvera toujours en lui un défenseur ». Emmanuel Macron est-il de ceux qui ne prennent aucun risques en pratiquant un brassage général de peur d’insulter l’avenir électoral dans sa richesse et sa diversité ou les prend-il tous, au contraire, en acceptant d’être traité de politicien alors que sincèrement il ne peut se dépouiller d’une aptitude à l’équité et à la globalité ?

Emmanuel Macron opportuniste ou inclassable ?

Conséquence pour Emmanuel Macron : il est attaqué par la droite et l’extrême droite ici, par la gauche là.

Est-ce de sa part le comble du cynisme et de l’opportunisme qui va s’emparer un peu partout, sans la moindre exigence de cohérence, d’éléments épars et contradictoires ? Sa démarche relève-t-elle du grand art de la politique traditionnelle qui collecte, accumule, prend tout ce qui est à portée d’esprit et d’engagement pour se constituer un capital même parfaitement hétérogène ?

Ses adversaires ne se privent pas de juger Emmanuel Macron comme un aventurier sans principes mais très roué.

Alors un petit frère à qui il convient d’adresser de sympathiques injonctions ou un concurrent infiniment dangereux ?

Et si le saisissement de la classe politique n’était pas dû au fait qu’elle flottait dans un climat d’incertitude ? Intolérable pour elle que ces perceptions contrastées qui pourraient seulement manifester la liberté de l’esprit, le caractère équivoque du réel et le fait qu’Emmanuel Macron, en effet, n’est à droite que lorsqu’il le désire et à gauche seulement quand il en a envie.

S’il était authentique et convaincu ? Aussi bien pour la cause homosexuelle qu’à l’égard des opposants au mariage pour tous ? Si la plénitude et l’honnêteté étaient son lot, sa chance dans un monde qui n’aime rien tant que la réduction de l’humain et de la réalité à quelques schémas simplistes ?

Si l’agacement, voire la détestation des professionnels à son encontre résultait seulement de cette scandaleuse impression qu’Emmanuel Macron est inclassable, qu’il bouscule et dérange les lignes, de cette intuition douloureuse, pour le commun des politiques, qu’Emmanuel Macron n’est pas comme eux, véritablement ?

On ne peut pas le ranger alors qu’il conviendrait pourtant de remettre de l’ordre dans la pièce démocratique.

Emmanuel Macron est peut-être vilipendé seulement parce qu’il s’obstine à être un désordre fier de l’être.

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  • Le cas Emmanuel Macron !
    A la lecture de l’article de Monsieur BILGER on perçoit « l’impartialité » du président d’une Cour d’Assise s’adressant à ses jurés en forme de dilemme.
    Les français vont ils s’en prendre pour 5 ans incompressibles….avec l’obligation, pendant cette période quinquennale, d’être tenu par un bracelet virtuel limitant tout évolution politique…

  • « Emmanuel Macron est peut-être vilipendé seulement parce qu’il s’obstine à être un désordre fier de l’être. »
    Si Macron est critiqué, à juste titre, c’est parce qu’il dit tout et son contraire. Cette stratégie de brouiller les pistes lui permet de faire oublier le quinquennat de son gouvernement. Mais ne tombons pas dans le panneau, Macron est de gauche, digne successeur du socialiste Hollande.

    • ceux de droite positionnent EM à droite, ce de gauche a Droite ..! Et si une troisième voie était possible..?

      • 1/ Macron est de gauche et il le revendique :
        http://www.bfmtv.com/politique/macron-en-meeting-je-suis-de-gauche-c-est-mon-histoire-ma-famille-1005327.html
        2/ TOUS les socialistes rallient Macron depuis mai 2016. Même Hollande le soutient (discrètement) :
        http://www.rtl.fr/actu/politique/presidentielle-2017-hollande-veut-des-mesures-specifiques-contre-les-cyberattaques-7787260986
        3/ Macron essaie de berner les électeurs de droite avec un double discours le plus longtemps possible, c’est la raison pour laquelle il ne présente pas son programme.
        L’Obs et le Monde (journaux de gauche) ont déjà annoncé la ligne politique de son programme : « Dans la continuité de Hollande ». Le nom du parti changera pê en « démocrate » pour faire passer la pilule du quinquennat socialiste.
        http://i.imgur.com/U2Zrtap.jpg
        4/ La « 3 ème voix » ça veut rien dire ou alors expliquez-le, ce que même Macron ni Bayrou n’arrivent pas à faire.

        • @ Paulo

          Contrairement à Ph.Bilger, vous tenez votre « certitude » qui n’est pourtant qu’un pari! En politique, on n’est jamais tenu éternellement par ce qu’on a dit et se contredire peut facilement s’expliquer, s’édulcorer, se transformer en cas de critique. Même dans une enquête policière, on a le droit de revenir sur ses propos! Alors …

          Ce qu’on constate, c’est que sans parti derrière lui, il déjà pas mal de « fan’s » sans même qu’on sache ce qu’il ferait! C’est déjà une belle victoire!

          Depuis M. »Coluche », c’est une campagne strictement atypique, séduisant ceux qui ne croient plus à ce clivage vétuste de « gauche et droite », sachant bien que les premières motivations des 2 côtés sont la carrière, le pouvoir et l’argent.

          Il est indispensable de comprendre que ce système « binaire », si il est satisfaisant pour l’esprit, reste insuffisant pour s’adapter à la réalité! Oublier qu’entre noir et blanc existe toute l’échelle des gris sans compter les couleurs, c’est nier l’individualité.

          E.Macron sait bien qu’aucun candidat à la présidence ne peut garantir qu’il appliquera son programme! Et qu’il n’est donc pas nécessaire de dévoiler trop tôt ses idées nouvelles qui seront combattues pied à pied par ses adversaires.

          Pour être sincère, tout discours de candidat devrait se terminer par « je ferai ce que je pourrai! », mais ce n’est jamais le cas! Ils sont donc tous obligés de mentir pour gagner des électeurs!

          Je crois donc que mon doute vaut mieux que vos certitudes puisque, tous deux, nous ignorons l’avenir.

          • Euh.. de quelle « certitude » parlez-vous ?? Ce que j’ai écrit, je l’ai appuyé avec des sources de Macron et sa clique. Contrairement à votre gloubi-glouba. Vous êtes à côté de la plaque. Et comme tout bon centriste éternellement indécis, perpétuellement dans le doute et l’inconsistance, vous n’avez même pas répondu à mon objection.

  • Monsieur Bilger, permettez-moi de répondre directement à votre question. Et bien, non, quoique vous en pensiez ou cherchiez à nous en persuader avec votre art incomparable, je reste persuadée que M.Macron n’est ni authentique ni convaincu et qu’il est précisément classable dans la catégorie opportuniste.

  • « S’il était authentique et convaincu ? (…) Si la plénitude et l’honnêteté étaient son lot ? »
    Je suis le premier à estimer que la nuance est nécessaire, que les jugements à l’emporte-pièce sont la ruine de la réflexion et d’un possible discernement, que l’équilibre est essentiel… Et que la réduction, notamment par l’écho médiatique, d’un discours complet et structuré à un extrait qui ne le représente pas ou mal, est un des graves maux de notre débat démocratique.
    Mais je ne crois pas que cela s’applique à M. Macron même si vous semblez vouloir lui laisser le bénéfice du doute avec une louable générosité.
    Car pour ne prendre que l’exemple emblématique le plus récent, dire « la colonisation a été un crime contre l’humanité » (et non par exemple « a été l’occasion de tels crimes ») ce n’est PAS du débat équilibré. Une position balancée ne peut pas prendre totalement un point de vue puis le point de vue opposé, à chaque étape elle doit, au moins de façon ténue, rappeler qu’elle est un moment de la réflexion, non une conclusion péremptoire.
    Or Emmanuel Macron ne fait pas dans le nuancé perpétuel et balancé, mais dans le péremptoire contradictoire. Selon ce que son auditoire du moment, et l’électorat qu’il pense draguer, lui paraît attendre. Même avec une bienveillance de principe et le crédit que j’accorde a priori à toute position nuancée, il m’est donc impossible d’y voir autre chose que du racolage sans direction affirmée. Ce qui n’a guère de chance de me convaincre quand il s’agit d’accorder sa confiance pour diriger un pays.

    • Comment appelez vous le fait par un peuple, d envahir un territoire habité par un autre et de lui imposer par la force sa culture son administration son histoire ???? (sans parler de la non citoyenneté, l inégalité devant la loi, les ecactions….)
      Pouvez vous imaginer un seul instant ce scénario arriver maintenant et est il un seul instant justifiable ?
      Evidemment non.
      Que cette invasion se soit accompagné d éléments positifs, y compris pour les populations locales (routes, vaccins, ecoles…) personne ne le nie.
      Mon opinion (et elle n engage que moi) est que ces elements positifs sont marginaux au regard de la privation de liberté de ces populations,
      Est ce que le terme de lese humanite vous semble plus adapte ? Peut etre.
      Néanmoins, je suis d accord avec M Bilger et je crois (mais encore une fois c est une opinion toute personelle) que M Macron est sincere dans ses prises de parole.

  • La vérité d’un jour, l »approximation et la contradiction sont inhérentes à tout candidat à la présidentielle. Quid du candidat Chevalier plus blanc que blanc… Et bien d’autres !

  • Faut-il vraiment présenter un programme précis pour se faire élire ? 60 propositions ou 140 engagements.
    Ne serait-ce pas plus honnête et plus clair qu’un candidat décrive ses préférences et priorités plutôt que tout promettre en dépit des contingences à venir?
    peut-être alors qu’ E. Macron serait bien inspiré ne ne pas dévoiler un programme condamné à être aussi croupion que ceux des autres.

    • Je prends pas le risque de faire un chèque en blanc. Qui plus est, les promesses de campagne sont rarement respectées. Je préfère choisir une ligne politique claire.

  • Emmanuel Macron est les deux et il sait attirer les électeurs de différents partis politiques . Apres tout , Jeanne d’arc a su rassembler et alors même que la France n’y croyait pas, se divisait contre elle-même.

  • Le programme d’Emmanuel Macron c’est : « l’Arlésienne » !!!

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