Primaires socialistes : la victoire de Hollande

Hamon regret (Crédits : René Le Honzec/Contrepoints.org, licence Creative Commons)

Ça y est, la première vague des primaires socialistes vient de s’écraser sur le mur de la réalité et un constat s’impose : les Français continuent leur petit jeu de massacre. Malheureusement, à ce petit jeu, on peut légitimement se demander s’ils comprennent tous ce qu’ils vont gagner au final. Ou plutôt, perdre.

Presque comme prévu puisque ce n’était guère prévu comme cela, Dumbo Benoît Hamon arrive donc en tête de cette primaire. Le syndrome de la primaire de droite refait surface, y compris dans ce délicieux décalage des sondages (qui donnaient majoritairement Montebourg et Valls en tête) avec la réalité constatée : les plus gros favoris se retrouvent en posture délicate, et, contre toute attente, c’est donc Dumbo Benoît qui décroche la timbale dans une magnifique illustration de la raison pour laquelle il ne fallait surtout pas, ni à droite, ni à gauche, organiser de telles primaires.

En effet, le schéma global qui pointe le bout de son nez sera le suivant : à mesure que l’élection présidentielle, la vraie, approchera, on s’apercevra sans mal que les deux candidats désignés (à savoir, selon toute vraisemblance, Fillon pour la droite et Hamon pour la gauche) pataugeront dans leurs programmes. Le premier a déjà commencé à raboter le sien pour tenir compte d’un centre qu’il pressent déjà trop large, trop flou, trop mou et trop éloigné de ses positions fermes. Le second aura bien le temps de faire le même constat mais les principaux éléments de son programme actuel ne laissent aucun doute sur la réaction épidermique qu’ils déclencheront chez une forte majorité de Français : lui aussi devra en passer par un vrai recentrage, ou sombrer.

Que voulez-vous : tout le monde sait qu’en France, une élection se gagne au centre, aussi social-démocrate et consensuel soit-il. Pour les partis de gouvernement, c’est une belle gaffe que ces primaires déplorables. Ils les ont joyeusement organisées, trop contents de court-circuiter enfin le principe de l’élection présidentielle tel qu’envisagée par De Gaulle dans la constitution de la Vème République et bien heureux de trouver là un moyen simple et efficace de sortir du jeu démocratique une bonne partie des électeurs, encombrants mammifères difficiles à canaliser, en ne leur présentant que des candidats finalement adoubés par eux ; non seulement, les primaires à droite puis à gauche permettent de faire taire les dissensions internes, mais elles ont le mérite d’élaguer fortement le nombre de candidats potentiellement issus du peuple.

L’idée était bonne, sur le papier. Mais rares sont les plans « sur papier » qui résistent à l’épreuve de la réalité : les deux partis de gouvernement français, depuis longtemps sclérosés et englués dans des méthodes de fonctionnement d’un autre siècle, n’ont pas vu se refermer sur eux le piège des primaires, qui finalement désignent ceux des candidats qui sont les plus à même de diriger un parti aux idées franchement à droite ou franchement à gauche, mais qui seront, par là même, bien embarrassés pour gérer un pays tout entier qui ne s’est jamais gouverné qu’au consensus, au centre, avec tout ce que cela peut comprendre d’atermoiements et de compromis foireux.

Parallèlement, la situation devient de plus en plus délicate pour les tenants des extrêmes. Marine Le Pen est inaudible et elle-même empêtrée dans les philippoteries dont le parfum rappelle furieusement toutes les propositions des autres socialistes. Mélenchon doit à présent composer avec un parti socialiste qui, vraisemblablement, viendra grignoter sur ses plates-bandes avec un Hamon idéologiquement très proche de lui. Tout ce petit monde va se battre pour un électorat qui n’est ni extensible, ni majoritaire (et loin s’en faut).

Je rappelle que la qualification pour le second tour de l’élection présidentielle représente en moyenne 18 millions d’électeurs qu’aucun de ces candidats ne peut prétendre avoir.

Cette situation, cependant, n’échappe pas à Emmanuel Macron qui, tout aussi vaporeux soit son programme, continue de se placer à la fois en candidat hors parti et anti-système, « ni à droite ni à gauche » c’est-à-dire furieusement … au centre.

Pour le côté hors-parti, il peut continuer à le prétendre tant que la partie la plus transie du Parti Socialiste ne l’aura pas rejoint, consternée par les déclarations bafouillantes de son nouveau champion désigné. Cela ne durera qu’un temps : impossible d’oublier qu’il fut ministre (médiocre) d’un gouvernement résolument socialiste, qu’il s’adresse de façon sociale-démocrate à des électeurs socialo-démocrates, que son ébauche fumeuse de programme vaporeux ressemble à s’y méprendre à l’une de ces aquarelles légères et sociales démocrates pour savoir si on doit travailler 35 ou 32 heures, si on doit employer 6 millions ou plutôt 6.2 millions de fonctionnaires, ou si l’on doit s’autoriser plutôt 12 ou plutôt 15 dimanches ouverts par an. Bref : Macron est bien un social-démocrate centro-compatible (au point d’attirer Bayrou, ce qui pourrait constituer le début d’une poisse mémorable pour le pauvre ex-ministre qui ne méritait peut-être pas ce genre d’avanie).

Pour le côté anti-système, le ralliement récent et pas trop discret de quelques éléphants du Parti Socialiste (Royal, Huchon, Bricq, Hollande même ?) ainsi que tous ses seconds couteaux habituels (Attali, Minc, …), ajouté à son propre parcours parfaitement dans les normes du genre, permet de cocher absolument toutes les cases qui font de Macron l’archétype même du candidat du système, même si sa démarche reste, avouons-le, originale.

Mais peu importe : moyennant l’excitation adéquate et tout à fait calculée des médias, la baudruche Macron prend de l’importance et pourra probablement gêner suffisamment les pléthoriques candidats d’une gauche éparpillée. De ce point de vue, la manœuvre Hollande continue de faire son effet puisqu’il s’assure ainsi qu’aucun des candidats de son parti ne pourra prétendre prendre sa place. Macron, sa chose, vient de réaliser un assez beau parcours et les électeurs de gauche ont achevé la manœuvre.

Un peu plus de trois mois nous séparent de l’élection présidentielle. On peut d’ores et déjà garantir que la période électorale sera riche en rebondissements. Mais compte tenu des programmes des uns et des autres, je ne suis vraiment pas sûr que ce soit ce dont la France a besoin.


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