Internet : une saine concurrence des médias

Publié Par Jean-Paul Oury, le dans Médias

Par Jean-Paul Oury.

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Web dans le futur By: Southbank CentreCC BY 2.0

En l’espace des six derniers mois, les résultats de trois scrutins électoraux d’envergure nationale ont démontré la fin de «l’influence telle qu’on l’a toujours connue». Qu’il s’agisse du Brexit, où les partisans du Leave ont été majoritaires ; de l’élection américaine où le candidat Trump l’a emporté au grand dam des experts ; ou encore, en France, où les sondeurs n’avaient pas vu venir la victoire du candidat Fillon à la primaire républicaine. Chacun de ces trois événements présente un résultat disruptif, dans le sens où il était inattendu, mais aussi du fait qu’il contrevenait au souhait de l’establishment.

Le pouvoir en place ne peut plus manipuler facilement les médias

Le système dans lequel le pouvoir en place pouvait jadis utiliser à son avantage les médias pour influencer l’opinion, afin qu’elle reste dans le cadre d’un mode d’expression politiquement correct, est mort. L’opinion en question n’est plus docile et est même capable d’être résiliente. Plus de 200 médias américains soutenaient ouvertement Hillary Clinton.

Pendant la primaire républicaine française, les seules possibilités envisagées par les sondeurs et les éditorialistes étaient un deuxième tour Sarkozy-Juppé. On le voit, le wishfull thinking de la pensée dominante n’est plus suffisant. Or, l’establishment n’est pas prêt à abandonner ainsi cette capacité d’influence.

Le transfert du pouvoir des médias classiques vers Internet est acquis, mais le combat de demain sera une lutte acharnée pour la maîtrise de ce nouvel espace où information et émotion se mélangent. C’est tout l’enjeu de l’influence digitale et de la transformation qui est en cours.

De la même manière que pour le monde de l’entreprise, on est passé d’un modèle d’organisation en top-down à un modèle horizontal de management, ici on observe que l’influence ne va plus du haut vers le bas, c’est-à-dire de l’establishment vers le public, mais se répand de proche en proche : du blogueur influent, vers sa communauté ; des pages et des groupes Facebook vers les profils ; des comptes Twitter vers leurs followers, etc. Il n’y a plus de mouvement unidirectionnel descendant, mais des courants horizontaux, qui rendent les choses très difficiles à contrôler, car difficile à hiérarchiser.

C’est toujours « la faute aux réseaux sociaux »

L’establishment, constatant les résultats inattendus, a eu, à chaque fois, un espèce de réflexe pavlovien qui a consisté à dire « c’est la faute aux médias sociaux ». Dans le cas du Brexit, on a incriminé la violence du débat sur Twitter. Pour les élections US, on a accusé les fake médias qui auraient contribué à la victoire de Trump. Enfin, dans le cas de la primaire de la droite française, le candidat Juppé s’est plaint d’avoir été victime d’une campagne de dénigrement de la part de la « fachosphère ».

On reporte sur le web et ses imperfections l’incapacité soudaine de contrôler l’information. L’objectif pour le pouvoir en place et qui compte bien y rester, est de trouver une solution pour pouvoir casser cette horizontalité qui fait que chaque citoyen peut disposer d’un pouvoir de communication quasiment infini. Les fake-news sont devenues un nouveau prétexte pour réintroduire la censure.

Les « fakes », un prétexte à la censure des médias ?

On est surpris d’entendre Mark Zuckerberg dire qu’il va s’appuyer sur une liste de médias réalisée par une militante d’extrême gauche pour bloquer les faux sites d’information sur Facebook. D’autant plus quand on constate que les faux sites en question ont tous prédit la victoire de Donald Trump.

Lors de la campagne, il y avait eu une histoire de community managers employés de Facebook qui s’étaient fait pincer parce qu’ils faisaient une curation de l’information favorable à Hillary Clinton. Chez Google, un site avait démontré que l’on ne trouvait pas d’articles dérangeants quand on lançait la requête « Hillary guilty », alors qu’on en trouvait à la pelle sur Yahoo. Depuis le lancement des premiers forums, le web est un champ de bataille de l’influence où naissent chaque jour de nouvelles armes.

Ainsi le nouveau Malware Linux/ Moose permet de simuler automatiquement une activité similaire à celle d’un internaute, de créer des comptes et laisser des commentaires sur les sites. On pourrait utiliser ce genre de robot pour militer sur le web dans le cadre d’une campagne électorale, par exemple. La digitalisation de l’influence l’a rendu plus accessible et moins centralisée.

Qui va contrôler l’opinion ? Les politiques ou les médias sociaux ?

Mais on aurait tort de croire pour autant qu’elle échappe désormais à tout mécanisme de concentration. En effet, les principaux acteurs vont en permanence chercher à constituer des monopoles et utiliser leur pouvoir pour prendre le contrôle de l’opinion. On savait que les politiques voulaient contrôler Internet.

Depuis l’élection de Trump, c’est la première fois que les médias sociaux veulent jeter un œil sur la sélection des contenus qu’ils diffusent, contrevenant ainsi à leur neutralité légendaire… Cette attitude démontre l’impératif de créer de nouveaux médias sociaux pour casser leurs monopoles et maintenir une saine concurrence !

Sur le web

  1. Internet, « ce nouvel espace où information et émotion ». Regardez les « informations » à la télé, vous verrez que c’est aussi le cas. Quand on passe un quart d’heure à essayer de tirer les larmes au bon peuple au lieu de lui donner tous les faits pour réfléchir, l’exploitation émotionnelle joue à fond.
    De fait tous les défauts qu’on trouve à internet, on les trouve aussi sur les autres médias sauf l’horizontalité que vous soulignez.
    Autrement dit, la différence est que la vétité ne vient pas uniquement « d’en haut ». Mauvaise nouvelle pour ceux qui ont la fàcheuse tendance à abuser du pouvoir… Ils vont en effet chercher des solutions.

  2. Le débat finirait presque par m’amuser.
    On nous raconte souvent que le darknet represente l’essentiel du trafic, et on s’émeut en parallèle de la falsification potentiel des résultats de recherche de tel ou tel moteur. Ce n’est pas le même sujet, j’en conviens, mais il me semble y a voir une certaine irrationalité sur le fond.
    De même, la neutralité du net à bon dos : on nous scandalise à propos de la propagande de niveau professionnel de Daesh, et on s’inquiète que leurs vidéos soient en accès libre. Mais l’hésitation est-elle celle de la,technologie ou de la censure ? En clair, bloquer dans le systeme DNS tous les flux et tous les serveurs de propagande, ça se fait comme qui rigole.
    Je ne milite pas pour un tel blocage, mais j’ai bien l’impression que chaque camp cherche à brider les marges de manœuvre de l’autre.
    Créer de nouveaux réseaux sociaux est une chimère, et ne saurait constituer une solution à un problème humain par essence.

  3. la propagande est la base de tout … les médias ont ce rôle via les grasses subventions accordées chaque année !!!!!

  4. Cela pose la question du libre arbitre citoyen dans notre pays.
    Pourquoi parler de démocratie quand on affirme par la suite que le choix des médias était déterminant et que maintenant c’est le contrôle du WEB qui le sera ?
    La pluralité des sources est la seul garantie de nos libertés. Laisser l’autre dire n’importe quoi est l’assurance de tout un chacun de pouvoir s’exprimer librement.
    Il faut donc supprimer les subventions aux médias, privatiser les télés et radios publics, et retirer toutes les lois qui brident la liberté d’expression.

  5. je ne sais pas trop, c’est quoi le pouvoir des médias? de faire l’opinion.?
    on a déjà eu le non à la constitution européenne qui a précédé la montée en force des média sociaux…

    la montée et le succès d’un discours populiste ont donc précédé la baisse d’influence des média me semble t il..
    ça la renforce sans doute..

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