La République tchèque tourne le dos à l’Europe

Comment la république tchèque a décidé de tourner le dos à Europe pour accueillir la Chine. S’en est suivi une polémique autour du Tibet, de la démocratie et du Dalaï-lama…

Par Bill Wirtz.

La République tchèque tourne le dos à l'Europe
By: Sébastien AvenetCC BY 2.0

Alors que l’Union européenne a essayé de trouver un accord pour le traité de commerce avec le Canada, la République tchèque s’est approchée de la Chine, ce qui a créé une situation étrange dans laquelle un pays d’Europe centrale, connu pour ses bières et ses belles femmes, se retrouve à se diviser sur le drapeau du Tibet et le Dalaï-Lama.

Une évolution récente

Tout a commencé en 2009, quand la République tchèque et la Chine ont fêté 60 ans d’une relation diplomatique débutée en 1949, lorsque l’ancienne Tchécoslovaquie a reconnu la République populaire de la Chine. Les Chinois sont même demeurés des alliés des Tchèques, au moment où Pékin a condamné la répression du pays lors de sa révolution contre les armées du Pacte de Varsovie en 1968.

Lors de ce meeting en 2009, le Premier ministre chinois Wen Jiabao s’est exprimé en faveur d’un renforcement des relations bilatérales entre les deux pays, considérées comme un bon plan de sauvegarde par le Président tchèque Vaclav Klaus au début de la crise financière de 2008.

Dès 2013, le gouvernement tchèque, passant à gauche, a entraîné un profond changement de la politique diplomatique. Les sociaux-démocrates tchèques étant notoirement favorables à un soutien important des relations avec la Chine, Jiří Rusnok, le précédent Premier ministre, ainsi que l’actuel, Bohuslav Sobotka, ont continué cette politique.

En 2014, le président tchèque Miloš Zeman s’est déplacé à Pékin pour promouvoir des relations renforcées, tant  commerciales que touristiques, allant même jusqu’à proposer un vol direct entre Prague et la capitale chinoise. La personnalité de Zeman s’accorde très bien aux bonnes relations avec la Chine : autoritaire et opposé à l’immigration, sans affinités avec ses homologues européens,  des fréquentations amicales et des liens professionnels douteux.

Pour un homme se décrivant comme un fédéraliste européen au moment de son élection, il a su parfaitement lier des relations amicales avec des autocrates Russes, avec lesquels il échange en russe. Zeman est las d’une Union européenne peu disposée à entretenir des relations commerciales et diplomatiques plus importantes avec la Chine, pour des motifs liés au non respect des droits de l’Homme. Interrogé par la télévision chinoise, Zeman répondait :

« Nous sommes de nouveau un pays indépendant et nous basons notre politique étrangère sur nos intérêts. »

Les relations avec la Chine ont entraîné une division politique qui s’est révélée cette année.

La polémique du drapeau tibétain

Le président chinois Xi Jinping s’est rendu en mars en visite officielle en République tchèque ; moment crucial pour les Tchèques, lesquels accueillaient le chef de l’État de l »une des plus grandes forces commerciales au monde, mais aussi leur deuxième partenaire commercial en termes d’importations. La République tchèque a été le seul pays de l’Union européenne visité par la délégation chinoise, avant les États-Unis. En effet, donc, une grande journée pour les Tchèques.

Avant ce meeting, la commune de Prague avait refusé de hisser le drapeau du Tibet en   commémoration de la rébellion tibétaine de 1959 – ayant causé 80 000 morts – afin de ne pas compromettre les négociations avec les partenaires de Pékin. L’opposition de droite a critiqué les partis au pouvoir et n’a pas seulement hissé le drapeau tibétain, mais aussi celui de la République de Chine (Taïwan), même si cette dernière n’a pas été reconnue par la République tchèque.

La controverse autour du Dalaï-lama

En octobre 2016, le Dalaï-lama était en visite officielle en République tchèque pour la Conférence du forum 2000. De nombreux députés et ministres tchèques appartenant au parti chrétien-démocrate l’ont rencontré afin de provoquer les partisans pro-Chinois. Le président Zeman s’est exprimé sur cette affaire :

«Les activités personnelles de certains politiciens tchèques ne reflètent pas un changement de la politique officielle de la République tchèque et il serait regrettable qu’il en soit autrement. »

Cette polémique a pris de l’ampleur après le refus du Président d’accorder une médaille d’honneur à George Brady, survivant de l’Holocauste ; refus semble-il lié au choix de son neveu, Daniel Herman, ministre de la Culture, de rencontrer le Dalaï-lama. Zeman a contesté cette analyse par communiqué de presse, sans donner pour autant une autre explication.

Conclusion

Le débat n’a porté à aucun moment sur le Tibet, ou le Dalaï Lama ; il s’est centré sur le président Zeman, sa philosophie politique et son approche des relations diplomatiques européennes. Des personnalités influentes, tel que Mikuláš Bek, vice-président de la conférence des recteurs tchèques, instrumentalise la question du Tibet pour manifester son opposition à la politique de Zeman.

Zeman représente la tendance d’une partie de la population tchèque, laquelle manifeste de plus en plus sa lassitude face à la dictature des élites, et soutient une relation diplomatique renforcée avec la Chine en réplique à l’arrogance de Bruxelles. Cette dystopie trumpienne semble être avérée, Zeman ayant exprimé sa satisfaction à l’annonce du résultat des élections américaines.

La question de la Chine va continuer à diviser le pays, replaçant de nouveau les Tchèques au milieu d’un conflit idéologique Est-Ouest.

  • Traduction de l’auteur de son article originellement paru sur le site de Foundation for economic education.

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