Chic ! Ma première feuille d’impôt…

Peut-être que la première mesure à prendre contre la fraude fiscale serait de s’adresser au contribuable comme à un individu ? Le coup de gueule d’une étudiante confrontée à l’administration fiscale.

Par Ariane Poissenot.

J’ai 19 ans et je suis étudiante à Strasbourg où j’habite dans un studio. Récemment, j’ai reçu pour la première fois une lettre particulière, sur laquelle le profil de Marianne se détachait au dessus de la devise nationale. La République Française m’envoie une lettre ! J’étais impressionnée que l’État s’adresse à une simple citoyenne comme moi ! Comment ne pas se sentir exister au sein de la communauté nationale ? Toute la structure semble se pencher sur les individus qui la composent et s’adresser directement à eux, dans un élan protecteur et bienveillant. C’est aussi ça, la démocratie, non ?

« Direction générale des finances publiques » ? Ça doit être les impôts. Déjà l’enthousiasme retombe un peu. C’est pour la bonne cause, me dis-je. Ouvrons la lettre…

Première expérience mitigée

C’est alors qu’un tonitruant « MONTANT À PAYER » en majuscules et en gras semble bondir hors du courrier pour me sauter aux yeux. Pas un « bonjour madame », pas une ligne, rien que des cases, des chiffres, des références, un chaos administratif dont ressort cette exhortation impérieuse et agressive, pressant le destinataire à mettre la main à la poche sans tarder, comme si derrière chaque contribuable se cachait un potentiel fraudeur. Je dois dire que ce n’est pas ainsi que j’imaginais ma première expérience des impôts.

Peut-être que la première mesure à prendre contre la fraude fiscale serait de s’adresser au contribuable comme à un individu, comme à un citoyen, et non comme à un simple créditeur. Car payer ses impôts devrait être plus que régler une facture, il s’agit de donner les moyens à l’État d’agir pour le bien collectif : c’est un acte citoyen que l’on devrait être fier d’accomplir.

Peut-être qu’à la direction générale des finances publiques on pense que tout le monde a conscience de l’importance des impôts et de leur rôle pour le fonctionnement de la société. Mais la fraude et le « ras-le-bol » fiscal suffisent à montrer que ce n’est pas le cas. L’adhésion à un système ne tombe pas du ciel, elle s’apprend. Il faut communiquer sur son bien-fondé avec les premiers concernés, les citoyens.

Citoyen, pas contribuable

À une époque où la démocratie libérale chancelle un peu partout dans le monde, même là où on la croyait bien implantée, il serait bon de rappeler à tous sa pertinence. Et dans le domaine des impôts, il y a fort à faire : n’est-il pas avéré que le prochain président des États-Unis n’a pas payé ses impôts ? On a élu un homme qui voulait profiter des services publics sans contribuer à leur financement ! C’est un comportement de passager clandestin, que Donald Trump critique tant pourtant.

Et cet homme dont l’attitude allait à l’encontre de l’État américain est maintenant porté à ses plus hautes fonctions ! C’est la meilleure preuve de l’incompréhension totale des populations de l’utilité des impôts. Et ce genre de contradiction écœurante n’est pas exclusivement américaine. Ces comportements devraient être passibles d’inéligibilité, car un homme ou une femme d’État se doit de respecter l’institution pour laquelle il ou elle travaille, c’est la moindre des choses !

Une chose est sûre : se contenter d’envoyer un avis comme une vulgaire facture ne suffit pas à fédérer les citoyens autour du projet démocratique. Il faudrait y joindre une lettre, une vraie, s’adressant directement à l’individu et lui expliquant à quoi va servir son argent : éducation, santé, subvention, assistance, infrastructures en tout genre, les exemples ne manquent pas.

Il faut responsabiliser les citoyens, les impliquer bien plus dans la vie publique, de sorte à ce que payer ses impôts ne soit plus une corvée mais un moyen de participation consciente au fonctionnement de la société. Cela renforcerait le lien social et limiterait peut-être le ressentiment des « laissés-pour-compte » tentés par le populisme.

Et tout cela juste avec quelques phrases… les pouvoirs publics sous-estiment le pouvoir du langage. Les populistes, eux, savent s’en servir : ne leur laissons pas ce monopole !