Primaires à droite : Fillon futur vainqueur ?

François Fillon EPP Summit, Brussels- July 2014By: European People's Party - CC BY 2.0

Fillon pourrait créer une surprise ce dimanche à la primaire des Républicains. Pendant ce temps, plus personne, dans le camp de Hollande, n’a le moindre doute sur l’intention du Président de descendre dans l’arène pour la primaire.

Par Éric Verhaeghe.

Fillon
François Fillon EPP Summit, Brussels- July 2014By: European People’s PartyCC BY 2.0

Fillon pourrait créer une belle surprise ce dimanche à la primaire des Républicains. Pendant ce temps, plus personne, dans le camp de Hollande, n’a le moindre doute sur l’intention du Président de descendre dans l’arène pour la primaire.

Fillon porté par une vague de dernière minute

Hier matin, j’ai reçu dans ma boîte mail un appel un peu inattendu à voter Fillon. L’appel vient d’un partenaire qui n’a pas coutume de « mouiller » sa chemise de cette façon. Ce genre de petit incident constitue un signal faible précieux sur la tectonique des plaques à l’œuvre à droite, loin du regard des caméras et des médias subventionnés.

Paradoxalement, d’ailleurs, l’indifférence de ces médias pour Fillon a probablement aidé à la survenue de ce mouvement. Fillon n’apparaît pas comme un fake imposé par l’élite parisienne. Il n’est pas une coqueluche que l’on sert au fin fond des campagnes à coup de publicité grossière, d’interviews complaisantes qui n’ont pas plus de contenu que des sports publicitaires.

Si Fillon devait se qualifier pour le second tour, la leçon mériterait d’être retenue par tous les autres candidats : si vous voulez être populaire, abstenez-vous d’utiliser les médias subventionnés. Ils ne portent pas chance !

La nouvelle ne serait en tout cas pas très bonne pour Macron.

Fillon : la plus forte dose de libéralisme parmi les candidats

L’autre avantage, pour Fillon, de ne pas avoir eu besoin des médias pour créer ce sursaut tient à la virginité de son programme, qui comporte la plus forte dose de libéralisme dans le scrutin. Sa légitimité à la défendre sera forte, car il pourra se revendiquer d’un soutien populaire, d’une vague venue du sol, et non d’un caprice imposé par les élites.

Parmi ceux qui me disent aller voter Fillon, je suis par ailleurs étonnée de lire le nom d’un certain nombre de gaullistes sociaux qui ne se sont pas retrouvés dans le programme de Juppé, ni dans celui de Sarkozy. Cela signifie donc qu’une prise de conscience s’est faite, même chez les plus étatistes, sur l’excès d’État qui existe en France.

Par-delà les idéologies, il existe une sorte de sentier historique des peuples. La France n’abandonnera jamais sa sphère publique. Elle aime trop l’État et ses bienfaits. Mais elle aime quand même avec mesure. Lorsque les dépenses publiques franchissent la barre des 50% du PIB, la respiration du pays se fait plus difficile et la vitesse ralentit. Le vote Fillon correspondra bien à cette réaction contre la suffocation lente qui nous étouffe depuis 2008.

Mais qui Fillon est-il en train de sortir ?

Reste à savoir quel candidat souffrira le plus de ce « moment Fillon ».

Est-ce Juppé, qui a vécu la malchance de faire la course en tête des sondages ? Du coup, il est apparu comme le favori du « gouvernement profond » et les rumeurs à droite, sur son cas, sont allées bon train. Certains disaient même que la candidature Juppé était très soutenue par les Américains. À force de se présidentialiser, en tout cas, Juppé a donné le sentiment d’une aspiration à l’immobilisme avant même d’avoir été élu. Ses références à Chirac n’ont pas aidé à le sortir de cette ornière.

Est-ce Sarkozy, qui a reçu des coups terribles pendant la campagne ? Le livre de Buisson l’a littéralement assassiné en tapant sur une blessure ouverte. Depuis plusieurs mois, beaucoup à droite répétaient que le bilan de Sarkozy ne plaidait pas en sa faveur, et certains avaient le pressentiment que le personnage était capable de mentir comme un arracheur de dents. À tous ceux-là, Buisson a apporté une confirmation qui pèse lourd, aujourd’hui, dans les arbitrages de dernière minute.

Rendez-vous ce soir pour connaître le résultat des courses.

Hollande va se présenter

La campagne s’achève à droite, et devrait commencer à gauche. Dans les allées du pouvoir, tout le monde en est convaincu : Hollande annoncera sa candidature début décembre. Vous avez détesté la primaire de la droite ? Vous allez abhorrer la primaire de la gauche.

Bref, il se dit que Hollande tiendra, comme prévu, un meeting début décembre dans le 18e arrondissement pour déclarer sa candidature. Qui serait en mesure de la faire avec lui ? On s’en amuse déjà. Personne, à gauche, ne croit à la victoire, et même pas au passage au second tour. Tous contemplent avec stupéfaction le suicide en bon ordre de leur leader, qui entend bien, façon Sardanapale, être enterré avec ses esclaves et ses favorites (et même avec ses chevaux).

En avant donc, pour une guerre fratricide à gauche à propos de laquelle les mauvais esprits pronostiquent une victoire finale de Mélenchon, au premier tour de la présidentielle.

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