Open Jerusalem, l’ouverture digitale d’un fragment d’histoire

Open Jerusalem, qu’est-ce que c’est ? Une coopération internationale et un croisement de récits historiques, pour rendre compte de la vie quotidienne, mais également des formes d’interactions urbaines dans la ville autour du concept de citadinité.

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Open Jerusalem, l’ouverture digitale d’un fragment d’histoire

Publié le 14 octobre 2016
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Lancé le 1er février 2014 par une équipe internationale d’historiens, le projet « Open Jérusalem » a pour ambition de faire travailler ensemble des chercheurs palestiniens, israéliens, russes, grecs, turcs, allemands, italiens, arméniens et éthiopiens. Une coopération internationale et un croisement de récits historiques, pour rendre compte de la vie quotidienne, mais également des différentes formes d’interactions urbaines dans la ville sainte, autour du concept de « citadinité ». Centrées sur la période 1840-1940, c’est à dire de la fin de la période ottomane au Mandat britannique sur la Palestine, avant la création de l’Etat d’Israël, les recherches de Vincent Lemire – agrégé d’histoire, ancien élève de l’Ecole normale supérieure Fontenay/Saint-Cloud, actuellement en délégation CNRS au Centre de recherche français à Jérusalem (CRFJ)- portent sur Jérusalem et le Proche-Orient contemporain, mais également sur les processus de patrimonialisation urbaine.

Par Farid Gueham.
Un article de Trop Libre

Open Jerusalem, l'ouverture digitale d’un fragment d’histoire
By: Duroy.GeorgeCC BY 2.0

Plus qu’un projet d’histoire numérique

Pour Vincent Lemire, le projet va bien au-delà d’une histoire numérique de la ville sainte : « je ne fais pas d’histoire quantitative, ni de cliométrie, comme disent les américains, ni d’histoire économétrique, je ne manipule pas des séries statistiques à 15 colonnes, je travaille sur les archives de Jérusalem, au 19eme et au 20eme siècle, donc plutôt sur de vieux papiers, conservés dans des vieux greniers, rédigés dans des vieilles langues, voire des langues mortes, ou morte-vivantes, comme le syriaque, qui est une forme d’araméen, le grec, le latin, l’ottoman qui est du turc ancien rédigé en caractères arabes, mais aussi le russe, l’arabe, l’éthiopien, l’amharique et bien-sur toutes les langues européennes ».

Une ambiance plutôt « Jacqueline de Romilly » que « Steve Jobs »

Force est de reconnaître que le projet « Open Jérusalem » n’aurait pas pu exister sans un recours permanent aux outils numériques, largement utilisés par une équipe de 50 historiens, vivant dans près de 10 pays différents et dont les déplacements sont souvent contraints dans des zones politiquement instables. « Skype », « Google docs », « Huma-Num » et « Sharedoc » plateforme de stockage de données hébergées par le CNRS, dans les mégas serveurs du Plateau de Saclay, « WeTransfer », « Dropbox » : le partage et la modification de documents transforment et modulent les échanges à l’intérieur de l’équipe, mais aussi entre l’équipe et le reste de la communauté de la recherche.

L’outil numérique est un vecteur du projet mais pas sa substance

Vincent Lemire se défend de faire de « l’histoire numérique ». Le projet a pour ambition d’identifier, de localiser et d’organiser, l’ensemble des archives disponibles, dans toutes les langues, sur l’histoire de Jérusalem. Il n’est pas question de « digitaliser à tours de bras, de moissonner les données, de photographier ou de numériser pour une mise en ligne ultérieure ». Vincent Lemire rappelle qu’un esprit de corporation existe au sein de la communauté des archivistes et que « dans le contexte actuel, si vous allez voire un archiviste en lui proposant de numériser l’ensemble de ses documents, il y a toutes les chances pour qu’il vous claque la porte au nez, et donc les archives que vous souhaitiez rendre accessibles deviennent pour longtemps inaccessibles ».

La digitalisation des ressources n’est pas le remède miracle tant attendu

La digitalisation des archives reste une démarche coûteuse et nombreux sont les projets historiques ensevelis financièrement « à force de vouloir numériser des archives au kilomètre ». Par ailleurs, la digitalisation d’un document rédigé en ottoman ou en syriaque ne fera pas de ce document une ressource plus accessible, si l’historien ne maîtrise ni la langue ni le contexte.

Le pari moins « sexy » mais plus utile de la description

« Nous passons notre temps à décrire, inventorier, analyser, résumer, auctorialiser, ce qui veut dire analyser l’auteur et si possible le destinataire, dater, localiser, contextualiser, croiser, comparer, bref, à faire de l’histoire finalement », précise Vincent Lemire. L’outil digital est précieux car il accompagne le travail de l’historien, mais il n’en est pas la finalité : « notre métier n’est ni de photographier, ni de digitaliser, ni de moissonner les données, mais bien de les analyser. Donc, oui, on peut faire de l’histoire numérique, sans verser ni dans l’économétrie, ni dans la digitalisation au kilomètre ».

Au final, le récit historique ne se veut pas consensuel mais plutôt une connexion de différents récits et points de vue. Autant de fragments de vérité sur l’histoire connectée de la « ville-monde ». Le projet s’est également enrichi d’un portail web multilingue « Open-Jerusalem », de publications sur papier et en ligne (en français, anglais, arabe, hébreu, russe, etc.) ainsi que trois colloques à Jérusalem (été 2015), à Paris (hiver 2016-2017) et enfin, pour sa clôture, de nouveau dans la Ville sainte (automne 2018).

Pour aller plus loin :

– « Jérusalem. Histoire d’une ville-monde », Champs-Flammarion, Vincent Lemire, 2016.

– « Jérusalem 1900, La ville sainte à l’âge des possibles », Paris, Armand Colin, 2013.

– « Jerusalem: divisive urban planning at the heart of the Holy City », Vincent Lermire, Metropolitics.eu, 2015.

– « Atelier Open Jérusalem » à l’école française d’Athènes, EFE.gr

Sur le web

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