Il y a 450 ans disparaissait La Boétie (Discours de la servitude volontaire)

Il y a 457 ans disparaissait Etienne de La Boétie, auteur du Discours de la servitude volontaire. Redécouvrez ce texte que tout honnête homme doit connaître.
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La Boétie Discours

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Il y a 450 ans disparaissait La Boétie (Discours de la servitude volontaire)

Publié le 18 août 2016
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Par Johan Rivalland

Cet essai très courageux et perspicace est surprenant par la maturité absolument exceptionnelle et impressionnante de son auteur, qui n’avait que 18 ans lorsqu’il l’a écrit.  En des temps (le XVIème siècle) où la liberté de parole à l’égard du pouvoir n’était certainement pas celle d’aujourd’hui, voilà quelqu’un qui n’avait pas froid aux yeux et se permettait d’écrire sans complexe, avec un regard sur la société particulièrement avisé pour quelqu’un d’aussi jeune, bien plus que beaucoup de philosophes même présumés sages, qui ne sont parfois arrivés à des conclusions proches que bien plus tard au cours de leur vie et maturation, tel un Sénèque, dont Étienne de La Boétie rappelle d’ailleurs la mort cruelle qu’il connut, pour avoir eu le malheur de se mettre au service d’un tyran (Néron).

La servitude est, en effet, à ce prix ; celui de la privation de liberté, pour servir un tyran dont on ne tirera que sacrifice et ingratitude. Pas même un illusoire enrichissement matériel dont on n’aura pas le temps de jouir véritablement.  À cette aune, même les paysans malmenés par ces sujets asservis sont plus heureux et plus libres, affirme La Boétie. Et le jeune auteur de dénoncer la fascination suscitée par le tyran, l’obéissance qui lui est accordée, par pure bassesse, complaisance, ou flagornerie.  Une forme de fascination qui remonte, selon lui, à la naissance de l’État et aux artifices utilisés par le tyran pour s’attacher le peuple, qu’il s’agisse du pain et des jeux ou de la religion.

Le résultat est que le peuple s’asservit, se soumet, est aveugle à la liberté qui lui échappe, alors même qu’il s’agirait de s’entendre collectivement pour refuser cette obéissance aveugle à des ordres injustes. Même les animaux domestiques (chevaux, éléphants) n’obéissent qu’après avoir dû renoncer à leur liberté par la contrainte. Le problème vient de ce que les êtres humains ont perdu le sens de leur liberté, s’étant accoutumés à vivre au sein de la servitude, sans se rendre compte que le despotisme n’est jamais bien loin.

Étienne de La Boétie étudie ensuite les différentes formes de pouvoir et catégories de tyrans, pour tenter de mieux comprendre les mécanismes qui conduisent à une telle restriction de liberté. Dans le système en vigueur à l’époque (monarchie), par exemple, l’auteur montre le rôle que jouent les courtisans dans cet état de fait. Analyse transposable aussi à d’autres systèmes (La Boétie s’appuie beaucoup sur des exemples tirés de l’Antiquité, probablement aussi pour éviter la censure), y compris en démocratie, et c’est ce qui fait la qualité de cet essai au caractère quasi-universel, quatre siècles avant La route de la servitude.

Un sujet que l’on n’est pas près d’épuiser, la liberté n’étant toujours pas, et on le constate tous les jours, la chose la mieux partagée du monde…

— La Boétie, Discours de la servitude volontaire, Mille et une nuits / La petite collection, juillet 1997, 63 pages.

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  • Philippe Le Corroller
    30 juillet 2013 at 8 h 15 min

     » Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde : je vois une foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme. Chacun d’eux , retiré à l’écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres: ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l’espèce humaine. ( … ) Au-dessus de ceux-là s’élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d’assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. (…) Il ne cherche qu’à les fixer irrévocablement dans l’enfance. (…) Que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre ? »
    Alexis de Tocqueville.  » De la démocratie en Amérique ».

  • C’est incroyable le recul exponentiel des libertés individuelles depuis mon enfance des années 60. Et personne ne proteste ! Je crois , comme faisait dire Aldous Huxley à un de ses personnages dans « le meilleur des mondes  » , que les hommes réclament eux-même leur servitude et sont prêts ( personnellement je le déplore car ce qui fait le sel de la vie , c’est justement le risque ; et la vie elle-même est un risque permanent ) , que les gens sont hélas prêts à renoncer à leurs libertés ( que je mets absolument et de très loin au-dessus de tout ) pour de la sécurité ( factice ).

  • En hommage à la Boëtie, je me permets de rappeler ceci : http://gdrean.perso.sfr.fr/articles/desir%20providence.html

  • Je suggère d’écouter Estienne de la Boétie en audiolivre : http://www.litteratureaudio.com/livre-audio-gratuit-mp3/la-boetie-etienne-de-discours-de-la-servitude-volontaire.html par exemple.
    Beaucoup plus compréhensible et gratuit.
    Pour ma part il s’agit de l’anthologie du pamphlet politique qui trouve encore aujourd’hui toute sa signification devant le totalitarisme qui s’installe de partout dans le monde. Mais nous sommes, nous électeurs, tous consentants comme le dénonçait si élégamment de la Boétie que j’ai évoqué dans mon blog à plusieurs reprises :
    https://jacqueshenry.wordpress.com/2015/05/07/la-tyrannie-des-gouvernements-des-fonctionnaires-et-des-banquiers-le-point-de-vue-destienne-de-la-boetie/

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