Politique : la révolution citoyenne qui vient

L’émergence de mouvements issus de la société civile interroge aujourd’hui la compétence et le rôle de nos élites politiques.

Par Jacques Legrand.

Politique : la révolution citoyenne et silencieuse
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Membre de huit associations ou clubs à Paris et en banlieue depuis plusieurs années, je recueille les opinions de personnes de milieux et statuts variés. Ce qui me frappe c’est la  généralisation d’une demande d’une vie politique renouvelée, dont les derniers sondages ou enquêtes témoignent fidèlement d’ailleurs.

Avec les élections en point de mire, un certain nombre d’acteurs, membres de la société civile ou politiciens en rupture de partis, tentent de porter cette attente en créant des « mouvements citoyens » qui proposent comme solution de faire émerger la candidature de personnes de la société civile pour la présidentielle et les législatives. La réponse des « élites » traditionnelles ainsi mises en cause est remarquable à double titre :

  • d’abord, continuer comme par le passé à proposer majoritairement des candidats sortants, des spécialistes du cumul des mandats et même des gens mis en examen (les électeurs sont généralement pour la présomption d’innocence mais peuvent aussi considérer que cette procédure comporte en elle-même une présomption… de culpabilité) ;
  • ensuite, essayer de dévaluer ces mouvements citoyens en les classant sous le terme de populistes, dénomination ô combien méprisante dans leur esprit ! Que cet adjectif évoque le peuple, le seul souverain dans une vraie démocratie, ne les arrête pas dans leur condamnation, bien relayée par des médias qui, en France, sont pour la plupart très respectueux du pouvoir politique en place et d’un conformisme éprouvé.

Il me semble que nos politiciens ne prennent pas en compte, que, pour la première fois dans l’histoire, l’homme normal a accès à l’information, à des savoirs, à des moyens d’expression jusque là réservés à l’élite. De ce fait, les citoyens ordinaires ont grandi par rapport aux dirigeants politiques dont, en même temps, les erreurs, fautes, défauts de comportements, beaucoup plus visibles, les rapetissent aux yeux des citoyens.

Mouvements en sens contraire

De ces mouvements en sens contraire naît chez eux une exigence de reconnaissance, de respect, et le souhait de prendre une part active à la vie politique. Cela devrait nécessairement se traduire par une nouvelle répartition des pouvoirs entre les citoyens et leurs représentants, pour installer une nouvelle gouvernance. Parmi les caractéristiques de celle-ci on peut s’interroger sur :

  • la place que pourront prendre des représentants d’un profil nouveau, partageant l’existence des gens ordinaires, capables de prendre en compte leurs conditions de vie réelles, comprendre leurs attentes, à l’encontre des politiciens professionnels mis en place par les chefs des partis politiques, qui constituent une caste à part non seulement par les privilèges qu’ils se sont attribués au fil du temps mais tout autant du fait de leur mode de vie différent, en particulier pour les nombreux élus issus de l’administration ;
  • la création de nouveaux droits constitutionnels en matière d’initiative citoyenne (le peuple propose), de demande d’information sur les projets importants (le peuple interroge), de contrôle de l’action publique (le peuple sanctionne) s’exerçant tout au long de chaque législature ;
  • les compétences accrues données aux niveaux plus proches des citoyens, avec l’importance des droits (et ressources) dont disposeraient les grandes villes et les 13 nouvelles régions, fondées sur la conviction que le pouvoir d’agir doit se situer et s’exercer d’abord là où vivent les gens, et plus en priorité dans les ministères où le palais de l’Élysée, donc dans les villes car « en France, la ville représente 90% du PIB, 80% de la population, 75% de l’énergie et des gaz à effet de serre. »

Ce n’est pas un hasard si de plus en plus de villes sont administrées par des personnes issues de la société civile, Madrid et Barcelone en Espagne depuis un an, et tout récemment en Italie où elles ont conquis Rome et Turin entre autres. Des collectifs réunissant de nombreux maires se mettent en place pour exercer des compétences supplémentaires, en n’hésitant pas à contrer les ministres en charge, par exemple sur les questions d’environnement (n’est-ce pas Anne Hidalgo et Ségolène Royal )? Il est légitime de penser que, de ce fait et en cas de succès, les maires des grandes villes acquièrent une dimension qui en fera des présidentiables.

Nouvelle carte régionale

révolution citoyenne rené le honzecPour les Régions aussi il est probable que le passage aux 13 nouvelles entités favorisera ce mouvement vers l’apparition de nouveaux lieux de pouvoir : les présidents de région, s’ils gèrent bien, seront les nouveaux profils vers lesquels les citoyens se tourneront — car il les auront vus à l’œuvre — au détriment des chefs de partis, de leurs apparatchiks et des représentants de l’État central dont les rôles et pouvoirs perdraient en poids et en attrait. Alors s’imposera la redéfinition des pouvoirs du monarque qui se fait appeler « président de la république », en vue de diminuer dans la vie politique française, les effets de ce que Ghislaine Ottenheimer a dénoncé dans un récent livre Le poison présidentiel.

Difficile de dire aujourd’hui dans quelle mesure l’évolution esquissée ci-dessus influencera les modalités des élections de 2017, les profils des candidats, leurs programmes. Il sera intéressant d’observer la façon dont les électeurs prendront en compte ces opportunités de changement du paysage politique, exprimeront leurs souhaits y compris par d’éventuelles manifestations avant les élections à propos des différentes « primaires », puis le jour du vote… ou d’une abstention-frustration encore plus marquée.