Carmaux : une ville industrielle, deux modèles économiques

Carmaux-centre CC BY-SA 3.0

Carmaux est une ville à deux facettes : socialiste, mais avec un passé libéral.

Par Jean-Baptiste Noé.

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Carmaux, dans le Tarn, est une des villes symboles du socialisme.

Carmaux ville socialiste

C’est la ville de Jean Jaurès, qui en fut le député. C’est la ville où François Mitterrand et François Hollande ont commencé leurs campagnes présidentielles victorieuses. Hollande avait prévenu : « Ségolène Royal a perdu en 2007 parce qu’elle n’est pas venue à Carmaux. » Le candidat socialiste avait promis de se rendre dans cette ville lors de sa campagne : il a tenu sa promesse et y tint un grand meeting en 2011.

Carmaux, c’est la ville du charbon et du bassin minier qui s’y développa dès le milieu du XVIIIe siècle. Cette extraction fournit l’énergie nécessaire au développement d’une verrerie qui, sous l’égide de Jaurès, devient une des premières verreries ouvrières de France. Le député journaliste, fondateur de L’Humanité, a sa statue sur la place principale, entre la place Gambetta et les rues au nom des socialistes locaux.

C’est dire que Carmaux est une terre de gauche, marquée par l’histoire ouvrière et l’aventure du charbon. Comme toutes les cités industrielles, elle souffrit de la fermeture des mines engagée dès les années 1970. Les subventions et les aides sociales remplacèrent alors la vente du charbon. On y développa une mine à ciel ouvert, promesse de pérennité de l’exploitation minière, qui s’avéra surtout être un gouffre financier. Le trou de la découverte a tenté une reconversion dans l’aménagement touristique, qui n’a pas encore donné toutes ses promesses.

Carmaux ville du libéralisme

Carmaux, ville du socialisme, est aussi celle du libéralisme. Comme c’est souvent le cas en France, la cité est le cadre d’une guerre des mémoires. L’activité industrielle a été développée par le chevalier Gabriel de Solages, qui crée la verrerie royale de Carmaux en 1751 et qui reprend l’extraction houillère en 1752. La famille géra les mines jusqu’à leur nationalisation en 1946. Soucieux du bien-être de leurs salariés, les Solages développèrent toute une politique sociale que les historiens marxistes appelèrent paternalisme avec dédain.

Construction de maisons avec jardin (encore habitées de nos jours), plantation de parcs aux nombreuses fontaines, ouverture d’un hôpital et d’écoles, fondation d’églises, de bibliothèques et de mutuelles de secours. Les rapports de médecine effectués dans les mines françaises à la fin du XIXe siècle soulignent tous que les mineurs de Carmaux sont ceux qui se portent le mieux en France. Les Solages financent une grande partie des œuvres sociales, ils aident à l’instruction des enfants et ils se préoccupent du repos de leurs salariés.

Ce n’est pas un cas isolé en France, dans ce XIXe siècle qui vit des patrons se préoccuper sérieusement de la question sociale, et apporter des réponses qui empruntèrent un chemin différent que l’intervention de l’État. Une entreprise providence qui s’avéra bien adaptée aux défis de l’époque. Un thème avant-coureur de la responsabilité sociale de l’entreprise dont on parle beaucoup aujourd’hui. Ludovic de Solages affronta Jaurès aux législatives. Il le vainquit une fois (1898) et perdit ensuite.

Cette défaite politique s’accompagna d’une défaite mémorielle. Aucune rue de la ville ne porte le nom de la famille, pourtant fondamentale dans l’histoire de la commune, et l’expérience libérale des mines de Carmaux est effacée au profit de son développement socialiste. Deux mémoires qui reflètent bien les affrontements intellectuels de la France.


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