Brésil : faut-il s’inquiéter ?

Dilma Rousseff By: Senado Federal - CC BY 2.0

La crise politique du Brésil aura-t-elle un impact économique important ?

Par Jacques Garello.

Dilma Rousseff
Dilma Rousseff By: Senado FederalCC BY 2.0

Les successeurs de Dilma Rousseff sont mal placés à tous points de vue. Or, le Brésil a un poids non négligeable dans la croissance mondiale, et l’anarchie économique qui pourrait se déchaîner pourrait nous ramener à la grande crise de 1997, quand l’explosion des monnaies sud américaines a causé de lourds dégâts dans le monde entier.

La seule issue positive serait une réforme  politique profonde, mais un scénario à l’Argentine est prématuré : comme au Venezuela le passage à l’économie de marché n’est pas pensable sur-le-champ, populisme et marxisme obligent.

Une succession impossible

Successeur de Dilma Rousseff, président par intérim pour deux ans, Michel Temer assume un lourd héritage. Il était facile de destituer la présidente, il est difficile de gérer une économie mise en pièces par plusieurs années de socialisme irresponsable, sous la houlette de Lula.

C’est  Henrique Meirelles, ministre des Finances, ancien directeur de la Banque Centrale, qui va essayer de gérer la faillite économique du pays. Le chômage est passé en un an de 7 à 10,5 %. Le déficit budgétaire représente 10 % du PNB, la dette extérieure est passée en cinq ans de 51 à 70 % du PIB. Le réal a perdu 30 % de sa valeur par rapport au dollar et à l’euro en un trimestre, l’inflation dépasse 20 % et certaines agences de notation classent l’investissement au Brésil comme à haut risque.

Ces déboires s’accumulent dans une conjoncture de baisse mondiale du pétrole, la seule ressource encore négociable. La Chine, premier partenaire extérieur, qui importe les matières premières, a des difficultés qui paraissent durables.

Politiquement, une partie du peuple brésilien a clamé sa lassitude  de la politique collectiviste, de la distribution de prébendes, et d’inondation monétaire au prétexte de relancer la croissance. Cette réaction est à l’origine du bouleversement politique, beaucoup de Brésiliens, dont la classe très dynamique des entrepreneurs, attendent la rupture avec le modèle marxiste, comme elle s’est produite en Argentine avec l’élection de Mauricio Macri.

Mais le peuple, dans sa majorité, ne veut pas du changement, et rejette l’idée même de rigueur budgétaire ou monétaire, tout comme les Grecs en Europe. La proximité des Jeux Olympiques (5-21 août) n’arrange rien, car si quelques afflux de devises seraient les bienvenus, les manifestations pourraient se multiplier.

Brésil et croissance mondiale

Pourtant, certains conjoncturistes n’hésitent pas à prévoir dès maintenant un rebond de l’économie brésilienne en 2017 (avec 1,1 %),  confirmé en 2018 (2,5 %).  Comme il l’a fait depuis dix ans environ, le Brésil devrait bénéficier d’une meilleure croissance mondiale.

Les choses son réellement inversées : pendant quelques années, on a pensé que la croissance mondiale était tirée par les « brics » : Brésil Russie Inde Chine Afrique du Sud. C’est difficile à soutenir aujourd’hui, puisque Brésil et Russie (décroissance en 20015) se sont effondrés, tandis que la Chine a fortement ralenti l’allure. Alors, où est la croissance mondiale si États-Unis et Grande Bretagne sont en reprise hésitante, et la zone euro se traîne au dessous de 2 % de croissance au cours des trois derniers trimestres. Il est vrai que le dernier trimestre allemand a été surprenant (0,8%)

En fait, depuis la chute du prix du pétrole et des matières premières et le ralentissement de la Chine les opérateurs financiers et commerciaux ont fait leur deuil de toute reprise brésilienne, considérant que dans ce pays l’économie vit au rythme de la politique.

Il nous semble plus vraisemblable de mesurer les chances du Brésil à l‘aune de la politique et il faudra du temps pour une véritable reconstruction du pays.

L’agonie du marxisme latino-américain risque d’être longue.

L’agonie du système marxiste

Pendant un demi-siècle l’Amérique Latine a été politiquement et économiquement dominée par les États-Unis. Le début des années 1960 a marqué un tournant décisif : à partir de la révolution cubaine, l’idéologie marxiste, amplifiée par les outrances de la théologie de la libération (dont l’évêque brésilien Don Hélder Camara a été le maître) a envahi tous les pays d’Amérique Centrale et du Sud.

Au prétexte de distribution des terres, les paysans sont devenus guerriers et trafiquants. Avec les nationalisations des ressources minières et pétrolières les dictatures ont cru toucher le pactole : on en finissait avec « l’exploitation capitaliste » des Américains. Reagan n’a pu inverser la tendance, et les peuples ont été livrés à la misère, à l’illettrisme, à la maladie, au crime. À ce jour, le bloc marxiste a tenu bon, et samedi dernier Nicolas Maduro, successeur de Chavez à la tête de la dictature vénézuelienne, a déclaré l’état d’urgence et incité les ouvriers à s’emparer des entreprises privées, l’armée les aidera. De quoi exciter le prolétariat brésilien…

Combien de temps prendra, au Brésil et ailleurs, la véritable transition à l’économie de marché et à la liberté ? D’une part les fables du développement durable et l’isolationnisme américain retarderaient toute évolution réelle, d’autre part les bienfaits du libre échange pourraient l’accélérer De ce point de vue le Mercosur réanimé en décembre dernier par l’Argentine pourrait favoriser un changement des esprits et des politiques.

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