Bitcoin : Marine Le Pen à côté de la plaque

Marine Le Pen - Front national - Meeting 1er mai 2012 - Blandine La Cain via Flickr

Marine Le Pen veut interdire le Bitcoin, ce qui est cohérent avec un programme du Front national tourné vers le passé, hermétique au progrès technologique et aux libertés individuelles.

Par Gaspard Koenig.

Marine Le Pen au Meeting du Front National le 1er mai 2012
Marine Le Pen – Front national – Meeting 1er mai 2012 – Blandine La Cain via Flickr (

Le jour même où, plein d’enthousiasme, j’entreprends d’installer le paiement en bitcoin sur mon site, voilà que Marine Le Pen en réclame l’interdiction. Le FN est décidément infatigable pour traquer nos rares espaces de liberté, et les promettre à la schlague de son comité central.

L’argumentation de Marine Le Pen est assez cohérente, et montre une fois de plus l’étatisme total et désespéré qui est le soubassement de son projet politique. Passons sur la confusion navrante entre monnaie virtuelle (dématérialisée) et cryptomonnaie (bitcoin, Ethereum, etc.).

Passons sur la référence au « lobby des banques d’affaires », qui pourtant n’ont rien à voir avec la création de la cryptomonnaie par le mystérieux Satoshi Nakamoto, et s’offusquent plutôt de cette concurrence potentielle (la British Bankers Association s’est d’ailleurs émue l’année dernière des dangers posés par une monnaie non régulée).

Interdiction impossible du bitcoin

Passons sur le fait, léger détail technique, que pour « interdire » le bitcoin, monnaie totalement décentralisée, il faudrait soit débrancher Internet, soit criminaliser ses utilisateurs, comme la Russie projette d’ailleurs de le faire. Entrons dans le cœur de l’idéologie économique du FN, qui n’est qu’une forme de républicanisme exacerbé : « Une monnaie est un bien public national, confié au peuple souverain. »

C’est bien tout le problème. Très vite après sa création, Napoléon Bonaparte accorda à la Banque de France, institution privée à l’origine, l’exclusivité de l’émission de la monnaie, assortie d’un statut spécial. Elle devint un établissement public, propriété partagée de l’État et des actionnaires, jusqu’à sa nationalisation totale à la Libération.

Aujourd’hui, la BCE et toutes les banques centrales mondiales détiennent un droit de seigneuriage sur l’émission de monnaie, tandis que les banques privées se sont vues attribuer le quasi-monopole de la création monétaire via les crédits qu’elles octroient.

Privilèges exorbitants, qui encouragent d’un côté les États à s’endetter avec la garantie implicite de la banque centrale (rappelons que la BCE rachète aujourd’hui directement des obligations souveraines), et qui permettent de l’autre aux banques de générer des profits colossaux sur l’effet de levier.

Le bitcoin apporte une alternative sans doute prometteuse à ce système bien rodé, en utilisant les ressources parfois mystérieuses du numérique pour créer une monnaie collective (contrôlée par les utilisateurs eux-mêmes), sécurisée (grâce à la « blockchain ») et finie (l’émission doit s’arrêter à 21 millions d’unités).

L’attribution initiale de bitcoins est fonction de la « preuve de travail » fournie par les « mineurs », ces utilisateurs ou groupes d’utilisateurs hautement spécialisés qui confirment les transactions : c’est une logique pleinement lockéenne où la création de valeur correspond au travail fourni.

Le bitcoin ou le triomphe de l’échange volontaire

Loin de l’arbitraire des banques centrales et des folies du « quantitative easing », le bitcoin reste paradoxalement ancré dans la réalité de l’effort humain et des échanges volontaires. En ce sens, c’est un peu l’étalon or du XXIe siècle, adapté à l’âge des réseaux collaboratifs. Imperméable à tous les protectionnismes, le bitcoin transcende les nations et réunit les individus.

Marine Le Pen assure que « la propriété de notre argent est une de nos libertés fondamentales » : voilà précisément pourquoi il faut promouvoir le bitcoin, ou du moins le laisser prospérer ! À l’inverse, faire de la monnaie un « bien public national », c’est permettre à la volonté collective de modifier la masse monétaire, dépouillant les uns et enrichissant les autres selon des critères purement politiques.

Quand le système financier menacera de s’écrouler sous le poids de la dette, et que les États paniqués organiseront les uns après les autres leurs « plans de sauvetage », le bitcoin surnagera intact.

Dans un surprenant rapport publié il y a deux ans, la Banque d’Angleterre avait reconnu que le bitcoin ouvrait la possibilité d’organiser un système de paiement et de crédit entièrement décentralisé, se passant de l’intermédiaire des banques (centrales comme commerciales). Les autres cryptomonnaies qui se lancent régulièrement introduisent une saine concurrence et créent de nouvelles innovations. Alors que le FN, tout à son obsession de la nationalisation, rêve de banques sans capital, l’humanité serait-elle en train d’inventer discrètement le capitalisme sans banquiers ?

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