Primaires républicaines : les dés sont-ils pipés ?

Donald Trump painted portrait By: thierry ehrmann - CC BY 2.0

Donald Trump n’aime pas les règles de sélection des délégués pour l’investiture républicaine, mais elles sont les mêmes pour tous.

Par Daniel Girard, depuis Boston, États-Unis.

Donald Trump painted portrait By: thierry ehrmannCC BY 2.0

 

Alors que les électeurs républicains se présentent aux urnes dans cinq États du nord-est des États-Unis, une question vicie l’atmosphère dans le camp de Donald Trump : tout est-il mis en oeuvre pour récolter le maximum de délégués dans cette primaire ? Même si le milliardaire accumule les victoires, son principal rival Ted Cruz continue de recruter des délégués dans les États où le magnat immobilier a remporté la victoire ou bien dans lesquels il s’est distingué. Ainsi, en Louisiane, même s’il a remporté l’État avec 41,4% du vote contre 37,8% pour Ted Cruz, Donald Trump n’a récolté que 18 des 46 délégués. Le sénateur texan a eu droit au même nombre, 18, mais il aurait obtenu l’appui des cinq délégués favorables à l’ex-candidat Marco Rubio et il en aurait courtisé avec succès cinq autres qui sont techniquement non engagés.

S’il réussit à recruter les dix délégués disponibles, Ted Cruz ramassera 60% des délégués de la Louisiane. Cela ne révèle pas que les règles ont été façonnées pour ostraciser un candidat indépendant. Les règles furent adoptées avant la déclaration des candidatures. Ce résultat montre plutôt que la maîtrise des règles du jeu est avantageuse. Conscient qu’il ne pourra l’emporter que lors d’une convention contestée à Cleveland, Ted Cruz met tout en oeuvre pour récolter le plus de délégués possibles ; il prépare le terrain pour un deuxième tour. Le sénateur texan a par ailleurs fait une véritable razzia dans les États où il n’y a eu ni primaires ni caucus, là où les délégués ont été sélectionnés directement par les partisans du GOP : soit le Dakota du Nord, le Colorado et le Wyoming. Une manière de recruter qui fait grincer les dents des partisans de Donald Trump.


Durant le dernier week-end, l’équipe de Ted Cruz a poursuivi sa campagne de recrutement de délégués. Le sénateur texan peut compter sur l’appui de 36 des 37 délégués de l’Utah et il a créé une surprise en décrochant 19 des 23 délégués du Maine. Le résultat du Maine a fait bondir le gouverneur de l’État, Paul LePage, qui affirme que le GOP local avait accepté de soumettre une liste de délégués reflétant la proportionnalité du vote : 12 délégués pour Cruz, 9 pour Trump, 2 pour Kasich.

De leur côté, les partisans de Ted Cruz ont vite souligné que l’expert embauché par Donald Trump, Paul Manafort, qui devait mettre un terme à la saignée des délégués du milliardaire au profit de Ted Cruz, a, jusqu’ici, failli lamentablement à la tâche.


L’élection d’aujourd’hui sera justement un gros test pour Paul Manafort. Le site RealClearPolitics, qui compile les sondages, fait état d’une avance de 20 points de Donald Trump en Pennsylvanie sur son plus proche rival Ted Cruz. La Pennsylvanie est l’État de choix en ce mardi avec 71 délégués. 17 de ces délégués seront accordés au candidat victorieux. Les 54 autres ne seront pas engagés formellement avec un candidat, mais plusieurs d’entre eux ont précisé qu’ils allaient appuyer celui qui aura obtenu la faveur de l’électorat. Dans les quatre autres États, le Maryland, le Connecticut, le Rhode Island et le Delaware, la domination de Donald Trump laisse présager la récolte d’au moins 80 des 101 candidats. Le milliardaire pourrait atteindre la barre des 950 délégués dès mardi soir, ce qui le rendrait encore plus difficile à déloger. La tâche s’annonce déjà compliquée pour les deux rivaux de Donald Trump, dont l’annonce d’une alliance stratégique a du plomb dans l’aile avant même le décollage.


Si le sénateur Ted Cruz et le gouverneur John Kasich ne parviennent pas à se coordonner dans les prochaines semaines, personne ne pourra piper les dés. Ils auront déjà été jetés.