« Vous n’aurez pas ma haine » d’Antoine Leiris

« Vous n’aurez pas ma haine » par Antoine Leiris, le récit bouleversant du mari d’une victime du terrorisme au Bataclan. Un deuil exempt d’amertume et empreint d’une philosophie pas banale.

Par Johan Rivalland.

La Bataclan By: ParisSharingCC BY 2.0

 

On ne peut que partager les regrets d’Antoine Leiris, qui écrit ceci : « J’aurais aimé que mon premier livre soit une histoire, et surtout pas la mienne. J’aurais voulu aimer les mots sans les craindre. » (« Vous n’aurez pas ma haine », Fayard, lien Amazon)

Car ce petit livre plein de pudeur et de retenue est une narration du deuil au quotidien, celle d’un père qui refuse de céder à la haine et au ressentiment que peuvent entraîner les circonstances pas banales du décès de sa femme tant aimée, et de la mère de son petit garçon, assassinée de manière aveugle par une bande de terroristes au Bataclan le 13 novembre 2015, dans l’horreur que l’on sait.

"Vous n'aurez pas ma haine" d'Antoine LeirisCe récit, ponctué des vide et chagrin qui ont pris place, au rythme des jours qui ont suivi, est tout simplement bouleversant, plein de force, voire même de poésie, loin des sentiments auxquels il aurait pu laisser place à l’endroit de ces « âmes mortes », comme les qualifie cet homme blessé.

J’ai toujours été relativement stupéfait par le désir de vengeance, ou plus communément de trouver à tout prix un coupable lors d’un accident dramatique, une catastrophe, ou tout autre événement du genre. Parfois sans que cela ne me paraisse tout à fait juste ou justifié.

En même temps, il ne m’a pas échappé que cela participait en général à la reconstruction des êtres affectés par la mort soudaine d’un proche dans des circonstances dont on pense qu’elles auraient pu être évitées. Une sorte de réflexe naturel, en quelque sorte, peut-être nécessaire dans une certaine mesure au deuil et à la reconstruction.

Mais ici, rien de tout cela. Et pourtant, les circonstances sont tout autres, puisque la responsabilité des auteurs de la mort d’autrui est totale et revendiquée.

Nous avons donc ici surtout affaire à un témoignage exceptionnel et d’une très grande force morale, celle qui consiste à avoir la capacité de faire face à cette absence soudaine de l’être aimé et au vide qu’elle induit, à ses responsabilités de père, puis à l’arrivée du deuil, sans jamais céder aux mauvais instincts qui peuvent pourtant si facilement et si communément prendre place dans pratiquement n’importe quel coeur brisé par un disparition dans de telles circonstances.

Antoine Leiris a conscience que la haine ne lui sera d’aucune utilité et ne lui ramènera pas sa femme. Il prend donc le parti de la vie, du simple mépris à l’égard de ses bourreaux dont il plaint la petitesse.

À ne pas parler d’eux, à ne pas les flatter de sa haine, il fait preuve d’une force imparable, celle qui consiste à ne pas entrer dans leur jeu et ne pas ajouter de la haine à la haine, pour demeurer à jamais, au-delà du malheur et de la perte de l’être irremplaçable, un homme libre.

Pour ceux qui liront ce récit, et partageront une toute petite part du chagrin de cet homme, je vous laisse apprécier ce passage particulièrement fort où Antoine Leiris, las de devoir toujours exprimer sa douleur aux yeux de tous, choisit lors de l’enterrement, de prendre la parole au nom de son fils, trop petit pour s’exprimer et même simplement être présent. Il lit une lettre imaginaire, telle qu’aurait pu l’écrire ce petit bonhomme en parlant de sa mère et de ce qu’il vit depuis qu’elle n’est plus là. À vous arracher toutes les larmes de votre corps.

Je n’ajouterai rien de plus. Place au silence et respect profond à l’humanité d’un tel homme.
Et surtout, qu’il parvienne à faire perdurer cette force vitale exemplaire pour poursuivre sa vie de la meilleure manière, tout en parvenant à transmettre ce message de philosophie et d’espoir au plus grand nombre.

  • Antoine Leiris, Vous n’aurez pas ma haine, Fayard, mars 2016, 144 pages. Lien Amazon