Quand la finance devient notre amie

Les Social Impact Bonds pourraient bien augurer d’une refonte majeure du rôle de l’État.

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Finance (Crédits : Pixabay, licence Creative Commons)

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Quand la finance devient notre amie

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 25 mars 2016
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Par Gaspard Koenig.
Un article de GenerationLibre

Finance (Crédits : Pixabay, licence Creative Commons)
Finance (Crédits : Pixabay, licence Creative Commons)

La finance semble n’être pas l’ennemie de tout le monde au gouvernement. Notamment pas de Martine Pinville, secrétaire d’État à l’Économie sociale et solidaire, qui a lancé la semaine dernière le premier appel à projets français pour des « contrats à impact social ». Traduction française d’une idée britannique : les « social impact bonds » (SIB). Le principe en est simple : des investisseurs privés financent une action sociale, et sont remboursés par l’État (intérêts compris) en fonction de sa réussite, mesurée par des indicateurs précis établis dès la conception du projet. Libre bien sûr à la structure intermédiaire qui réunit les fonds d’utiliser les instruments inventés par les marchés financiers (d’où l’émission de bonds, obligations dont le rendement devient donc lié à la performance sociale). C’est l’investisseur qui supporte le risque, tandis que les finances publiques sont épargnées en cas d’échec.

Nous disposons désormais du recul nécessaire pour évaluer les SIB. Le premier a été lancé en 2010 au Royaume-Uni par Social Finance UK, une organisation caritative fondée par le charismatique venture capitalist Ronald Cohen. Environ 5 millions de livres ont été levées auprès de 17 investisseurs, pour l’essentiel des fondations. L’objectif : réduire le taux de récidive des délinquants de la prison de Peterborough de 7,5 %. Les premiers résultats, parus en août 2014, faisaient état d’une réduction de 8,4 % sur les deux premiers groupes tests. Les paiements aux investisseurs devraient donc être effectués cette année. Depuis, une cinquantaine de SIB ont été lancés dans le monde, comme à Londres pour loger les sans-abri, ou aux États-Unis pour limiter la récidive des prisonniers sortant de Rikers Island.

Les autorités françaises lorgnent depuis longtemps sur les SIB. Le principe en a été étudié dans le cadre d’une task force du G8, où participait le Comité français sur l’investissement à impact social. Deux think tanks, l’Institut de l’entreprise et GenerationLibre, ont récemment publié des rapports plaidant pour une introduction des SIB en France. Le contexte y est particulièrement favorable, avec, côté investisseurs près de 2 milliards d’euros déjà consacrés tous les ans à l’investissement social, et côté acteurs, plus de 2 millions de personnes travaillant dans des secteurs liés à l’économie sociale et solidaire. Seule une certaine réticence idéologique peut expliquer le retard pris. Mais il devrait être vite comblé, et le premier appel à projets a d’ores et déjà suscité les vocations : accompagnement des mineurs en difficulté dans le Nord, programmes d’activité physique pour les personnes âgées, lutte contre le surendettement…

Refonte majeure de l’État

Les SIB pourraient bien augurer d’une refonte majeure du rôle de l’État. Depuis la construction du Canal du Midi, que Colbert avait confiée à un entrepreneur, Pierre-Paul Riquet, en échange des droits de péage, l’État moderne cherche la manière la plus efficace de faire faire plutôt que de faire. Les délégations de service public ont prouvé leurs limites, dans la mesure où elles reposent sur une logique de servitudes difficilement contrôlables. Les partenariats public-privé, à la mode dans les années 1990, ont nourri de multiples scandales : le dernier rapport de la Cour des comptes sur le sujet dénonce des clauses contractuelles souvent déséquilibrées, qui, in fine, font peser une grande partie du risque financier sur les collectivités locales.

Les SIB renversent cette logique : ce n’est plus le respect d’un contrat qui est évalué, mais le résultat d’une action. Rien d’étonnant à ce qu’ils soient nés au Royaume-Uni, le pays de la « Big Society », chère à David Cameron (du moins lors de son premier mandat) : via les écoles autonomes, les mutuelles de service public ou les SIB, l’État laisse l’initiative aux acteurs de terrain. Il finance ce qui marche.

L’économie sociale et solidaire a un seul défaut : son nom. L’économie de marché est par essence, comme l’explique l’historienne Laurence Fontaine, une conquête sociale. Et l’individu libéré de la tutelle du pouvoir central peut d’autant mieux faire acte de solidarité. Les SIB nous montrent en tout cas que la finance peut être notre amie. C’est toute la magie de ce que Tocqueville appelait « l’intérêt bien compris »…

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  • Certes , mais la nature d’état socialiste , d’état providence et d’état assistanat de la France et de beaucoup de pays de cette planète Gaîa , lié à l’épuisement du système économique me font analyser cette technique d’investissement des SIB comme la dernière et néme tentative de faire perdurer un système au bout du rouleau ….Les investissement  » sociaux  » de ce type auront plutôt vocation à rester de type limité et sous forme d’effet d’annonce …

    Il faut peut être commencer par analyser comment mettre en place un état libéral et réduire l’état providence , sinon , c’est de l’emplâtre sur jambe de bois …

  • J’ai l’impression que ces «Social Impact Bonds» ne nous fassent pas sortir du socialisme. J’ai en effet l’impression que l’initiative de ces actions vienne toujours des pouvoirs publics. Or c’est le propre d’un système économique socialiste planifié que de confier l’initiative des entreprises aux pouvoirs publics.

    Ce que les libéraux promeuvent, c’est l’initiative privée, libérée de toute ingérence des pouvoirs publics.

  • Cela peut être un bon premier pas vers la libération du système. Si certains services sont financés par ces entités privées, petit à petit la demande de ROI fera apparaitre le role couteux et nuisible de l’état et le rendra inutile. Rien n’interdira au financeur d’identifier un gestionnaire plus efficace, et plus à l’écoute du marché.

    L’état va se faire uberiser, et c’est très bien.

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