Fiscalité : les Belges, les plus taxés d’Europe ?

Plusieurs méthodes mesurent la pression fiscale qui pèse sur les Belges et convergent pour souligner son ampleur exceptionnelle.

Par Drieu Godefridi.

fdecomite (CC BY 2.0)
fdecomite (CC BY 2.0)

 

Il ne se passe plus un mois sans que ne surgisse un nouveau classement sur le degré d’enfer fiscal vécu par les Européens, et que ne renaissent les controverses sur la question de savoir si, de tous les peuples de la Gaule, les Belges sont en effet les plus taxés. Les « fact-checkers » de la RTBF (service public belge) se sont fait une spécialité de démontrer que non, les Belges ne sont pas les plus taxés et d’ailleurs, embrayent des journalistes français du Monde ou de Libé, ces classement n’ont guère de sens, car ils ne tiennent pas compte des services que nous « recevons » de l’État.

Qu’en est-il ? Commençons par constater que la volonté d’évaluer, de façon comparée, le degré de pression fiscale, est parfaitement légitime. À l’heure où la plupart des politiques ne jurent plus que par le « pouvoir d’achat réel » du citoyen, il n’est pas contestable que le degré de pression fiscale est un facteur pertinent, voire déterminant.

Pourtant, les chiffres divergent. Sans vous assommer de détails, constatons que, selon Eurostat (« Fiscalité dans les États membres de l’UE », janvier 2016,) le pourcentage de prélèvements obligatoires, en Belgique, se situe aux alentours de 47%, de 55% selon le classement « taxing wages 2015 » de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), et même de 60% selon le rapport annuel « Fardeau social et fiscal de l’employé moyen au sein de l’UE » de l’institut belgo-français Molinari (juillet 2014). Qui croire ? Comment expliquer ces divergences ?

En réalité, ces divergences sont méthodologiques. Ainsi Eurostat se limite-t-il à rapporter les recettes globales de l’État au PIB ? L’OCDE mesure en revanche, non pas la pression fiscale globale, mais la pression fiscale sur les salaires. De même, Molinari mesure la pression fiscale sur le « salaire moyen ».

Ainsi tout s’éclaire : le travail étant plus taxé en Belgique que d’autres facteurs, il est normal que la pression fiscale globale (Eurostat) paraisse plus faible que lorsque l’on mesure la seule pression fiscale sur les salaires. La différence entre l’OCDE et la classement Molinari s’explique quant à elle par le fait que Molinari prend également en compte la TVA moyenne payée par tout salarié, ce que ne fait pas l’OCDE.

Quel est le classement le plus légitime ? Ils le sont tous les trois, à condition de bien voir qu’ils ne mesurent pas exactement la même chose. S’il fallait n’en choisir qu’un, lequel retiendrions-nous ?

Celui des trois classements qui rend le mieux compte de la réalité vécue par le travailleur belge est le classement Molinari. Son mérite est de prendre en compte le point de vue « interne » du travailleur belge : à la fin, quel est le pourcentage de mes revenus qui revient à l’État ? 60% en moyenne, ce qui est en effet un record absolu, non seulement pour la « Gaule », mais pour le monde. Prendre en compte la TVA est légitime, car aucun citoyen n’y échappe. Encore Molinari ne prend-t-il pas en compte d’autres taxes, auxquelles on peut théoriquement échapper : droits de timbre, enlèvement des immondices, etc.

Quant à l’argument de nos collègues français sur la non-prise en compte des services reçus de l’État, il est sans objet : il s’agit là de deux réalités distinctes — au sens cartésien — et le fait qu’on puisse les « croiser » ne nous dispense pas de les mesurer séparément.

Cet article est paru dans le quotidien L’Écho en date du 19 mars 2016.