Extinction de l’antisémitisme ? Réponse à Guy Sorman

Antisemitism crédits Quinn Dombrowski (CC BY-SA 2.0)

S’il y a bien un sujet que nous, Européens, devons envisager avec sérieux, n’est-ce pas la réalité de l’antisémitisme ?

Par Drieu Godefridi.

Antisemitism crédits Quinn Dombrowski (CC BY-SA 2.0)
Antisemitism crédits Quinn Dombrowski (CC BY-SA 2.0)

Dans une tribune récente, l’intellectuel libéral Guy Sorman explique que le Juif n’est plus le bouc émissaire des sociétés occidentales, que nous assistons à l’extinction de l’antisémitisme, mais que malheureusement l’Arabe a remplacé le Juif au titre de bouc-émissaire. Il y a donc deux arguments, qui ne sont que la version radicale d’un discours fréquent, ce qui en fait l’intérêt : l’extinction de l’antisémitisme, l’Arabe succédant au Juif au titre de bouc-émissaire. Examinons ces deux arguments.

Sorman commence par constater que dans des pays où Bernie Sanders peut se présenter à l’investiture du parti démocrate (USA) et Laurent Fabius accéder à la présidence du Conseil constitutionnel (France), il n’est plus soutenable de prétendre que l’antisémitisme serait encore une réalité. « On m’objectera, écrit Sorman, en France surtout, où la communauté juive est en majorité issue d’Afrique du Nord, que des Juifs sont victimes d’actes criminels. Rarissimes, ils sont commis par de jeunes Arabes qui reconstituent, dans leurs quartiers de Paris ou Marseille, le conflit israélo-palestinien. »

Poursuivant, Sorman estime que l’Arabe a remplacé le Juif : « Force est d’admettre que les nations semblent ne pas pouvoir se passer d’un bouc émissaire. Dans ce rôle tragique, l’Arabe n’a-t-il pas remplacé le Juif ? C’est envisageable et ceci invite à lutter contre l’islamophobie sans attendre une Shoah ou une affaire Dreyfus. »

Allons à l’essentiel en définissant l’antisémitisme comme haine du Juif. Ceci fait, rappelons quelques faits :

1. L’écrasante majorité des agressions à caractère raciste, dans des pays comme la France et la Belgique, sont portées contre des Juifs (par agression, je vise les catégories pénales : meurtre, coups et blessures, etc.). La probabilité pour un Juif, en France, de faire l’objet d’une agression physique à caractère raciste est deux cents fois supérieure à la probabilité qu’un musulman ne soit victime d’un acte comparable. Ces chiffres sont ceux du ministère français de l’Intérieur pour 2012, pondérés des volumes de populations estimés. En données brutes, pour 2012 : 175 agressions racistes contre des Juifs, 9 agressions racistes contre des musulmans (Le Monde, 20.02.2013) ;

2. Pour juger de la réalité de l’antisémitisme, dans l’Europe de 2016, suggérons à toute personne curieuse de « l’extinction » du phénomène de déambuler tranquillement dans les rues de Paris, Marseille, Bruxelles ou Lille, avec une kippa vissée sur le chef ;

3. Quant à la « preuve par Fabius », rappelons qu’en 1938 Léon Blum était président du Conseil (Premier ministre) ;

4. La phrase « Dans ce rôle tragique, l’Arabe n’a-t-il pas remplacé le Juif ? C’est envisageable et ceci invite à lutter contre l’islamophobie sans attendre une Shoah ou une affaire Dreyfus » est typique de la négligence qui étreint certains intellectuels dès qu’il s’agit de religion. Rappelons que a) l’islam n’est pas une race, c’est une religion et un projet politique, 2) la majorité des musulmans de par le monde ne sont pas arabes, et c) comme rejet tout intégral d’un héritage religieux particulier, l’islamophobie est un droit constitutionnel, au même titre que l’athéisme ou le rejet de la religion catholique.

S’il y a bien un sujet que nous, Européens, devons envisager avec sérieux, n’est-ce pas la réalité de l’antisémitisme ?

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