Des motards encore plus propres et plus normés

Respirer un air pur, c’est important, d’autant que tout le monde sait qu’il ne l’est pas du tout actuellement. Entre les centrales nucléaires économes en CO2 mais riches en poussières de licornes radioactives, les industries pétrochimiques qui polluent exprès, les acariens qui mêlent leurs nanocrottes aux micropollens portés par le vent et les pizzaïoli qui cuisent leurs productions diaboliques au feu de bois cancérigène, tout est réuni pour que les petits poumons des citadins soient définitivement condamnés à des tumeurs grasses et glaireuses. C’est pourquoi il faut absolument cogner fermement sur les motards.

Le lien n’est pas évident ? Pourtant, c’est limpide.

Il y a quelques jours, je montrais que l’emballement normatif peut s’emparer de tous les domaines, y compris ceux qui concernent des esprits pourtant libres et affranchis de ce genre de chicaneries administratives que sont, traditionnellement, les motards. Dès lors, puisqu’ils ne sont pas hermétiques à la paperasserie, la bureaucratie et la normatite aigüe qui frappe maintenant toutes les strates de la société française, autant y aller de bon cœur en les désignant, avec les adeptes d’autres moyens de locomotion tout aussi cracra, comme les cibles idéales de restrictions de circulation.

On savait déjà qu’au premier juillet prochain, la mairie de Paris interdira la circulation des deux-roues dont la date de première mise en circulation est antérieure au premier juin 2000. Cette mesure, évidemment présentée par Anne Hidalgo comme destinée à soigner les bronches des petits Parisiens maltraités par tous ces véhicules qui brûlent du méchant pétrole, est en elle-même problématique en ce qu’elle prive de leurs moyens de transport des milliers d’usagers.

Mais l’affaire ne s’arrête pas là.

L’actuelle maire de Paris, toute engoncée dans une idéologie boboïdo-mortifère qu’elle soit, ne pouvait décemment pas aller trop vite en besogne sans risquer quelques désagrément électoraux.

hidalgo lama

Qu’à cela ne tienne ! Si la mairie de Paris n’est pas assez à l’aise pour faire pleuvoir les interdictions les plus fumeuses sur les Parisiens, le ministère de l’Écologie peut largement prendre la relève. Après tout, en matière d’idéologie délétère, il en connaît un rayon lui aussi. C’est ainsi qu’il vient de lancer une consultation publique visant à modifier la nomenclature des véhicules classés en fonction de leur niveau d’émission de polluants atmosphériques.

Oh, chouette, une révision de nomenclature ! Voilà qui sied tellement à l’esprit motard que beaucoup, sans doute, passeront à côté de cette délicieuse tranche de paperasserie interne pourtant destinée à leur faire subir une avanie supplémentaire. Et c’est dommage : si une telle nouvelle nomenclature est adoptée, elle remplacera l’ancien classement.

Or, c’est en fonction de ce classement que sont qualifiés les différents moteurs des véhicules qui circulent en France en général et dans la capitale en particulier. Par exemple, les motos sont actuellement réparties en quatre catégories (de EURO 1 à EURO 4, pour faire violemment original), et pour le moment, l’interdiction de circuler concernera tous les véhicules n’atteignant pas la norme EURO 1 (en vigueur au premier juin 2000).

Autrement dit, avec le projet du Ministère de faire disparaître une des normes (l’EURO 1), on étend mécaniquement l’interdiction jusqu’aux véhicules disposant de cette norme. Seuls les véhicules fabriqués sous les normes suivantes (EURO 2 et au-delà) pourront rouler. Malin.

Sauf que ceci se traduit par une extension de la date au premier janvier 2007 : tout deux-roues immatriculé avant celle-ci se retrouverait interdit de circulation prochainement, ce qui représente 700.000 motos au lieu des 400.000 initialement comptabilisées, selon les calculs de la FFMC. Au passage, rappelons que les motos au diesel ne courent pas les rues, ce qui rend particulièrement rock’n’roll l’argument de lutte contre les particules fines liées à ces motorisations.

Oh, bien sûr, tout ceci n’est pour le moment qu’une étude préalable de la part du Ministère, qui consulte et ausculte de ci, de là, histoire de tâter le terrain. On ne peut donc pas prétendre, sans insérer quelques conditionnels de circonstance, que tout ceci aura effectivement lieu. Pour le moment, l’interdiction ne concernera que les véhicules âgés de plus de 15 ans. Soit.

Mais l’historique des surprises en provenance du Ministère de l’Air Pur et des Petits Oiseaux Qui Gazouillent Dans Une Ville Morte ne laisse rien présager de bon. Prendre un pari sur une sévère dégradation de la situation n’est pas prendre un gros risque.

Ce qui, du reste, entraîne deux questions.

D’un côté, difficile d’oublier que cette interdiction va concerner un nombre croissant de motards qui le sont devenus parce qu’avec les bouchons parisiens incessants, précisément provoqués par les politiques écologistes enragées et la guerre ouverte contre les véhicules individuels, seule la moto permet encore d’aller d’un point à l’autre de la capitale sans passer par la case bouchon, parking introuvable et autres misères de circulation savamment orchestrée par une clique qui se déplace avec gyrophare, chauffeur et grande remise.

Dès lors, comment vont réagir les victimes de ces attentats à la liberté de circulation ? Quelle alternative ces naufragés de la norme routière vont-ils trouver, les réseaux de métro, de RER et de bus de la capitale étant saturés, en grève ou en incident technique (au choix, panachage possible), les taxis en nombre insuffisant et les Uber et alternatives équivalentes officieusement indésirables dans la capitale ? Pourtant, il devrait apparaître de façon claire à notre maire de Paris que les motards ne sont pas réputés pour être une population particulièrement calme lorsqu’on vient marcher sur ses plates-bandes.

moto euro 5

Mais baste, je suppose que tout est prévu. Après tout, ces politiciens sont des professionnels et savent ce qu’ils font. Ahem.

Une seconde question s’impose ensuite.

Puisqu’on a vaillamment empêché certains de circuler, ils vont, de guerre lasse, soit circuler ailleurs, soit arrêter de circuler. Je conçois que sur les 400 à 700.000 motards concernés, une majorité s’adaptera et trouvera une solution. Il en restera néanmoins sur le carreau qui iront chercher le bonheur ailleurs que dans l’enfer douillet du boboland que Paris devient.

Or, ceci n’est pas sans impact économique : des gens qui se déplacent, ce sont aussi des individus qui ont des activités, notamment économiques. Et une activité économique qui disparaît, ce sont des rentrées fiscales qui s’évaporent et des prestations et des coûts sociaux qui augmentent. Des motards en moins, ce sont aussi des boutiques qui ferment, des commerçants qui gagnent moins.

Dès lors, on s’interroge : le manque à gagner de ces pitreries écolo-vexatoires a-t-il été pris en compte dans le budget déjà lourdement déficitaire de la ville de Paris ? J’en doute.

Dites, Anne, ne voyez vous rien venir ? Oh, vous verrez bien votre soleil qui poudroie et l’herbe qui verdoie, mais rappelez vous : ce n’est pas avec le poudroiement et le verdoiement qu’on paye vos émoluments.
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