Venezuela : l’absurdité du socialisme

Le Venezuela passe du socialisme à l'état d'urgence économique.

Par Fabio Rafael Fiallo.

Nicolas Maduro le 4 décembre 2014 (Crédits : Presidencia de la República del Ecuador, licence CC-BY-NC-SA 2.0), via Flickr.
Nicolas Maduro le 4 décembre 2014 (Crédits : Presidencia de la República del Ecuador, licence CC-BY-NC-SA 2.0), via Flickr.

 

Le président vénézuélien Nicolas Maduro est parvenu à se faire connaître par les remarques ridicules qu’il prononce souvent au cours de ses interventions radiotélévisées. Lors de la campagne présidentielle de 2013 (qu’il remporta par une marge très étroite et sous un fort soupçon de fraude), il déclara que le fondateur du « socialisme du XXIe siècle », le défunt Hugo Chavez, était venu le saluer incarné dans un oiseau. Il récidivera en affirmant que chaque fois qu’il regarde les montagnes entourant Caracas, il y voit Chavez.

Si à cela on ajoute qu’à une autre occasion il déclara n’avoir douté « pas même un millimètre de seconde » de joindre le mouvement de Chavez, on comprendra aisément pourquoi les Vénézuéliens trouvent une bonne raison de railler leur Président à chaque fois qu’il se présente à la télévision.

Des chavistes qui rivalisent dans le ridicule

Il faut dire que, au sein du chavisme, le Président Maduro n’est pas seul à exceller dans le domaine du burlesque.

Le nouveau ministre de l’Économie, Luis Salas, a affirmé que l’inflation en réalité n’existe pas – et ce, en dépit d’avoir à faire face à la plus forte inflation du monde. La Procureure générale de la République, Luisa Ortega Diaz, a, pour sa part, lu un discours devant l’Assemblée Nationale, dans lequel, avec une certitude déconcertante, elle fit référence aux Misérables comme ayant été écrit par « le poète nicaraguayen Victor Hugo ». Puis, pour l’ancien vice-président et aujourd’hui ministre Jorge Arreaza, les miracles d’Hugo Chavez sont tellement évidents qu’ils n’ont pas besoin d’être confirmés par le Vatican.

Une économie classée comme la pire au monde

Maduro rené le honzecIl existe toutefois un domaine dans lequel les sottises du Président Maduro n’ont pas de concurrent à leur mesure. Il s’agit de l’économie.

À coup de lois d’exception inopérantes, de contrôles de prix asphyxiants, de recours sans limites à la planche à billets, et de criminalisation de l’entrepreneuriat, Maduro a poursuivi avec un zèle opiniâtre le processus de démolition de l’économie vénézuélienne initié par Hugo Chavez.

Une étude réalisée par trois centres académiques vénézuéliens signale que 73% des foyers vivent au-dessous du seuil de pauvreté, alors que leur proportion était de 44% en 1998, année où le chavisme prit le pouvoir.

D’autre part, le Venezuela figure à la première place de l’indice de misère établi par l’agence d’analyse économique Bloomberg, et cela pour les deux dernières années. La situation est vouée à se dégrader davantage : le FMI prévoit une chute du PIB de 8% en 2016 après deux années consécutives de déclin (4% en 2014 et 10% en 2015).

Toujours d’après les estimations du FMI, l’inflation a atteint 275% en 2015 et s’achemine vers 720% pour l’année en cours.

Une défaite logique pour Maduro

Rien d’étonnant à ce que, malgré la mainmise du régime sur les médias et sur le Conseil électoral, la pression internationale l’obligea à reconnaître sa défaite aux élections parlementaires de décembre passé, l’opposition ayant gagné une écrasante majorité de sièges à l’Assemblée nationale.

Suite à cette raclée, Maduro s’est enfin résigné à admettre ce qu’il avait jusqu’alors nié, à savoir : que le Venezuela traverse « une crise de grandes proportions ».

Or, pour surmonter la crise, Maduro refuse de se départir du modèle socialiste responsable de la catastrophe économique du Venezuela. En lieu et place, il continue à blâmer les entrepreneurs (« la maudite bourgeoisie ») et l’opposition, fasciste par définition, les accusant de lui mener une « guerre économique » sous l’égide de « l’empire ».

Des initiatives absurdes

Et pour faire face à cette guerre économique, il prend des initiatives absurdes qui n’ont aucune chance d’atteindre les objectifs poursuivis.

C’est ainsi que le ministre vénézuélien du Pétrole, Eulogio del Pino, vient d’effectuer un tour en Russie et au Moyen-Orient dans le but de promouvoir une « action coordonnée » des pays producteurs de pétrole (Opep et non Opep) visant à en restreindre la production mondiale et ainsi faire remonter les prix.

Or, penser que le moment se prête à une entente de ce genre montre, de la part du gouvernement vénézuélien, une incompréhension crasse des forces en présence dans le marché du pétrole.

En effet, maintenant que les sanctions économiques internationales qui pesaient sur l’Iran ont été levées, Téhéran n’a qu’un seul objectif en tête dans le domaine économique : accroître le plus possible – et en tout cas pas restreindre – ses ventes de pétrole dans le marché mondial. Idem pour la Russie, qui a besoin d’élargir ses recettes d’exportation afin de venir à bout de la récession où elle se trouve plongée, et de financer ses aventures militaires en Ukraine et en Syrie.

Quant à l’Arabie saoudite, pays clé dans tout accord éventuel en la matière, elle ne va pas réduire sa production tant qu’il y aura un risque quelconque de voir ses rivaux géopolitiques, l’Iran et la Russie, en tirer profit pour grignoter des parts de marché au détriment de Riyad.

Dans les circonstances actuelles, ce que le président Maduro pourrait obtenir serait un accueil de politesse, et tout au plus un accord de façade condamné à rester lettre morte.

Mais supposons un instant, par simple hypothèse de travail, que les principaux pays producteurs acceptent effectivement de réduire leurs niveaux de production et que le prix du pétrole reparte à la hausse par voie de conséquence.

Une telle hausse du prix du pétrole permettrait aux producteurs de gaz et de pétrole de schiste aux États-Unis de reprendre l’exploitation de gisements qui avaient cessé d’être compétitifs aux prix bas actuels.

L’expansion de la production de pétrole de schiste aux États-Unis (rendue possible par un début de hausse du prix de ce produit de base) conduirait à son tour à un accroissement de l’offre totale de pétrole et, de ce fait, mettrait un frein à la hausse du prix.

Ne pouvant ignorer les sombres perspectives du marché du pétrole pour les mois, voire les années à venir, le Président Maduro a récemment déclaré que le temps est arrivé pour le Venezuela de sortir du « modèle rentier », c’est-à-dire de sa dépendance au pétrole (lequel représente à l’heure actuelle 96% du total des exportations de ce pays).

Il a oublié au passage que son mentor Hugo Chavez stimula plus que tout autre président vénézuélien avant lui la dépendance aujourd’hui décriée. En effet, les expropriations insensées, les contrôles de prix contre productifs et autres mesures hostiles au secteur privé, prises par Chavez, ont eu pour résultat la destruction de l’appareil productif du secteur non-pétrolier du Venezuela.

En fait, Chavez lui-même employa l’expression « socialisme pétrolier » pour qualifier le modèle économique qu’il mit en place.

Les poulets au secours de la révolution

Le côté bouffon de la nouvelle prise de position de Maduro ne tarda pas à entrer en scène : pour quitter le modèle rentier, et tout particulièrement pour surmonter la dramatique pénurie d’aliments qui accable la population de son pays, Maduro vient d’annoncer la nouvelle mesure phare de la révolution bolivarienne : la promotion de conucos (sorte de petites fermes familiales ou jardins potagers) dans les zones urbaines.

Et pour encourager ses concitoyens à prendre cette voie, il se donne en exemple, annonçant que sa femme et lui sont déjà en train d’élever une cinquantaine de poulets chez eux.

Hugo Chavez avait promis de transformer son pays en puissance politique, pétrochimique, militaire et même aérospatiale. Maintenant, Maduro n’a rien de mieux à proposer aux Vénézuéliens que de leur demander d’élever des poulets et de planter des haricots dans leurs patios et jardins.