Les Enfoirés sont-ils incultes ?

Cette année, les Enfoirés ont choisi un poète communiste, bien aligné sur les idées du parti soviétique de l’époque.

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Les Enfoirés sont-ils incultes ?

Publié le 12 janvier 2016
- A +

Par Phoebe Ann Moses

Raphaël Labbé-Liberté-Licence creative commons
Raphaël Labbé-Liberté-Licence creative commons

 

Décidément il n’y aura pas une année sans polémique aux Restos du cœur ! Cette année, les « Enfoirés » ont choisi comme hymne le poème « Liberté » de Paul Éluard, qui nous sera donc asséné matin midi et soir pour réveiller nos consciences (enfin pas celles des libéraux qui savent depuis longtemps ce qu’est la liberté).

En revanche, on peut vraiment se demander si parmi ces Enfoirés il y en a un seul qui sache ce que c’est, au vu de l’auteur mis en avant cette année : Éluard, poète communiste, qui écrivait en 1950 une « Ode à Staline » :

Staline dans le cœur des hommes
Sous sa forme mortelle avec des cheveux gris
Brûlant d’un feu sanguin dans la vigne des hommes
Staline récompense les meilleurs des hommes
Et rend à leurs travaux la vertu du plaisir
Car travailler pour vivre est agir sur la vie
Car la vie et les hommes ont élu Staline
Pour figurer sur terre leurs espoirs sans bornes.

Et Staline pour nous est présent pour demain
Et Staline dissipe aujourd’hui le malheur
La confiance est le fruit de son cerveau d’amour
La grappe raisonnable tant elle est parfaite.

 

staline
Source Wikipedia, Staline.

 

Staline, responsable de 20 millions de morts lorsqu’on ajoute ceux qui ont subi la famine créée par la collectivisation des terres, « dissipe le malheur ». On imagine le poème « Hitler dissipe le malheur » juste pour rigoler…

Éluard aimait la liberté ? Certes, dans un de ses poèmes. Car dans la vie réelle, le poète communiste avait par exemple refusé de soutenir des dissidents tchécoslovaques (un peu moins communistes que le parti officiel), qui ont été condamnés à mort. L’explication de son refus : « J’ai trop à faire des innocents qui clament leur innocence pour m’occuper des coupables qui clament (sic) leur culpabilité »1.

Au moment où la parution de la traduction de Mein Kampf crée la polémique, il est étonnant que tous ces amoureux de la liberté n’aient pas fait preuve de plus d’esprit critique. À croire que bêler « Liberté » dans un micro donne le droit d’être inculte ou amnésique. Les Enfoirés ont choisi un poète communiste, bien aligné sur les idées du parti soviétique, comme beaucoup d’artistes de ces années-là. Franchement, n’y avait-il pas dans la poésie française un auteur moins contestable ? Mais le communisme n’est pas politiquement incorrect en France.

Il y a quelques semaines, juste avant les élections régionales, des sondages révélaient que les électeurs de l’extrême droite avaient un faible niveau d’études2. Il semblerait bien qu’il y ait pas mal d’ignares aussi à gauche.

Lire sur Contrepoints notre rubrique Communisme.

  1. Publié dans Action, 1950.
  2. Voir par exemple le sondage Ipsos de décembre 2015, ou Alternatives économiques.
Voir les commentaires (38)

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  • ça révèle un problème chez beaucoup de gens de gauche, c’est la confusion entre une oeuvre et la personne qui est derrière, une fois que vous entrez dans le panthéon d’une certaine gauche, c’est bon pour vous toute critique devient abjecte. Idolâtrie. De façon très amusante on trouve les pires anticléricaux parmi ces âmes en recherche de nouvelle idole à vénérer.

    • C’est le problème de l’article également, savourer un poème d’un auteur communiste ou autre ne fait pas du lecteur un fervent défenseur du goulag, c’est absurde.

      • +1
        On aime ou on aime pas l’auteur, on aime ou on n’aime pas le poème, mais refuser un poème qu’on aime au motif qu’on aime pas l’auteur (y compris pour d’excellentes raisons), c’est juste … gauchiste !

  • C’est petit, et vous me forcez à défendre ceux que je ne veux vraiment pas défendre….
    Mais si on doit s’abstenir de mettre un texte d’une personne, juste du a son origine politique (dans le sens large, donc aussi les actions qu’il a eu), alors on ne peut mettre aucun texte. Citez moi un seul auteur qui n’a pas eu un moment contestable dans sa vie.
    Le texte liberté de Paul Eluard est soporifique comme les restos du coeur… mais n’a strictement rien a se reprocher. Et si on prend un autre texte, tiré d’un passé sans le remettre dans son contexte, cela perd de valeurs. Bref jugeons les paroles et les actes jugés, non pas ceux qui ne le sont pas.
    Après entièrement d’accord sur le fait que si ca avait été un autre communiste comme un fan d’Hitler, ils ne l’auraient pas choisi. En France on aime le communisme, on adore cela….

  • Comme l’écrivait un autre communiste « le poète a toujours raison » et particulièrement le poète de gauche 🙂

    « Les Enfoirés » est devenu une institution intouchable.
    Elle illustre pourtant parfaitement ce que la charité, rebaptisée l »humanitaire pour gommer une forme de ringardise aux relents cathos, peut avoir de pervers quand elle s’institutionnalise.

    Coluche le prolo devenu riche se sentait mal à l’aise devant les plus démunis, il a trouvé le moyen de se sentir « meilleur » en inventant les Restos du coeur qui auraient du disparaître avec lui puisque intimement liés à son histoire personnelle.

    La seule façon efficace mais beaucoup moins valorisante d’aider autrui n’est-elle pas de lui permettre de ne plus avoir besoin d’aide…

    • On se fiche bien des heurs et malheurs des enfoirés qui sont un épiphénomène.

      Par contre Coluche a fait oeuvre utile avec ses restos du coeur et, par la suite, en utilisant les gaspillages de la P.A.C. européenne. Mais il est vrai que les restos sont à leur trentième « saison », ce qui est le véritable scandale signant l’échec politique retentissant. Et quand on pense à l’appel de l’abbé Pierre de 1954, on mesure encore mieux le « sur-place parcouru »!

      C’est bien là qu’on voit que le secteur « social », devenu un métier nourrissant pour une administration aussi pléthorique que compliquée, est moins capable d’aider ceux qui son prêts à tomber que les autres « ayant droit » qui progressivement, se déresponsabilisent!

      • Bah oui, quand l’Etat décide de s’occuper des pauvres, c’est pour en multiplier systématiquement le nombre afin de justifier de son utilité.

  • Ou est SOS Racisme?
    Vite une plainte contre les resto du coeur…..
    Le MRAP ou êtes vous?
    Ignorez vous l’histoire du communisme? De Staline?
    Ou il est Le nouvel Obs?
    Quoi des gens chantent un auteur apologiste d’une idéologie au 100 millions de morts?

  • On peut aussi aimer les poèmes de Lamartine, même si dans la polémique qui l’oppose à Bastiat, on préfère Bastiat.

  • Pas grand chose à espérer de gens qui se baptisent eux mêmes « enfoirés », ce qui doit vouloir dire quelque chose comme « couvert de merde ».

  • Il ne faut pas oublier que les Enfoirés, c’est Jean-Jacques Goldman… et que celui-ci est l’auteur de l’album « Rouge », un hommage au communisme Soviétique, et qu’il est le frère de Pierre Goldman. Inculte sûrement pas, il sait ce qu’il fait en faisant reprendre ce titre à sa troupe

  • « Les Enfoirés sont-ils incultes ? »
    Oui.
    Autre chose ?

  • Ce qui est étonnant, madame Moses, c’est que vous plaidez l’inculture… Vous semblez oublier que Jean-Jacques Goldman (frère du tristement célèbre Pierre) n’en est pas à sa première déclaration d’amour au parti bolchevik (l’album « Rouge » de 1993 notamment, certains « tableaux » des Enfoirés de ci-de là également, etc.).

  • D’accord avec le fond, même si le texte est beau en soi. À mon avis ils n’ont tout simplement pas cherché à savoir. On peut aussi critiquer, avec raison, la dimension show biz convenue des Enfoirés.
    Les Restos du coeur conservent toutefois ma sympathie pour un point essentiel : la dernière fois que j’ai lu leur rapport, la part d’argent public était, très faible, moins de 3% si mémoire est bonne. Cela, en soit, en fait un modèle pour toute initiative de solidarité.

  • « le communisme n’est pas politiquement incorrect en France. »

    c’est même le fil conducteur des gouvernements qui se succèdent depuis la dernière guerre mondiale, et pour françois hollande en particulier.

  • Il ne faut plus exposer Picasso parce qu’il était membre du PCF?
    Il ne faut plus diffuser les films de Chaplin parce qu’il est suspecté d’être communiste?
    Il ne faut plus lire ou citer Céline parce qu’il était antisémite?

    Si l’on doit s’interdire d’utiliser toute oeuvre en raison des convictions politiques de son auteur il ne va pas rester grand chose.
    Et après les convictions politiques des artistes on fouillera dans leurs mœurs pour s’interdire d’utiliser les oeuvres des drogués, des alcooliques, des fumeurs, des pédérastes, et toutes celles dont les comportements des auteurs dérogeront à la morale actuelle?

    Que vous rappeliez qui est Eluard et certains de ses écrits et que dans ce pays ou règne la liberté d’expression il y a des auteurs qui sont « interdit » d’être cité c’est très bien mais faire un procès aux Enfoirés (qui en sont devenus de vrais aux fils des années) pour avoir mis en musique le poème liberté est totalement déplacé.

    • @ arno,

      Personne ne dit qu’il faut s’interdire de ceci ou cela. L’article du billet fait simplement savoir que les champions de la morale bobo gauchiste n’ont aucun problème avec les admirateurs de Staline mais qui vous traitera d’ordure si vous votez Front national

      D.J

      • Il est donc nécessaire de se montrer plus intelligent, et quand un communiste ou un frontiste dit que le ciel est bleu, il est ridicule de dire le contraire ou de s’en offusquer.

        Les enfoirés est une œuvre caritative privée, en ceci elle est respectable.

        Quand à chanter la Liberté, nous devrions tous, ici, en être heureux, quelque soit celui qui la chante. C’est déjà un tout petit pas vers notre idéal. Ne boudons pas notre plaisir.

      • Je cite : « Franchement, n’y avait-il pas dans la poésie française un auteur moins contestable ? »

        Quand Luchini déclame du Céline sur scène doit-on dire n’y avait-il pas dans la littérature française un auteur moins contestable?

        Le problème n’est pas que les bobos n’aient aucun problème avec les oeuvres d’artistes admirateurs de Staline, mais qu’ils en aient avec des oeuvres parce que son auteur est antisémite comme avec Céline ou soit prétendument raciste avec Hergé, …

    • il me semble qu’on peut admirer une oeuvre et détester l’homme…

  • « les électeurs de l’extrême droite avaient un faible niveau d’études »
    => Sophisme: Les électeurs ayant un faible niveau d’étude vote plus largement FN, donc les électeurs du FN ont un faible niveau d’étude. Et les chinois sont asiatiques donc tous les asiatiques sont chinois?

    • Les électeurs du FN sont des communistes refoulés donc les communistes refoulés votent FN. Ah non, là ça ne marche plus.

    • Et le dernier rapport du CEVIPOF note que les fonctionnaires ou agents publics des catégories B ou C votent plutôt FN : est-ce lié à leur plus faible niveau d’étude ou parce qu’ils sont directement en contact avec le public, contrairement à la catégorie A ?

  • Pour la petite histoire, Éluard avait écrit ce poème tout d’abord intitulé « une seule pensée » pour sa femme Gala, le dernier vers révélant le nom de sa bien aimée, « J’écris ton nom Gala ». Gala l’ayant plaqué pour Salvador Dali, après un petit détour par Max Ernst, meilleur ami d’Éluard, celui-ci a remplacé son nom par le mot liberté…

    Il faut dire que le poème est assez inconsistant et fourre-tout pour marcher avec n’importe quel vocable : « Auvergne, j’écris ton nom », « Cocaïne, j’écris ton nom », « National-socialsme, j’écris ton nom », « Manuel Valls, j’écris ton nom », « Choucroute garnie, j’écris ton nom », …

  • Tout cela n’est pas bien grave… Personnellement, vu le niveau artistique et intellectuel de la chose, dés que j’entends « entourés » je fais comme Jean Alési « je change de « channel »…

  • C’est sur que si l’auteur de l’ode aurait remplacé Staline par Hitler cela aurait moins passé chez  » Les enfoirés  »
    D.J

  • Quel dommage ! Et dire que Jean-Jacques Goldman a ecrit Là-Bas, une magnifique chanson que les liberaux pourraient adopter…

    https://www.youtube.com/watch?v=zFwaRmpzvjo

    Là -bas
    Tout est neuf et tout est sauvage
    Libre continent sans grillage
    Ici, nos rêves sont étroits
    C’est pour ça que j’irai là -bas

    Là -bas
    Faut du cœur et faut du courage
    Mais tout est possible à mon âge
    Si tu as la force et la foi
    L’or est à portée de tes doigts
    C’est pour ça que j’irai là -bas

    N’y va pas
    Y a des tempêtes et des naufrages
    Le feu, les diables et les mirages
    Je te sais si fragile parfois
    Reste au creux de moi

    On a tant d’amour à faire
    Tant de bonheur à venir
    Je te veux mari et père
    Et toi, tu rêves de partir

    Ici, tout est joué d’avance
    Et l’on n’y peut rien changer
    Tout dépend de ta naissance
    Et moi je ne suis pas bien né

    Là -bas
    Loin de nos vies, de nos villages
    J’oublierai ta voix, ton visage
    J’ai beau te serrer dans mes bras
    Tu m’échappes déjà , là -bas

    J’aurai ma chance, j’aurai mes droits
    N’y va pas
    Et la fierté qu’ici je n’ai pas
    Là -bas
    Tout ce que tu mérites est à toi
    N’y va pas
    Ici, les autres imposent leur loi
    Là -bas
    Je te perdrai peut-être là -bas
    N’y va pas
    Mais je me perds si je reste là
    Là -bas
    La vie ne m’a pas laissé le choix
    N’y va pas
    Toi et moi, ce sera là -bas ou pas
    Là -bas
    Tout est neuf et tout est sauvage
    N’y va pas
    Libre continent sans grillage
    Là -bas
    Beau comme on n’imagine pas
    N’y va pas
    Ici, même nos rêves sont étroits
    Là -bas
    C’est pour ça que j’irai là -bas
    N’y va pas
    On ne m’a pas laissé le choix
    Là -bas
    Je me perds si je reste là
    N’y va pas
    C’est pour ça que j’irai là -bas

  • Si je devais arrêter de lire/écouter des artistes et des poètes parce qu’ils ont des affinités communistes/socialistes, je n’écouterai plus grand monde…
    Ce poème en lui-même est très bien, je ne comprends pas l’article.

    • L’article singe les gauchistes en voulant que l’on juge d’une oeuvre non pas en fonction de sa qualité propre mais en fonction de l’orientation idéologique de son auteur. Une sorte de « politiquement correct » version libéral .

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