Les Enfoirés sont-ils incultes ?

Raphaël Labbé-Liberté

Cette année, les Enfoirés ont choisi un poète communiste, bien aligné sur les idées du parti soviétique de l’époque.

Par Phoebe Ann Moses

Raphaël Labbé-Liberté-Licence creative commons
Raphaël Labbé-Liberté-Licence creative commons

 

Décidément il n’y aura pas une année sans polémique aux Restos du cœur ! Cette année, les « Enfoirés » ont choisi comme hymne le poème « Liberté » de Paul Éluard, qui nous sera donc asséné matin midi et soir pour réveiller nos consciences (enfin pas celles des libéraux qui savent depuis longtemps ce qu’est la liberté).

En revanche, on peut vraiment se demander si parmi ces Enfoirés il y en a un seul qui sache ce que c’est, au vu de l’auteur mis en avant cette année : Éluard, poète communiste, qui écrivait en 1950 une « Ode à Staline » :

Staline dans le cœur des hommes
Sous sa forme mortelle avec des cheveux gris
Brûlant d’un feu sanguin dans la vigne des hommes
Staline récompense les meilleurs des hommes
Et rend à leurs travaux la vertu du plaisir
Car travailler pour vivre est agir sur la vie
Car la vie et les hommes ont élu Staline
Pour figurer sur terre leurs espoirs sans bornes.

Et Staline pour nous est présent pour demain
Et Staline dissipe aujourd’hui le malheur
La confiance est le fruit de son cerveau d’amour
La grappe raisonnable tant elle est parfaite.

 

staline
Source Wikipedia, Staline.

 

Staline, responsable de 20 millions de morts lorsqu’on ajoute ceux qui ont subi la famine créée par la collectivisation des terres, « dissipe le malheur ». On imagine le poème « Hitler dissipe le malheur » juste pour rigoler…

Éluard aimait la liberté ? Certes, dans un de ses poèmes. Car dans la vie réelle, le poète communiste avait par exemple refusé de soutenir des dissidents tchécoslovaques (un peu moins communistes que le parti officiel), qui ont été condamnés à mort. L’explication de son refus : « J’ai trop à faire des innocents qui clament leur innocence pour m’occuper des coupables qui clament (sic) leur culpabilité »1.

Au moment où la parution de la traduction de Mein Kampf crée la polémique, il est étonnant que tous ces amoureux de la liberté n’aient pas fait preuve de plus d’esprit critique. À croire que bêler « Liberté » dans un micro donne le droit d’être inculte ou amnésique. Les Enfoirés ont choisi un poète communiste, bien aligné sur les idées du parti soviétique, comme beaucoup d’artistes de ces années-là. Franchement, n’y avait-il pas dans la poésie française un auteur moins contestable ? Mais le communisme n’est pas politiquement incorrect en France.

Il y a quelques semaines, juste avant les élections régionales, des sondages révélaient que les électeurs de l’extrême droite avaient un faible niveau d’études2. Il semblerait bien qu’il y ait pas mal d’ignares aussi à gauche.

Lire sur Contrepoints notre rubrique Communisme.

  1. Publié dans Action, 1950.
  2. Voir par exemple le sondage Ipsos de décembre 2015, ou Alternatives économiques.