Les cycles économiques existent-ils vraiment ?

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Cycle économique (Crédits : Simone Wapler, tous droits réservés)

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Les cycles économiques existent-ils vraiment ?

Publié le 10 janvier 2016
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Par Simone Wapler.

Les économistes adorent vous parler de cycles. Kondratieff, Kitchin, Juglar, Schumpeter autant de noms qui reviennent dans leurs bouches et impressionnent les non-initiés.

Le cycle est un principe rassurant, presque naturel : après la pluie le beau temps ; vaches grasses, vaches maigres ; le printemps, l’été, l’automne, l’hiver… et rebelote. « Nous sommes ici et tout va mal, mais bientôt nous serons là et tout ira mieux ». En France, par exemple, la théorie des cycles justifie qu’aucune réforme n’ait été intentée depuis 2009 car nous allons bientôt connaître une « reprise cyclique ».

La science est prédictive et l’économie se veut être une science — d’où l’importance de pouvoir se projeter dans l’avenir. Les économistes sont attachés à des schémas qui se renouvellent périodiquement, cela assied leur crédibilité.

Voici un cycle présenté à la sauce universitaire

Cycle économique (Crédits Simone Wapler, tous droits réservés)

Croire aux cycles permet aussi de justifier le bien-fondé de l’activisme des banques centrales qui prétendent les lisser. C’est le fonds de commerce des économistes keynésiens et des politiciens interventionnistes.

Voici maintenant un cycle accommodé à la sauce financière, qui présente les secteurs qui tirent le mieux leur épingle du jeu lors de chaque phase.

Performance des secteurs économiques pendant les cycles (Crédits Simone Wapler, tous droits réservés)

Pour les uns le moteur du cycle est l’innovation, pour d’autres c’est la consommation, pour d’autres encore, c’est l’investissement… Peu importe, finalement : c’est l’idée même du cycle qui est essentielle pour séduire les planificateurs, les politiciens et les investisseurs. Grâce aux deux premiers, jamais de récession sans remède et demain sera toujours plus beau qu’aujourd’hui.

En économie, contrairement à ce qui se passe en physique, en biologie ou en médecine, les expériences de laboratoire sont impossibles. C’est une chance, car les tentatives qui s’en rapprochent le plus — comme le communisme — ont connu un succès pour le moins mitigé chez les malheureux bipèdes qui y furent soumis. Pour valider une théorie, les théoriciens de l’économie ne disposent donc que du passé.

Quels furent donc les cycles économiques du passé ?

Je suis récemment tombée sur une bien étrange querelle d’historiens qui m’a intriguée. Elle est consignée dans un ouvrage dont le titre est Incroyables gazettes et fabuleux métaux : les retours des trésors américains d’après les gazettes hollandaises XVIe-XVIIe siècles.*

L’histoire économique est un domaine récent. Jusqu’au début du 20ème siècle, l’histoire traditionnelle s’en tenait à une histoire politique et se bornait à indiquer que tel règne avait été prospère ou tel autre décadent. Les documents privés — tels que les archives d’entreprises ou les minutes notariales — n’intéressaient pas grand monde.

Brève histoire de l’histoire économique vue par les prix

Puis économistes et historiens se parlèrent, quelques auteurs émergèrent (Earl .J. Hamilton, Nicolaas W. Posthumus, François Simiand, Lucien Febvre, Ernest Labrousse). L’évolution des prix fut assimilée à celle de l’économie et l’histoire des prix intéressa. Des sources auparavant négligées s’épluchaient petit à petit. On reconnut des corrélations, on aima bien les découper en cycles. Quelques décennies après l’inventaire des cargaisons des navires espagnols, les contenus des ventres des navires hollandais furent à leur tour auscultés. Ce travail se fit entre 1969 et 1976, donc postérieurement à l’apparition de la théorie des cycles et à l’aide de ces fameuses gazettes.

Patatras, l’examen des marchandises figurant sur les archives et des prix pratiqués en fonction de l’évolution des monnaies de l’époque ne confirme pas vraiment les cycles validés antérieurement (1930) par les historiens de l’économie ayant désormais pignon académique sur rue. À savoir : les métaux précieux d’Amérique arrivent en masse au 16ème siècle, les prix exprimés en métal précieux montent. La source se tarit au 17ème siècle, les prix baissent. Ils augmentent à nouveau au 18ème siècle, après l’indépendance des États-Unis. Quand la masse de métaux précieux augmente, les prix montent et inversement. Des prix en hausse indiqueraient une expansion et des prix en baisse une régression économique.

Pourquoi les prix ne disent pas tout

En réalité, les marchandises et les prix hollandais et leur confrontation avec les autres pays d’Europe racontent une histoire beaucoup plus subtile. Des prix en baisse ne coïncident pas toujours avec des périodes de marasme et des prix en hausse avec des périodes d’expansion.

Or une bonne théorie devrait être universelle. Hélas, les gazettes hollandaises infirmeraient l’hypothèse de « l’inexorable conjoncture dont on sait maintenant qu’elle transcende sociétés, continents et systèmes politiques », selon l’expression des historiens H. et P. Chaunu (Séville et l’Atlantique). L’existence de cycles de cinquante ans (Kondratieff) ou de six à dix ans (Juglar) n’est pas confirmée par le passé.

C’est le bon échange qui enrichit

Que retenir de cette querelle d’historiens pour notre 21ème siècle ? La monnaie n’est qu’un instrument de l’économie. Donc ceux qui prétendent obtenir des effets de masse en manipulant la monnaie se trompent. En effet, l’économie n’est faite que par les individus qui échangent, ils constituent le marché au sens le plus large (pas seulement les marchés financiers). Certes, les monnaies fluidifient et facilitent les courants d’échange mais c’est la qualité et la quantité des produits échangés qui suscite la prospérité, non pas la monnaie.

Les trésors des cales des navires hollandais et l’industrie liée à l’échange créent la richesse. Les navigateurs hollandais n’allaient pas chercher de la monnaie sous forme d’or et d’argent mais des biens que les habitants du Vieux Continent trouvaient utiles et ou agréables. Nos banquiers centraux — en faisant tourner la planche à billets et en instaurant le crédit gratuit, prétendument pour le bien de l’économie — se trompent et nous trompent.

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  • Il semblerait même que loin de lisser les cycles économiques, les politiques monétaire en soient l’origine! Non seulement les banquiers centraux se trompent et nous trompent mais aussi ils modifient les comportements des gens en leur faisant préférer le court terme au long terme ainsi que la consommation à l’épargne. Tout le contraire de ce qui a fait ma richesse des pays capitalistes. Voir « l’éthique de la production de monnaie » de Guido Hulsman.

    • pour prétendre lisser un cycle économique il faut accepter l’idée du cycle économique et si on accepte l’idée du cycle économique alors…on ne peut pas le lisser car si on pouvait le faire cela aurait été fait et on aurait pas pu observer de cycle économique…
      On peut aussi faire le constat qu’il y a toujours eu des politiques monétaire et toujours des cycles…

      je n’y connais rien en économie mais à la rigueur pourrait il exister des paramètres fluctuants voire cycliques mais si l’économie est cyclique et bien monsieur c’est comme le jour et la nuit on ne peut rien y faire..

      ceci étant dit, si on pouvait dire aux profanes ce qui dans un cycle économique est supposé être cyclique ça m’arrangerait.

  • Pour un autodidacte comme moi, quel bonheur de lire cette article, c’est clair concis simple.

    Mon arrière grand mère me disait il y a une 40ene d’année « j’ai pas les moyens d’acheter pas chère », ça résume si je ne me trompe pas ce soucis de qualité et non de consommation.

    Vers quel désastre allons nous.

    Bien triste

  • Pour moi, si cycle il y a effectivement, cela sous-entend une analogie avec un ressort. Il y aurait donc une « force de rappel » proportionnelle à l’écart à la tendance et des forces d’excitation menant aux oscillations. Un problème de cette analogie simpliste est que les phases montantes et descendantes devraient être symétriques ce qui n’est pas le cas (les crises sont plus brutales que les bulles).

    Et la conclusion serait que tenter de maîtriser ces cycles serait difficile car il n’est pas possible de supprimer les « excitations » qui viennent naturellement des événements aléatoires (accidents, catastrophes naturelles, …) ou cycliques (politique pour les élections, annuelle pour l’agriculture et social pour par exemple les JO). Chercher à maîtriser le cycle en agissant au sein du cycle lui même me semble dangereux car des erreurs de timing peuvent très bien amplifier le cycle au lieu de le diminuer. C’est ce que l’on constaté avec nos gouvernements menant des politiques de relance keynésienne y compris en période de bulle.

    De plus, la dérégulation et l’amélioration technologique diminuant les coûts et les temps d’échange et de transaction me semble être équivalent dans ce modèle à une diminution du frottement. Et donc une plus grande difficulté à revenir à l’équilibre.

    Cette analogie pousserait donc à conserver une certaine « friction » dans les échanges et à plutôt travailler sur la force de rappel car la fréquence des oscillations dépens d’elle et de la « masse » du système.

  • L’économie est un système à rétroaction, en ce sens que la décision dépend de la connaissance acquise par les acteurs, donc du passé. Cette rétroaction est en général non linéaire car elle passe par le filtre de l’acteur. la réponse du système économique peut donc s’écrire y(t) = F(t, g(t-n)).
    Ce type d’équation a un comportement chaotique, donc imprévisible. Ce comportement peut soit tendre vers deux pôles, d’où les cycle, ou vers un comportement totalement aléatoire autour de « pôles d’attraction » sortes de zones de stabilité relativement éphémères.
    De fait, tout système de régulation ne fera qu’ajouter de la non linéarité au système, donc augmentera son instabilité.

  • Cela me semble bien possible que les cycles économiques n’existent que pour permettre à ceux qui les utilisent, en s’appuyant dessus, de jouer les importants.

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