La « déflation », caractéristique essentielle d’une économie saine (1)

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La « déflation », caractéristique essentielle d’une économie saine (1)

Publié le 28 décembre 2015
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Par Josef Šíma1
Traduit du tchèque par Jan Krepelka

Deflation by Simon Cunningham (CC BY 2.0)
Deflation by Simon Cunningham (CC BY 2.0)

 

Dans le texte qui suit2, nous commencerons par mettre en évidence les problèmes résultant d’une définition erronée de l’inflation et de la déflation. Nous établirons ensuite une taxonomie de la déflation, ce qui nous permettra de sortir de la vision « macro-économique » trompeuse de la déflation et d’échapper ainsi enfin à la fausse dichotomie entre les deux maux supposés que seraient l’inflation (le prétendu moindre mal) et la déflation (le prétendu plus grand mal). Ceci nous permettra de révéler l’absence complète de fondement économique des politiques « anti-déflationnistes » (inflationnistes) et la nature destructrice de l’intervention de l’État dans le domaine monétaire.

Deux brèves études de cas expliquant les causes principales des problèmes monétaires des États-Unis et de l’Argentine nous montreront l’importance d’une analyse de la déflation solidement ancrée méthodologiquement, et donc économiquement sensée.

1. Inflation et déflation : concepts de base

Les notions actuelles de l’inflation et de la déflation sont très différentes de leurs perceptions antérieures3 :

La révolution sémantique qui constitue l’une des caractéristiques typiques de notre époque a aussi changé les connotations traditionnelles des termes inflation et déflation. Ce que bon nombre de personnes appellent aujourd’hui inflation et déflation ne sont plus respectivement la hausse et la baisse de la quantité de monnaie, mais leurs conséquences inexorables, soit la tendance générale vers une hausse ou baisse des prix des biens de consommation et des salaires. Cette évolution sémantique n’est en rien inoffensive. Elle contribue de manière importante au développement des tendances populaires vers l’inflationnisme.

En premier lieu, il n’y ainsi plus aucun terme à disposition pour signifier ce que inflation signifiait. Et il est impossible de combattre une politique qu’on ne peut pas même nommer4.

La définition classique de l’inflation trouve ses racines dans la première moitié du XIXe siècle, dans un litige qui opposait alors deux écoles de pensée économique britanniques, la Currency School, qui défendait une monnaie solide, et la Banking School, qui prônait une politique inflationniste. La Currency School, dont les idées ont à l’époque fini par prévaloir, affirmait en effet que si l’on permet la production de billets de banque en une quantité dépassant les réserves d’or (la création de monnaie fiduciaire non-couverte) et que ces billets entrent en circulation par le biais des prêts bancaires, alors cela entraînera une hausse des prix et des salaires dans l’économie domestique, provoquant un déficit de la balance des paiements, qui devra alors être couvert par la vente des réserves d’or à l’étranger. Puisque cette situation contraindra les banques à restreindre le nombre de prêts (car la monnaie est encore liée à l’or), la prospérité initiale fera alors place à une récession économique. Ce cycle économique se répétera tant qu’il y aura de l’inflation — de la production de monnaie fiduciaire non couverte par l’or.

À la fin du XIXe siècle, cependant, la définition de la Banking School commençait à être de plus en plus utilisée5, or celle-ci ne considérait comme inflation que la hausse de la quantité de monnaie non-couverte au-delà des « besoins du commerce ». Alors que, par exemple, les auteurs autrichiens de la fin du XIXe siècle jusqu’à la Seconde guerre mondiale (principalement Mises et Hayek) sont restés fidèles à la définition initiale et ont étendu les idées de la Currency School en théorie complète des cycles économiques6, la majorité de la communauté économique d’alors s’est ralliée à la seconde définition, suivant les économistes influents de l’époque tels que notamment Irving Fisher7.

Cette seconde définition évolua finalement vers la définition moderne, soit que l’inflation représente la hausse du niveau des prix et la déflation sa baisse8.

Or, les définitions modernes de l’inflation et de la déflation causent des difficultés évidentes et insurmontables pour l’analyse économique, difficultés déjà pressenties dans ces débats d’il y a plusieurs siècles.

1.1. Intangibilité conceptuelle

Un premier problème insurmontable est constitué par le degré d’arbitraire de la définition de tout panier du consommateur, nécessaire à l’établissement d’un indice des prix (par exemple des prix à la consommation). Il n’existe aucun moyen satisfaisant qui permettrait de construire le bon indice, et ainsi mesurer l’inflation. Comment dès lors distinguer et déterminer quelle émission monétaire est encore « non-inflationniste » et laquelle est déjà « inflationniste » ? Nulle méthode (scientifique) satisfaisante ne peut être trouvée, par nature même du problème9.

1.2. Non-scientificité

Même si cette limite entre « inflation nulle » (« stabilité des prix ») et « inflation » (hausse des prix) lors de l’acroissement de la monnaie en circulation pouvait être identifiée, le problème serait loin d’être résolu. En effet, puisque l’injection de monnaie additionnelle dans l’économie a des conséquences de grande envergure, alors ces conséquences se produiront quel que soit le « niveau des prix » :

Même une « inflation nulle » impliquerait une forme ou une autre d’échec des signaux des prix dans leur rôle de refléter de manière transparente et précise l’état réel et le progrès des capacités réelles de production10.

Ou, comme le dit Hayek :

Aussi longtemps que la quantité de monnaie en circulation change constamment, les cycles économiques ne peuvent être évités. En particulier, toute politique monétaire visant à stabiliser la valeur de l’argent et impliquant, dès lors, une hausse de la masse monétaire pour accompagner une hausse de la production, doit nécessairement conduire aux fluctuations-même qu’elle prétend empêcher11.

La théorie économique nous enseigne, par exemple, que la hausse de la quantité de monnaie non-couverte a nécessairement des effets redistributifs. En effet, cet argent additionnel dilue le pouvoir d’achat de l’argent existant, constituant ainsi un « impôt sur la possession d’argent liquide ». L’inflation implique donc nécessairement, avant même toute considération de Droit ou d’éthique, un problème économique fondamental12: certains seront appauvris par cette politique (ceux qui ne recevront pas, ou ne recevront que tardivement, la nouvelle monnaie), tandis que d’autres y gagneront (les premiers récipiendaires de la nouvelle monnaie)13. Dans cette situation, comment pourrions-nous donc, en tant qu’économistes, parler des avantages de la création monétaire, sans trahir les bases de notre science en commettant d’intenables comparaisons interpersonnelles d’utilité14 ?

Comment, en effet, pourrions-nous affirmer que la création monétaire serait bénéfique, autrement qu’en supposant que les gains des uns surpassent les pertes des autres ? Mais une fois cela affirmé, nous ne saurions plus nous prétendre économistes, scientifiques, raisonnant à partir de l’utilité subjective. Nous ne serions alors plus que de simples théoriciens qui, tels de vulgaires planificateurs étatiques, recourent délibérement à la violence ou à la menace de la violence (le monopole étatique sur l’émission de monnaie) afin d’attribuer, au détriment d’un groupe donné de personnes, des privilèges à un autre groupe donné de personnes, en transférant effectivement la propriété des premières vers les secondes.

1.3. Politisation et effet cumulatif

Toute baisse de l’indice des prix, synonyme de déflation selon la définition moderne, pousse à entamer une politique anti-déflationniste (autrement dit, selon l’ancienne conception : nocivement inflationniste), qui entraînera alors redistributions, distorsions du calcul économique et d’autres effets destructeurs … qui seront alors excusés par le prétexte d’avoir évité un plus grand mal, la déflation15. (À nouveau, nous sommes confrontés au problème insurmontable de la comparaison interpersonnelle d’utilités !)

Comme le note Mises avec justesse :

Il est ainsi évident que ces nouvelles significations des termes inflation et déflation sont trompeuses et sources de confusion et doivent être rejetées inconditionnellement16.

Par la suite, nous allons donc utiliser les termes inflation et déflation dans leur sens original et emploierons « inflation » et « déflation », entre guillemets, si nous parlons respectivement de la hausse ou de la baisse du « niveau des prix ».

Sur le web

  1. Josef Šíma est professeur d’économie à l’Université de Prague et chercheur à l’Institut Libéral tchèque. Il a notamment dirigé la traduction en tchèque de nombreux livres de Mises et Rothbard et écrit plusieurs livres d’économie et de nombreux articles.
  2. N.d.T. : C’est nous qui avons ajouté les guillemets à « déflation » dans le titre. Cela correspond bien à la pensée de l’auteur selon la distinction qu’il établit entre déflation et « déflation », cf. supra.
  3.  N.d.T. : Pour les citations et références dont la version originale est en anglais, c’est cette dernière que nous avons traduit en français. Nous avons également précisé la plupart des références et les avons complétées par des liens à chaque fois que les ouvrages étaient disponibles gratuitement en ligne, généralement sur le site du Ludwig von Mises Institute, dont il faut ici saluer le fantastique travail de mise à disposition du public des textes autrichiens.
  4. Ludwig von Mises, Human Action
  5. Même les auteurs s’inscrivant dans la tradition de la Currency School se rapprochaient progressivement de la seconde définition. Ils n’incluaient en effet pas dans la définition de la masse monétaire (contrairement à leurs confrères américains) les dépôts à vue. Or, ceci les empêchait d’atteindre leur but — restreindre l’expansion inflationniste du crédit et mettre ainsi fin aux politiques menant aux cycles économiques. En effet, lorsqu’ils ont vu, suite à l’adoption du Bank Charter Act de 1844 (qui établissait que les billets additionnels de la Banque d’Angleterre devaient être à 100% couverts par l’or), que les épisodes inflationnaires ne furent pas empêchés, ils commencèrent à affaiblir leur théorie, au lieu d’admettre leur erreur et inclure les dépôts à vue dans la masse monétaire. Pour plus de détails à ce propos, voir Murray N. Rothbard, An Austrian Perspective on the History of Economic Thought , vol. 2, Classical Economics », ch. 7, « Monetary and banking thought, III: the struggle over the currency school », pp. 225-274.
  6. N.d.T. : la théorie autrichienne des cycles économiques, ou ABCT (Austrian Business Cycle Theory), essentielle pour comprendre notamment les crises actuelles, les « bulles » financières, etc. C’est pour sa contribution à cette théorie que Friedrich Hayek reçut le prix Nobel d’économie en 1974.
  7. N.d.T. : Irving Fisher était par ailleurs partisan de la « monnaie 100% », soit un monopole de la banque centrale sur l’émission monétaire… avec pour mission d’assurer la « stabilité des prix » en créant de la monnaie, en se basant sur un « indice des prix officiels » :

    Personnellement, cependant, je préférerais, en plus des réserves à 100%, un système de gestion monétaire à la Suédoise, basé sur un indice des prix officiels. Combiné au système de réserves à 100% un tel système de gestion nous offrirait un degré élevé de précision dans la stabilisation du pouvoir d’achat du dollar. Irving Fisher, 100% Money, Adelphi Company, New York, 1935.

    Pour une critique des théories monétaires de Fisher et notamment ses indices de prix, cf. Ludwig von Mises, The Theory of Money and Credit, New Haven, Liberty Fund, 1981, Partie III, ch. 6. 12. : « Fisher’s Proposal for a Commodity Standard », ainsi que note 9 supra.

    Fisher était interventionniste sur bien d’autres plans, notamment par son activisme en faveur de la prohibition d’alcool, dont il aura déclaré « la Prohibition sera retenue par l’Histoire comme ayant conduit à l’avènement d’une ère nouvelle, un accomplissement dont cette Nation sera fière à jamais ». Fisher Irving, et al., « The Economics of Prohibition, » American Economic Review: Supplement 17 (March) 5-10, 1927, cité par Mark Thornton, The Economics of Prohibition, 1991, Salt Lake City, University of Utah Press. Ce n’est sans doute pas un hasard si un certain Ludwig von Mises, plus compétent sur les questions monétaires, écrivait, la même année, des choses autrement plus intelligentes sur cette question-ci également :

    Le commerce et la production de boissons alcooliques ont été interdits aux États-Unis. D’autres États ne sont pas allés aussi loin, mais presque partout existent encore des restrictions à la vente de l’opium, de la cocaïne et d’autres stupéfiants. (…) Que tous ces stupéfiants soient nocifs, nous en convenons sans perdre un mot. Nous n’avons pas à débattre ici de la question de savoir si même de faibles quantités d’alcool sont nuisibles ou si seul l’abus des boissons alcooliques nuit à la santé. Il ne fait pas de doute que l’alcoolisme, la cocaïnomanie et la morphinomanie sont de terribles ennemis de la vie et de la santé de l’homme, de ses capacités de travail et de bonheur. C’est pourquoi on leur a donné le nom de vices. Mais il n’est pas pour autant prouvé que les pouvoirs publics doivent intervenir dans la répression de ces vices par des interdictions. Il n’est ni établi de façon évidente que l’intervention des pouvoirs publics soit à même de réprimer réellement ces vices ni que, même si elle pouvait atteindre ce résultat, son intervention ne causerait pas d’autres problèmes encore plus graves que l’alcoolisme et la morphinomanie. Ludwig von Mises, Liberalismus, ch. I. 11 : « Die Grenzen der Regierungstätigkeit », Verlag von Gustav Fischer, Jena, 1927 [traduit en anglais : Liberalism In The Classical Tradition, ch. I. 11 : « The Limits of Governmental Activity »,The Foundation for Economic Education, Irvington, NY, 1985 ; traduit en français : Le Libéralisme, ch. I. 11. : « Les limites du gouvernement », Les essais : Cahiers trimestriels, 1964-1965, L’imprimerie du Delta, Paris.

  8. Pour plus de détails sur l’évolution graduelle de la terminologie, voir Joseph T. Salerno, « Money and Gold in the 1920s and 1930s: An Austrian View »
  9. Voir Ludwig von Mises, The Theory of Money and Credit, New Haven, Liberty Fund, 1981, Partie II, ch. 2, « The Determinants of the Objective Exchange-Value, or Purchasing Power, of Money », pp. 108-169, (N.d.T. : ou la VO allemande : Theorie des geldes und der Umlaufsmittel, Munchen und Leipzig, Ferlag von Duncker & Humblot, 1912, « Die Bestimmungsgriinde desobjektiven Tauschwertes (der Kaufkraft) des Geldes », pp. 107-187), et Friedrich Hayek, Prices and Production, Augustus M. Kelley Publishers, 1967, pp. 99–100 :

    And so, at the end of our analysis, we arrive at results which only confirm the old truth that we may perhaps prevent a crisis by checking expansion in time, but that we can do nothing to get out of it before its natural end, once it has come. In the next lecture I shall be dealing with some of the problems connected with a monetary policy suitable for the prevention of crises. Meanwhile, although so far our investigation has not produced a preventive for the recurrence of crises, it has, I hope, at least provided a guide to the maze of conflicting movements during the credit cycle which may prove useful for the diagnosis of the situation existing at any moment. If this is so, certain conclusions with regard to the methods commonly used in current statistical analysis of business fluctuations seem to follow immediately. The first is that our explanation of the different behaviour of the prices of specific and non-specific goods should help to substitute for the rough empirical classification of prices according to their sensitiveness, a classification based on more rational considerations. The second, that the average movements of general prices show us nothing of the really relevant facts; indeed, the index-numbers generally used will, as a general rule, fail even to attain their immediate object because, being for practical reasons almost exclusively based on prices of goods of a non-specific character, the data used are never random samples in the sense required by statistical method, but always a biased selection which can only give a picture of the peculiar movements of prices of goods of this class. And the third is that for similar reasons every attempt to find a statistical measure in the form of a general average of the total volume of production, or the total volume of trade, or general business activity, or whatever one may call it, will only result in veiling the really significant phenomena, the changes in the structure of production to which I have been drawing your attention in the last two lectures.

    N.d.T. : Sur les trois reproches que Hayek adresse ici aux indices de prix, le plus grave est sans doute le troisième : que l’indice de prix se focalise uniquement sur une évolution agrégée, négligeant nécessairement les distorsions de la structure de production qu’implique la création monétaire, et qui provoquent ce que les économistes autrichiens appellent le « malinvestissement ».

    En fait, l’information la plus pertinente pour les agents économiques est constituée par les prix (non agrégés), y compris et surtout, pour les investisseurs, les taux d’intérêt. Or, une fois que la manipulation monétaire a lieu, ces signaux vitaux deviennent irrémédiablement falsifiés, et les mesures de « l’inflation » tels qu’indices de prix agrégés, censés permettre de distiller les taux « réels » à partir des taux « nominaux » en soustrayant « l’inflation », n’en sont qu’un triste ersatz fourni en guise de consolation par ceux-là même qui ont détruit les conditions d’apparition de l’information pertinente réelle.

    Le deuxième reproche n’est pas anodin non plus, en voici une illustration récente :

    When a product’s price spikes, INDEC takes it out of the CPI (Consumer Price Index, Indice des Prix à la Consommation) basket. “Poor people don’t just keep buying things if their price goes up a lot,” Ms Edwin explains. “They think: I will leave those tomatoes for the rich.” A proper CPI calculation does indeed involve rules for dealing with changes in buying patterns. But the potential for abuse is clear. The Economist, The price of cooking the books, 25 février 2012.

    La non-scientificité et l’arbitaire des indices de prix comme mesure de l’inflation est donc bien un « avantage » expliquant leur popularité et dont les gouvernements inflationnnistes auraient tort de se priver : une mesure non-scientifique et arbitraire est bien plus aisée à falsifier qu’une mesure scientifique objective. Dans le cas de l’Argentine, les mesures non-officielles de l’inflation via l’indice des prix sont ainsi près du double des indicateurs officiels.

  10. George A. Selgin, Less than Zero: The Case for a Falling Price Level in a Growing Economy, p. 13.

    N.d.T. : nous avons rajouté là aussi les guillemets dans notre traduction de Selgin pour donner plus de clarté à la citation sortie de son contexte, lui-même les utilise lorsqu’il introduit le concept, cf. op. cit. supra., pp. 9-10 :

    Beaucoup d’économistes d’aujourd’hui, si ce n’est la majorité, voient un niveau constant des prix des produits, soit une « inflation zéro », comme un but tant théorique que pratique.

    À noter également que des prix constants peuvent aussi, par effet classique de rigidité des prix, traduire plutôt une inflation prenant la forme d’une baisse de qualité, cf. Paolo Pamini, « Quando si paga uguale per ricevere di meno » (Payer pareil pour recevoir moins), Corriere del Ticino, 14 juillet 2015.
    Ajoutons que, puisque, justement, la situation normale d’une économie saine est des prix en baisse, alors une rigidité des prix à la hausse est normale, ne serait-ce que par réticence à accepter une réalité anormale.

  11. Friedrich Hayek, Profits, Interest, and Investment, Augustus M. Kelley, Publishers, Clifton, 1975, pp. 262-263.
  12. Pour une analyse plus détaillée des impacts économiques de l’inflation, voir Murray N. Rothbard, What Has Government Done to Our Money?, « The Economic Effects of Inflation », pp. 51-56.
  13. Ces effets sont inévitables par le fait que nous ne nous trouvons pas dans un monde monétariste (Friedmanien) où l’impact d’une hausse de la quantité d’argent en circulation serait instantané et uniforme, affectant de manière égale tous les prix de l’économie, mais dans une réalité où existe le temps et où la nouvelle monnaie se diffuse donc progressivement, produisant ainsi des effets majeurs de redistribution de richesse dans la société.
  14. N.d.T. : sur la non-scientificité inévitable de toute comparaison interpersonnelle d’utilité et une revue des recherches sur le sujet, voir Jan Krepelka, « Public Goods and Private Preferences: Are They Reconcilable? », 2.1., « The impossibility of interpersonal utility comparisons ». À noter que c’est un autre économiste tchèque, František Čuhel, qui a été le premier a fournir une critique autrichienne, dévastratrice, de la théorie des utilités cardinales et des comparaisons interpersonnelles d’utilité. Cf. Josef Šíma, « Les Tchèques et les idées autrichiennes », in Histoire du libéralisme en Europe, éd. Philippe Nemo et Jean Petitot, PUF, Paris, 2006, p. 1270 ; Jörg Guido Hülsmann, Mises: The Last Knight of Liberalism, 2007, pp. 218-219.
    Rothbard parlera même de la « théorie Cuhel-Mises de l’utilité marginale ordinale ». Murray N. Rothbard, « Foreword to The Theory of Money and Credit by Mises », 1981.
  15. N.d.T. : pour préciser la pensée de l’auteur, nous pouvons distinguer :
    • la politisation du problème, soit le fait que, vu les points précédents, une importance démesurée est accordée à l’indice des prix, ce qui crée alors une opinion publique favorable à des mesures « anti-déflationnistes » ;
    • l’effet cumulatif, soit le fait que les interventions justifiées sous ce prétexte créent de nouveaux problèmes (réels), qui pourront alors être réinterprétés en tant que « déflation » (ou risque de « déflation »), et servir de prétexte à de nouvelles interventions, et ainsi de suite dans ce que Mises décrivait déjà comme un cercle vicieux de l’interventionnisme.

    Cf. aussi à ce propos Jörg Guido Hülsmann The Cultural and Political Consequences of Fiat Money, 20 novembre 2014.

  16. Ludwig von Mises, Human Action, chapitre XVII, « Indirect Exchange », « 6. Cash-Induced and Goods-Induced Changes in Purchasing Power ».
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  • Il ne faut pas oublier que déflation (au sens moderne) et rigidité des niveaux de salaires entraine des problèmes de compétitivité à court/moyen terme là ou la productivité n’a pas changé. Les solution anti-déflationniste sont pire car les augmentation de productivité des uns finance la stagnation des autres ( problème de compétitivité à long terme de toute une zone)

    l’abandon des politiques anti-déflationniste doit aller de pair avec l’abandon des salaires-cliquet afin de permetre au marché de fonctionner correctement.

  • Dans une économie non manipulée, l’augmentation ou la diminution des prix de certaines marchandises ne sont pas un problème mais au contraire une solution à des déséquilibres. Si un marchandise vient en effet à manquer, l’augmentation de son prix va freiner sa consommation (et inciter à augmenter la production) et sa diminution va au contraire encourager la consommation. Bref c’est un mécanisme stabilisateur qu’il ne faudrait pas entraver.
    Ce qu’il faut bien voir c’est qui profite de l’inflation. Les acteurs privés ordinaires n’en profitent que rarement car l’inflation se traduite pour eux par un renchérissement nominal de l’emprunt (le particulier n’arrive jamais à emprunter à un taux inférieur à l’inflation sauf si celle ci remonte fortement de manière imprévue après qu’il ait souscrit un emprunt). En revanche les états en profitent beaucoup plus car cela déprécie leurs dettes, dettes qu’ils ont souvent fait en bénéficiant de tarifs préférentiels car les règlements sont taillés sur mesure pour que banquiers assureurs et caisses de retraites soient obligés de détenir des OAT. L’inflation est donc souhaitée par les états car c’est un impôt supplémentaire qu’ils n’ont pas à assumer contrairement à un impôt bien visible qui déclenche des phénomènes de ras le bol.
    L’effet économique bénéfique de l’inflation hausse des prix est loin d’être démontré. La consommation globale d’une société est d’ailleurs la somme de la consommation de produits ayant atteint la maturité (prix décroissants et marché de renouvellement) et de produits nouveaux initialement assez chers mais qui ne peuvent être fabriqués que grâce aux moyens libérés par une fabrication plus efficace des anciens produits ces moyens génèrent alors d’autres revenus qui permettent de conserver un bilan production/consommation équilibré mais à un niveau plus haut. Si le cout des anciens produits ne baisse pas, les nouveaux produits n’émergeront pas. Bref, la situation idéale serait un mélange d’inflation et de déflation selon les produits et bien sur un interventionnisme plus réduit pour que les ajustements puissent se faire et pour que le poids des impôts (incluant les bénéfices indus que procure l’inflation aux états) ne dissuade pas des productions supplémentaires.

  • Il me semble qu’il y a une contradiction évidente dès les premiers paragraphes de votre articles. On ne peut agréer MIses lorsqu’il dit que « ce que bon nombre de personnes appellent aujourd’hui inflation et déflation ne sont plus respectivement la hausse et la baisse de la quantité de monnaie, mais leurs conséquences inexorables, soit la tendance générale vers une hausse ou baisse des prix des biens de consommation et des salaires » et en même temps dire que « Un premier problème insurmontable est constitué par le degré d’arbitraire de la définition de tout panier du consommateur, nécessaire à l’établissement d’un indice des prix (par exemple des prix à la consommation). Il n’existe aucun moyen satisfaisant qui permettrait de construire le bon indice, et ainsi mesurer l’inflation. Comment dès lors distinguer et déterminer quelle émission monétaire est encore « non-inflationniste » et laquelle est déjà « inflationniste » ? Nulle méthode (scientifique) satisfaisante ne peut être trouvée, par nature même du problème ». Si la hausse des prix est générale et « inexorable » en cas de création monétaire, on doit pouvoir le voir quel que soit le panier. Vous devez choisir entre les deux.

    Dernière chose, A. Aftalion a montré empiriquement qu’évolution de la masse monétaire et évolution des prix n’étaient pas corrélés. Voire même que s’il y a corrélation c’est dans le sens inverse : c’est l’évolution des prix qui agit sur l’évolution de la masse monétaire, un exemple, l’hyperinflation allemande.

    • Il n’y a aucune contradiction entre « tendance générale » et « degré d’arbitraire » contre « méthode (scientifique) ». La question n’est pas de le « voir » mais de le mesurer. Le « degré d’arbitraire » se retrouve déjà dans des choix comme Paasche vs Laspeyres, etc. Et bien entendu, d’autres facteurs que la masse monétaire peuvent influencer les prix. Et si un indice me dit « prix stables », outre le fait que d’autres disent peut-être le contraire, comment savoir si ça correspond à une inflation contrebalancée par d’autres facteurs, ou bel et bien une inflation nulle ? Donc oui, on peut avoir une « tendance générale » qui existe et passe inaperçue dans les indices, ou au contraire, qui existe mais est sous-évaluée ou masquée par les indices.

      « c’est l’évolution des prix qui agit sur l’évolution de la masse monétaire » ça a l’air rigolo votre histoire, ça marche comment ? Je décide d’augmenter le prix des chaussettes qui sortent de mon usine, et pouf le lendemain des liasses de leurros tombent du ciel ?

      • votre distinction entre « voir » et « mesurer » est du pinaillage. Soit remplacer « voir » par « mesurer » dans ce que j’ai écrit. Si vous considérez qu’il y a une grave diférence, n’hésitez pas à me l’expliquer pour éviter une telle méprise.

        Ce qui me choque c’est qu’on ne peut citer un auteur qui explique que l’inflation de la masse monétaire entraîne inexorablement une tendance générale à la hausse des prix et en même temps expliquer qu’il n’existe pas de manière de mesurer une évolution générale des prix.

        Qu’est-ce qu’on entend par »général » ? Est-ce TOUS les prix ? Est-ce certains ? Le premier cas serait le plus cohérent notamment pour un individualiste méthodologique qui devrait se méfier du terme « général », mais dans ce cas pourquoi employer le terme « général » ? Et surtout la réalité ne correspond pas. Ou alors comme vous le dites, il faut choisir ce qu’on prend comme référence, est-ce arbitraire ? Pas forcément. Si le prix d’un sac de luxe baisse quand tous les autres augmentent, serait-ce arbitraire de parler d’inflation ? Il faudrait être un peu tordu, non ?

        Mais quoi qu’il arrive : ou bien « général » signifie « universel » donc une hausse de la masse monétaire entraîne une hausse de tous les prix (c’est l’hélicoptère de Friedman), ou bien certains prix augmentent et d’autres non, mais dans ce cas, comment parler de hausse « générale » sauf à choisir « arbitrairement » comme vous le dénoncez.

        • Oui il y a une différence. La position de Mises est très simple : 1) la terminologie correcte, c’est inflation = inflation de la masse monétaire. On peut le mesurer de manière objective : si j’ai 100 pièces de 1 leurro dans l’économie aujourd’hui et demain j’en ai 110, alors il y a eu inflation de 10%, c’est simple et objectif. Si en revanche je prétends mesurer la hausse des prix, alors je peux très bien « voir » qu’il y en a une « générale » mais ça ne me permettra en rien d’arriver au même chiffre, selon sur quoi je me base.

          2) L’autre définition, une « tendance générale à la hausse des prix », est incorrecte, forcément vague, sans mesure objective, etc, justement.

          3) La hausse des prix est inexorable — ceteris paribus. Encore une fois, une hausse des prix peut-être contre-balancée et donc masquée par d’autres facteurs.

          Donc oui, on a bien une « tendance générale » qu’on ne peut pas mesurer, et c’est bien pour ça, justement, comme le défendent Mises et l’auteur, qu’il faut revenir aux définitions correctes, donc d’une inflation mesurable objectivement.

          • je suis navré mais parler de tendance générale qu’on ne peut mesurer, cela ne veut rien dire pour moi. A un moment lorsqu’on parle de mesure on parle de mathématiques et je sais que cela déplaît à Mises et aux libertariens qui refusent la rigueur.

          • l’inflation « originelle » c’est une hausse de la masse monétaire. Mises explique que cela entraîne « inexorablement une tendance générale à la hausse ». Donc ou bien on est dans le flou complet et c’est embêtant. Dans ce cas faites- l’exégèse et ne vous contentez pas de citer, ou bien cela signifie que tous les prix augmentent, ou bien cela signifie que les indices augmentent (pb, Mises n’aime pas les indices).

            Apèrs on peut toujours expliquer que les prix même s’ils baissent ou restent constants malgré une inflation monétaire c’est parce qu’il « y a d’autres facteurs », mais cela ressemble fortement à une dérobade, non ?

            Revenir aux définitions originelles, certes, mais dans ce cas n’en tirons pas des conséquences incorrectes/.

      • concernant le relation de causalité qui semble vous posez problème/

        Le point central est le refinancement des banques. Si les prix augmentent (pour des raisons diverses : hausses des prix à l’importations, perte de confiance dans la monnaie notamment), les banques doivent se refinancer pour subvenir aux besoins monétaires aussi bien à court terme qu’à long terme, d’où création monétaire de la BC; si vous regardez précisément l’évolution hausse des prix et hausse de la masse monétaire vous verrez un décalage. Sinon, regardez comment s’est résolue la crise hyperinflationniste, à aucun moment il y a eu destruction monétaire massive , simplement un retour à la confiance dans la nouvelle monnaie créée.

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