Poutine impose l’ordre russe au Moyen-Orient

Kremlin by Larry Koester(CC BY 2.0)

Les dernières évolutions en Syrie montrent que la Russie impose sa vision du monde aux États-Unis et à l’Arabie Saoudite.

Par Éric Verhaeghe

Kremlin by Larry Koester(CC BY 2.0)
Kremlin by Larry Koester(CC BY 2.0)

 

Poutine est-il le véritable maître du monde ? Les dernières évolutions en Syrie montrent, en tout cas, que la Russie est parvenue à imposer sa vision du monde aux États-Unis et à l’Arabie Saoudite. Derrière les vociférations anti-Poutine des médias subventionnés, c’est bien une défaite en rase campagne que l’Occident vient d’essuyer en Syrie.

Poutine a finalement sauvé Assad

On se souvient que Barack Obama n’avait, en Syrie, qu’une seule idée en tête : remplacer Bachar Al-Assad par un régime sunnite piloté depuis l’Arabie Saoudite. Dans sa vision diplomatique digne des plus grands rois de France et du général De Gaulle, François Hollande avait d’ailleurs épousé cette même vision, stimulé par quelques ventes de Rafale aux États du Golfe.

Les mauvaises langues soutiennent d’ailleurs que les États-Unis et la France n’ont pas hésité à armer l’État Islamique, à ses débuts, pour tailler des croupières au président syrien. Là encore, cette politique très inspirée a permis de nourrir un monstre qui a fini par arracher les barreaux de sa cage.

Hier soir, le Conseil de Sécurité a voté une résolution prévoyant des pourparlers de paix entre Assad et l’opposition, sauf les mouvements terroristes. Si, officiellement, la Russie se dit ouverte à un départ d’Assad après une période transitoire, les États-Unis et la France ont manifestement abandonné le préalable, posé jusqu’il y a encore quelques semaines, d’un départ de Bachar.

Poutine piétine l’Arabie Saoudite

Depuis plusieurs semaines, John Kerry s’agite à Vienne pour recoller les morceaux entre tout le monde. Cette agitation a donc servi à quelque chose : la voie est ouverte pour un règlement négocié à la question syrienne. En même temps, elle illustre la perte d’influence de l’Occident au Moyen-Orient : les États-Unis veulent négocier avant que la Russie n’ait définitivement imposé, sur le terrain, un rapport de force qui lui est favorable et qui permette de rétablir le régime d’Assad par une défaite militaire complète de « l’opposition ».

Le grand perdant de cette opération est évidemment l’Arabie Saoudite, qui tente désespérément de sauver ses billes sur le terrain. Non seulement les Saoudiens ont cherché à unifier l’opposition syrienne hors Daesh en organisant une conférence à Ryiad, mais ils ont tenté de monter une alliance militaire islamiste de bric et de broc pour résister à la reprise en main du territoire par l’armée syrienne épaulée par les Russes.

Pour Poutine, la prochaine étape consiste bien entendu à étouffer les mouvements islamistes soutenus par l’Arabie Saoudite et la Turquie pour créer un rapport de force totalement favorable sur le terrain et ainsi mieux négocier. La manoeuvre est triple. Premièrement, l’aviation russe bombarde sans relâche l’opposition syrienne (il semblerait que 80% des raids russes les visent, 20% seulement visent Daesh). Deuxièmement, les négociateurs russes et iraniens ont d’ores et déjà indiqué qu’ils refuseraient que les mouvements terroristes islamistes participent aux négociations de paix. Cet anathème devrait notamment viser le mouvement Ahrar al Cham qui a jugé que la conférence de Ryiad n’avait pas assez mis en avant « l’identité musulmane » du peuple syrien, et qui est le mouvement le plus puissamment armé sur le terrain. Troisièmement, la Russie devrait couper les bases arrière de ces mouvements en exigeant la fermeture de la frontière turco-syrienne.

Poutine profite de l’affaiblissement militaire de Daesh

Ces évolutions n’auraient évidemment pas été possibles sans un affaiblissement militaire manifeste de Daesh.

L’État Islamique vient de rater coup sur coup deux contre-attaques lancées récemment. L’une avait lieu dans le nord du pays. Ce sont les Kurdes qui l’ont repoussée. L’autre avait lieu du côté irakien, à Ramadi.

Après avoir semé la destruction partout où il est passé, notamment à Mossoul où toute présence chrétienne a disparu, l’État Islamique commence à envisager sérieusement sa défaite totale. Son installation à Syrte, en Libye, est bien connue. Face à la possible résistance occidentale à cet essaimage, il commence à préparer le terrain en Afghanistan.

Tout ceci annonce donc un balayage en beauté et explique largement que, face à la débâcle de l’EI, manifestement appauvri, l’alliance contre-nature arabo-occidentale cherche à négocier rapidement une sortie par le haut face à un Poutine qui avance sur le terrain et menace de ruiner tous les efforts anti-Assad menés depuis cinq ans.

Poutine face à l’Europe

Dans ce contexte d’évidente victoire russe, l’Europe joue les vassaux des États-Unis. L’Union a annoncé l’absurde prorogation des sanctions économiques contre la Russie dans l’affaire ukrainienne. Rappelons que ces sanctions frappent durement la filière viande française au profit des filières allemande, irlandaise et hollandaise. Mais le poids de l’agriculture française ne semble pas préoccuper le gouvernement français. Seuls les Italiens cherchent à tempérer la lutte anti-russe en Europe.

L’Allemagne a d’ailleurs décidé de pousser son avantage dans les relations avec la Russie, en proposant la réalisation du gazoduc North Stream, qui lui profite, après avoir bloqué le projet South Stream, qui profitait à l’Italie.

Le naufrage français grâce à Hollande

Pour François Hollande, cette trame d’événements constitue un naufrage complet. Non seulement il n’est pas parvenu à monter sa coalition anti-Daesh, mais la France n’existe plus en Europe sur le dossier russe.

Nous sommes décidément tombés bien bas.

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