La sécurité du Canal de Suez sur le fil du rasoir ?

Canal de Suez credits Brigitte Djajasasmita (CC BY-NC-ND 2.0)

Le canal de Suez pourrait être la prochaine cible de l’État islamique.

Par Sophie Quintin-Adali.

Canal de Suez credits Brigitte Djajasasmita  (CC BY-NC-ND 2.0)
Canal de Suez credits Brigitte Djajasasmita (CC BY-NC-ND 2.0)

Suite au crash du vol MetroJet 9628, qui serait dû à une bombe terroriste d’après les preuves recueillies, l’affirmation du Président égyptien selon laquelle le militantisme islamique dans la péninsule du Sinaï est totalement sous contrôle est ébranlée. Cela pose maintenant la question de la sécurité du canal de Suez, un chemin maritime clé pour le commerce mondial.

Depuis 2013, les autorités égyptiennes ont fait leurs priorités du combat contre le militantisme islamique et du rétablissement économique. L’attaque terroriste au-dessus du Sinaï a porté un coup rude à ces deux objectifs.

La mort de ces touristes innocents est avant tout une tragédie pour la Russie mais c’est également un désastre pour l’ensemble des Égyptiens. Le tourisme, qui représente 12,8% du PIB égyptien et emploie 2,9 millions de personnes, est vital à l’économie du pays.

Malheureusement, l’optimisme prudent exprimé plus tôt cette année, selon lequel ce secteur pourrait se rétablir et croître de nouveau après des années d’instabilité, a été anéanti.

Le prochain objectif important de l’EI pourrait-il être le joyau au cœur du plan de développement économique du gouvernement, c’est-à-dire le canal de Suez nouvellement élargi ?

Si les attaques terroristes maritimes restent relativement rares en comparaison des attaques terrestres, le risque n’est pas uniquement théorique. La frappe d’Al Qaida contre l’USS Cole dans les eaux yéménites en 2000 a mis en lumière l’intégration des opérations maritimes dans la stratégie du groupe pour déstabiliser l’Occident. Le canal, construit par le visionnaire français Ferdinand de Lesseps, est une icône du commerce mondial et de la modernité. C’est donc le type de cible symbolique que l’EI cherchera à frapper.

En effet, depuis son ouverture en 1869, le canal ne façonne pas seulement l’évolution du commerce maritime. Tout au long de son histoire, la route stratégique reliant l’Europe à l’Asie a également été façonnée par la maritimisation de l’économie mondiale. Avec 8% du trafic maritime mondial passant par ce goulot d’étranglement, une attaque, ayant pour conséquence le naufrage d’un navire ou des pertes importantes sur un bateau de croisière, impacterait sérieusement l’économie mondiale.

Parce que son exploitation par l’Égypte joue un rôle vital dans les flux mondiaux d’énergie, le marché de l’énergie serait également perturbé par une fermeture temporaire, le canal étant alors remplacé par un détour autour du Cap de Bonne Espérance pour les livraisons.

En 2013, un cargo chinois transitant par le canal coupant à travers le désert (longueur de 193 km, largeur maximum de 345 m) a été frappé par des grenades autopropulsées. Un complot pour planter des bombes autour de ce cargo a aussi été déjoué. Les mesures de sécurité ont depuis été renforcées mais la nature complexe du commerce maritime (transport par containers) et du processus de transit lui-même (temps d’attente à l’ancre, vitesse faible) engendrent de nombreux points faibles qui peuvent être exploités.

L’attaque missile sur un bateau de la patrouille navale le long de la côte nord du désert du Sinaï quelques jours avant la cérémonie d’inauguration de l’expansion du canal en août dernier laisse à penser que le groupe terroriste islamique commence à porter son attention sur des environnements maritimes. En outre, des experts alertent de manière répétée sur le fait que des armes puissantes issues de l’arsenal libyen pourraient tomber un jour entre les mains de groupes terroristes.

L’industrie du transport lance systématiquement des messages rassurants mais, à huis-clos, les inquiétudes sont réelles. Peter Cook, Président de l’Association de Sécurité de l’Industrie Maritime basée à Londres, prévient que « la sécurité du canal de Suez est maintenant sur le fil du rasoir ».

Avec la Libye, la Syrie, l’Irak et le Yémen qui continuent à tomber dans l’anarchie, les chances de s’en sortir de l’Égypte s’amenuisent et les risques sont de plus en plus élevés partout dans le monde. Les attaques meurtrières à Paris étaient un autre rappel que la menace de l’EI à l’encontre de notre système économique mondialisé est réelle et doit être confrontée.


Article publié également en anglais dans le quotidien turc Hürriyet Daily News.

Lire sur Contrepoints notre dossier Attentats à Paris