Il n’y a plus d’armes contre les bactéries multirésistantes

La résistance aux antibiotiques pourrait bien être un problème majeur dans les années à venir.

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
NIAID-methicillin-resistant staphylococcus aureus(CC BY 2.0)

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Il n’y a plus d’armes contre les bactéries multirésistantes

Publié le 23 novembre 2015
- A +

Par Jacques Henry

NIAID-methicillin-resistant staphylococcus aureus(CC BY 2.0)
NIAID-methicillin-resistant staphylococcus aureus(CC BY 2.0)

 

« Un temps arrivera quand la pénicilline pourra être achetée par n’importe qui dans les magasins. Alors il y aura un danger car l’ignorant pourra facilement se traiter avec de petites doses et exposant ses microbes à des doses non létales, ces derniers deviendront résistants ». — Alexander Fleming, lecture Nobel, 1945

L’antibiotique de « dernier recours » dont les hôpitaux disposaient encore pour tenter de sauver des malades atteints de graves infections par des bactéries multirésistantes est devenu inefficace. Il s’agit d’une polymyxine appelée colistine qui était encore active, car depuis près de 50 ans elle n’était plus utilisée en raison de sa toxicité. On l’a ressortie des tiroirs pour les traitements d’infections réfractaires à toutes les autres molécules connues mais par un effet du hasard, qui n’en est pas un comme on va le découvrir, une multitude d’autres bactéries outre le MRSA, le vilain staphylocoque doré multirésistant et bien d’autres bactéries sont devenues finalement résistantes à la colistine et vont se répandre partout.

Il faut peut-être mettre les points sur les i s’il en est encore temps… Malgré le fait que cet antibiotique ait été abandonné parce qu’il n’a jamais été recertifié selon les critères modernes – sa découverte remonte au début des années cinquante – et également parce qu’il est toxique pour les reins, il s’en produit, tenez-vous bien, 14 000 tonnes par an pour un usage exclusivement vétérinaire. On s’est aperçu en effet que si on administre cet antibiotique par exemple aux porcs dans les élevages intensifs comme en Chine, le premier consommateur de porc du monde, ces animaux grossissent plus rapidement. Comment ne pas comprendre qu’une telle pratique pourtant autorisée par les services vétérinaires chinois accélère la sélection des bactéries vers une résistance.

Le fait nouveau en ce qui concerne la colistine est que l’acquisition de la résistance à cet antibiotique était jusqu’alors chromosomique, c’est-à-dire qu’elle ne pouvait pas se transmettre à d’autres bactéries. Jusqu’à cette découverte de la transmission à d’autres bactéries : on parle alors de transmission horizontale. Le gène de résistance n’est plus chromosomique mais présent dans un petit ADN circulaire appelé plasmide qui est facilement transmissible à n’importe quelle autre bactérie par simple contact.

Les autorités sanitaires chinoises ont été prises de court par ce fait nouveau. Des analyses ont montré que des bactéries communes mais potentiellement dangereuses comme Escherichia coli, avaient acquis ce gène de résistance : 166 souches sur les 804 analysées après prélèvement sur des porcs. Pire encore, sur 523 échantillons de viande crue, 78 souches ont été identifiées comme résistantes aux polymyxines. La résistance a déjà atteint les hôpitaux de Guangzhou. 16 souches de E.coli et de Klebsiella pneumoniae résistantes à la polymyxine ont été repérées sur 1322 malades !

Le pire est à venir : cette résistance nouvelle amplifie le gène appelé NDM-1 qui code pour une enzyme du nom de New Delhi metallo-beta-lactamase-1 et rend les bactéries quasiment résistantes à tous les antibiotiques connus dont les carbapenems. Par exemple des souches de Pseudomonas aeruginosa, une bactérie opportuniste qui provoque de nombreuses infections, ont également été détectées en milieu hospitalier comme résistantes aux polymyxines dont la colistine.

Alors qu’on nous terrorise avec le changement climatique, ne faudrait-il pas agir dès à présent sur le risque bien plus terrifiant que constitue l’usage d’antibiotiques dans les élevages ? Car il s’agit d’une menace mondiale pour la santé, pas seulement en Chine mais également en Europe, en Amérique du Nord ou encore en Australie. Tous les animaux d’élevage sont concernés, y compris les truites et les saumons !

Source : Wired

Sur le web

Voir les commentaires (23)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (23)
    • Oui mais les bactériophages sont quasiment « espèce spécifique » alors que les antibiotiques ont souvent une action plus vaste. Ce qui signifie qu’á moins de trouver très vite la souche qui vous rend malade, vous serez mort avant d’avoir pu avoir un cocktail efficace de bactériophages.

    • il n’empêche que gaver les animaux d’élevage d’antibiotiques en préventifs (ou autre) ne pouvait qu’aboutir à ce résultat !

  • Que Dieu nous aide, à nous réveiller à traiter ce problématique et donner des idées.

  • Voir les très intéressants travaux du Professeur Didier RAOULT à Marseille qui montrent sur des critères scientifiques que le taux de résistance des staphylocoques dorés sont passés de 37 % il y a 10 ans à 13 % aujourd’hui. Il semble d’après lui que les diminutions et l’arrêt des prescriptions vétérinaires y soient pour beaucoup.

  • De nombreux vaccins comportent au moins des traces d’antibiotiques notamment de néomycine…

      • Et c’est un des moyens d’induire la résistance ou sensibilisation …. d’où la suppression de la pharmacopée de nombre de pommades antibiotiques.

        • qu’un vaccin contenant des traces d’antibiotiques induisent une sensibilisation: mouais…, une réaction allergique chez un sujet déjà sensibilisé: ok, mais des résistances comme on peut le voir avec des pommades antibiotiques: surement pas.

          • J’ai utilisé de la pommade à l’érythromycine pour un problème de peau. Malgré quelques coupures et autres, je suis encore vivant… Et plus de boutons grâce à la vitamine D.

  • Pourquoi « pourraient » ????
    Le problème est plus qu’évident et depuis des lustres …
    « ON » va ostraciser le médecin qui va prescrire un antibio sur une angine virale mais « ON » ne fait rien sur les quantités astronomique d’antibio utilisée en alimentation animale … les cyclines en particulier.

    Ceci s’appelle pudiquement « compléments alimentaires » ayez la curiosité de lire sur le sac ….

  • L’agent colloïdal ou certaines huiles essentielles peuvent constituer un début de solution…

  • Restons calme. La médecine ne peut rien contre la mort. on va tous mourir (on le savait déjà …). Un peu plus d’infection ; un peu moins d’autres choses. Mais pas plus qu’avant.

  • bien , et vous avez quoi a vendre parce que , moi , le dernière fois où j’ai eu besoin d’un antibiotique…je ne m’en souviens même pas …surement des lymphocytes mutants !!

  • Tb article . Et pendant ce temps la, les chefs d’Etat vont plastronner à la Cop21 et on bassine nos pauvres enfants en boucle sur le « changement climatique » . Ces mêmes petites têtes blondes ou brunes dont la santé est de plus en plus défaillante : allergies , infections diverses et variées dont ils ne peuvent se sortir sans médocs .
    La vérité est qu’une part non négligeable de la population vit sous dépendance de médocs, je serais assez curieuse d’avoir le poucentage . Une petite guerre la dessus et hop , les verts pourront se réjouir , il y aura un sacré ménage dans les rangs des humains , et sans tirer un seul coup de fusil .

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Par Daniel Lacalle.

Les chiffres macro-économiques les plus récents montrent que le ralentissement chinois est beaucoup plus sévère que prévu et qu'il n'est pas seulement imputable aux confinements liés au Covid-19.

Les confinements ont un impact énorme. 26 des 31 provinces de Chine continentale connaissent une augmentation des cas de covid et la crainte d'un confinement de type shanghaien est énorme. Les informations en provenance de Shanghai prouvent que ces fermetures drastiques causent d'énormes dommages à la population. Des... Poursuivre la lecture

Par Robert Guiscard.

Le Club de l'économie du Monde se propose de faire débattre décideurs et "experts" sur les grandes mutations économiques. Quels traits constitutifs se dégagent de leur Cité idéale ?

Trois aspects semblent se dessiner : la souveraineté européenne et numérique, la transition écologique et enfin des conceptions économiques originales sur la dette, l’inflation ou la dépense publique que je regroupe sous le terme de nouveaux économistes.

Malheurs de la souveraineté : l'autarcie et la citadelle assiégée

Sur... Poursuivre la lecture

croissance chinoise
0
Sauvegarder cet article

Depuis mon article « Quand la Chine s’effondrera » paru dans Les Échos en 2014, le contexte a beaucoup changé et l’admiration excessive pour la réussite chinoise a fait place à une crainte grandissante des Occidentaux face à cette superpuissance. Pourtant les fragilités de l’économie chinoise, que je soulignais alors, se sont en partie concrétisées et, à mon avis, ce n’est pas fini…

Pourquoi la croissance chinoise est en panne 

Au début des années 2010, il apparaissait déjà qu’une partie des grands travaux chinois étaient ar... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles