Heureusement, la concurrence nous sauve du méchant capitalisme

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
médicaments credits image money (licence creative commons)

La liberté d’expression n’est pas gratuite!

Mais déductible à 66% des impôts

N’oubliez pas de faire un don !

Faire un don

Heureusement, la concurrence nous sauve du méchant capitalisme

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 29 octobre 2015
- A +

Mi-septembre, la presse découvrait, choquée jusque dans les tréfonds de son âme, que le capitalisme débridé pouvait pousser certains patrons à augmenter les prix d’un médicament de 5000% et qu’il n’existait aucun moyen de l’obliger à baisser ses prix et, éventuellement, de lui briser les rotules même sur le plan purement métaphorique, parce que ce qu’il faisait était parfaitement légal.

Sans surprise, les médias français n’avaient pas hésité à relayer l’abominable histoire, si illustrative des dérives du capitalisme débridé et dérégulé qui sévit bien sûr outre-Atlantique dans ce berceau de l’anti-collectivisme primaire (forcément primaire).

drogues - souvenez vous les enfants elles sont super chères

En substance, profitant du rachat d’une petite entreprise pharmaceutique, le patron, un certain Martin Shkreli, avait augmenté de 3,50 dollars à 750 dollars le prix de la pilule de Daraprim, un médicament utilisé pour la lutte contre certains protozoaires sanguins comme la toxoplasmose, le paludisme, la leishmaniose. Le fourbe capitaliste n’en était pas à son coup d’essai puisqu’il avait déjà, en 2011, procédé de la même façon pour un autre médicament lors du rachat d’une autre société, Rétrophin, dont le conseil d’administration n’avait guère goûté ses méthodes et avait fini par le débarquer.

La révélation avait largement entraîné le lot de partages Facebook et Twitter expliquant dans quelle mesure ce patron était un parfait salaud d’exploiter ainsi la maladie de certains individus et d’en tirer un si juteux profit alors qu’il n’avait, en réalité, rien fait pour développer le médicament. Cependant, si les jugements moraux s’épanchèrent sans problèmes dans les pleuroirs sociaux officiels, il n’y aura pas eu beaucoup d’analyse de fond du problème, des rapports incestueux entre la FDA et les prix de marché des médicaments outre-Atlantique, ni beaucoup de billets pour noter que le médicament en question ne disposait plus du moindre brevet.

Notons tout de même l’exception heureuse d’un billet paru sur Contrepoints et qui remettait quelque peu les pendules à l’heure, en rappelant qu’au vu des contraintes nécessaires à la vente d’un équivalent générique aux États-Unis, qualifier le marché de la santé américain de non-régulé est un déni de réalité profond, voire une vaste bouffonnerie qui n’étonnera que le lecteur inattentif de la presse subventionnée française.

Presse subventionnée qui, si elle fut la première sur le pont à cracher sur le patron en question, oubliera totalement de faire son travail lorsqu’une concurrence apparaîtra. Il faut dire que la distribution de bons points et de moraline en barils est devenue une spécialité que beaucoup de journalistes ont bien du mal à dépasser.

Et quand je parle de concurrence, ce n’est pas innocent.

Hollande fucking loves cocaineEn fait, un mois après la hausse de prix stratosphérique (et économiquement idiote) imposée par Shkreli, on découvre qu’une société entend maintenant fournir une alternative bon marché aux pilules devenues inabordables : Imprimis Pharmaceuticals, de San-Diego, qui établit les préparations magistrales pour des patients individuels, a expliqué récemment qu’elle allait fournir les composés actifs du Daraprim (la pyriméthamine et l’acide folinique) à raison de 99 dollars pour un flacon de 100 capsules.

Oui, vous avez bien lu, contre une méchante firme capitaliste apatride dévoreuse de chatons communistes et de malades de la malaria, une solution simple a été trouvée assez rapidement (en un mois), par le marché lui-même : la concurrence d’une autre firme, elle aussi bêtement capitaliste et attirée par les profits évidents qu’une clientèle avide d’économies ne manquera pas de lui procurer. Ce serait presque caricatural si ce n’était réel, mais il faut le redire : le meilleur outil contre le capitalisme reste le capitalisme lui-même, qui démontre encore une fois qu’il se régule très bien tout seul. Il faut aussi insister sur l’évidence que le problème ne se serait pas posé en premier lieu si les procédures de production d’un médicament n’étaient pas déjà relativement complexes, et si la production d’un générique n’était pas rendue presque impossible par, justement, une régulation tous azimuts, soit l’exact opposé de ce que le marché a trouvé comme solution fonctionnelle…

CorporatismeDe façon d’ailleurs parfaitement ironique, c’est aussi le marché qui trouve les moyens opérationnels de contourner le déluge de régulations parfois invraisemblables, dont une bonne partie répond avant tout à des motivations purement corporatistes ou protectionnistes, au détriment des patients et, plus généralement, des consommateurs, depuis le malade jusqu’au médecin en passant par les assurances et les systèmes de santé massivement étatisés, qui doivent supporter de façon directe ou indirecte tous les surcoûts engendrés mécaniquement par ces empilements légaux, bureaucratiques et « régulatoires ». Eh oui : les marchés noirs médicamenteux sont la conséquence directe des dérives non pas du marché libre, qui n’existe pas en réalité, mais bien des marchés massivement régulés qu’on subit dans toutes les économies occidentales actuellement.

Et le pompon est qu’en plus, ces marchés alternatifs fournissent une qualité de service largement suffisante aux besoins pratiques des malades et des consommateurs, à des prix bien plus faibles que ceux des marchés officiels, régulés, comme l’expose très clairement cet article de Vice.

En définitive, il est assez peu probable qu’on parle en France de l’arrivée d’une concurrence aux pilules à 750$ pièce de Shkreli, ou qu’on en fasse les mêmes charrettes que lorsqu’il s’est agi de dénoncer, la morale en bandoulière, les agissements du patron sans scrupules. Idéologiquement, cette arrivée rapide d’une solution indépendante de l’État, qui illustre par l’exemple les bienfaits de la concurrence, ce n’est guère jugé vendable.

Ne vous attendez donc pas à un torrent de partages Facebook ou à une avalanche de tweets joyeux pour annoncer que la concurrence capitaliste nous sauve une fois encore du méchant capitalisme.

capitalism
—-
Sur le web

Voir les commentaires (19)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (19)
  • 99$ les 100. Une bonne affaire me semble-t-il pour le vendeur, puisque avant le Fansidar se vendait à 128$ le paquet de 180 et le Malocide, deux fois plus dosé, 13.76E la boite de 20.

  • « C’est bon pour la concurrence » : c’est exactement ce que je me suis dit en lisant cette info pour la première fois :p

  • Bonne nouvelle pour tous ces gens, et nul besoin de l’Etat.

  • Le laissez-faire keynésien est toujours moins simple qu’on peut avoir envie de croire. Cet appel à la dérégularisation, que constitue cet article peut peut-être être nuancé par des contre-exemples, pas besoin d’aller chercher loin. Entre les ententes cordiales, TAFTA, les trusts, les dérives agro-alimentaires, l’obsolescence programmée, etc. je pourrais faire une liste longue, très longue.

  • Tout ça est bien dit et bien vrai.
    Il aura quand même fallu qu’on casse les rotules de Rockfeller avec l’acte Sherman
    et qu’on mette un coup de coude dans le foi de Gates suivi d’un direct à la machoire en démantèlant Microsoft.
    Pour que la profitable concurence capitalistique puisse s’exprimer.

    Curieusement ces deux dirigeants se sont mis « dans le caritatif »

    D’une certaine façon Apple devrait se féliciter de ses chicaneries avec Samsung, ça lui fait un concurrent.

    Et Google ferait bien de se garder à gauche (Bien sur) et à droite.

    Pour VW on s’en occupe

  • et faut pas oublier qu’une des tares du système alternatif au capitalisme, reniant le marché, souffre de ne pas Etre capable de définir le prix de quoi que ce soit….

  • Pas étonnant que ce personnage se soit fait virer d’autres boites. En montant les prix, il incite la concurrence à entrer sur le marché devenu si juteux. A moins qu’il aie pris des actions des petites entreprises du secteur…

    Pas un journaleux pour le relever : pas assez sensass ❗

    • c’ est l’ avis ci dessus de Michel
      « Souvenez vous les enfants , » c’est de l’ Art Humoristique ! Bravo l’ auteur ( E) si c’ est une dame ( faut pas contrarier nos féministes

  • Excellent article, merci à l’auteur.

  • Les commentaires sont fermés.

La liberté d’expression n’est pas gratuite!

Mais déductible à 66% des impôts

N’oubliez pas de faire un don !

Faire un don

Le colonialisme est devenu un sujet brûlant ces dernières années. La haine dirigée contre Israël dans les universités américaines et européennes est idéologiquement basée sur la théorie « post-colonialiste », devenue une sorte de religion politique, en particulier parmi les anticapitalistes « réveillés ».

Mais dans quelle mesure la thèse selon laquelle le capitalisme est fondé sur le colonialisme est-elle vraie ? L'économiste germano-britannique Kristian Niemietz, du prestigieux London Institute of Economic Affairs, s'est penché sur ce... Poursuivre la lecture

0
Sauvegarder cet article

La société Proxima se lance sur le réseau ferroviaire de l’Ouest. Douze TGV ont été commandés à Alstom avec à terme des liaisons entre Paris, Angers, Rennes, Nantes, Bordeaux. Les premières liaisons sont annoncées pour 2027-2028. De quoi ravir les clients du train saturés par les grèves et de voir les services se multiplier sur le rail.

Le Train, un autre acteur privé, devrait lui aussi arriver en 2026.

De quoi chambouler le paysage du ferroviaire dans l’Ouest de la France et faire des émules dans les autres régions.

Seul... Poursuivre la lecture

On suppose généralement que le capitalisme a fleuri à la même époque que les Lumières, c'est-à-dire au XVIIIe siècle, et que, tout comme les Lumières, il a entraîné une diminution de la religion organisée. En fait, l'Église catholique du Moyen Âge a été le principal foyer des premières manifestations du capitalisme. Max Weber a situé l'origine du capitalisme dans les villes protestantes modernes, mais les historiens d'aujourd'hui trouvent le capitalisme bien plus tôt que cela dans les zones rurales, où les monastères, en particulier ceux des ... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles