Les DTS : que sont-ils… et à quoi servent-ils ?

Billets dollars (Crédits 401kcalculator.org, licence Creative Commons)

Que sont les DTS ? Quel est leur rôle dans la crise Chine/États-Unis de l’été dernier ?

Par Jim Rickards.

Billets dollar USD (Crédits 401kcalculator.org, licence Creative Commons)
Billets dollar USD (Crédits 401kcalculator.org, licence Creative Commons)

On parle beaucoup en ce moment du rôle des DTS. Les newsletters et blogs financiers sont remplis de pronostics selon lesquels les DTS sont sur le point de remplacer le dollar en tant que monnaie de réserve mondiale. On trouve encore plus de contenus internet concernant l’intégration du yuan chinois dans ce que l’on appelle le « panier » des devises constituant les DTS.

Le caractère technique des DTS a provoqué des spéculations infondées, de l’hystérie et des prévisions désastreuses n’ayant aucun fondement dans la réalité. Ce n’est pas surprenant. La plupart des gens qui sont experts en DTS travaillent en fait au FMI ou dans les ministères des Finances des pays membres du FMI. Ils n’ont aucun intérêt à commenter publiquement ce qu’ils sont en train de faire. Quant à la plupart de ceux qui font des commentaires, ils n’ont pas l’expertise leur permettant de savoir de quoi ils parlent. C’est pourquoi les blogs sont remplis de fausses informations et d’hyperboles qui ne servent qu’à inquiéter et perturber les investisseurs.

Il n’existe pas non plus de sources vers lesquelles les lecteurs pourraient se tourner pour consulter des opinions d’experts désireux de débattre de ces sujets publiquement. Encore une fois, sauf pour vous. Nous sommes spécialisés sur ces sujets et nous essayons de vous en parler de façon accessible. C’est mon ambition en tout cas.

Oui, les DTS sont la future monnaie de réserve mondiale. Dans le contexte d’une future crise des liquidités, l’émission massive de DTS serait extrêmement inflationniste. Les conséquences pour les investisseurs possédant des actifs en dollar américain seraient énormes. Pourtant, le processus sera progressif et se déroulera de telle façon que les marchés le remarqueront à peine, du moins au départ.

Les commentateurs qui « crient au loup » à propos des DTS ne rendent pas du tout service aux investisseurs car les marchés se montreront peut-être complaisants le temps que le loup arrive vraiment.

Pour comprendre ce qui est en jeu, voyons le fonctionnement de ces DTS… et le rôle qu’ils ont joué dans la crise Chine/États-Unis de l’été dernier.

Qu’est-ce qu’un DTS ?

La réponse est étonnamment simple. C’est la monnaie mondiale émise par le FMI, et qu’il distribue à ses pays membres. C’est simplement un autre type de monnaie fiduciaire, comme le dollar ou l’euro, qui n’est adossée à rien. La seule petite différence, c’est que les DTS ne peuvent être utilisés que par des pays, et non par des particuliers. Mais les pays peuvent « échanger » leurs DTS contre des dollars ou des euros, au sein du FMI, via un mécanisme de transactions secret.

Au bout du compte, les DTS peuvent être dépensés pour réaliser des transactions privées, une fois que l’échange est fait. C’est pourquoi l’émission de DTS renferme le même potentiel d’inflation que l’émission de dollars ou d’euros.

Les DTS sont-ils adossés à quelque chose ?

La réponse est « non ». De nombreux commentateurs pensent que les DTS sont adossés à un panier de devises (dollar, euro, livre sterling et yen). Mais la seule vocation de ce panier est de calculer la valeur d’un DTS. À dater du 4 septembre 2015, la valeur d’un DTS était de 1,40 $. Toutefois, cette valeur a fluctué entre 1,35 $ et 1,60 $ au cours de ces dernières années. À cet égard, les DTS sont comme toutes les devises ayant un cours de change flottant.

Ce panier est utilisé afin de calculer son taux de change flottant par rapport aux devises librement convertibles. Il ne sert à rien d’autre. Il n’existe aucun compte séparé contenant des monnaies fortes auxquelles sont adossés les DTS.

Les DTS sont-ils récents ?

Pas du tout. Ils ont été inventés en 1969 et émis en grandes quantités depuis lors. Le FMI a émis trois milliards de DTS entre 1970 et 1972. L’émission suivante s’est élevée à 12,1 milliards entre 1979 et 1981. Après 1981, il n’y a eu aucune émission pendant près de 30 ans.

Puis, en 2009, le FMI a émis 182,7 milliards de DTS en deux tranches. Le cumul des émissions à ce jour s’élève à 204,1 milliards de DTS, soit l’équivalent d’environ 285 milliards de dollars américains au taux de change actuel.

Pourquoi les DTS sont-ils émis ?

Les DTS ne sont pas émis aux fins de sauvetages ou de solvabilité. Ils constituent avant tout un outil de liquidité. Les DTS sont émis en périodes de crise financière mondiale, alors que les investisseurs se débarrassent de leurs actifs et se ruent vers les liquidités. Les dates d’émission effective le démontrent :

• L’émission de 1970-1972 coïncide avec la ruée sur Fort Knox, lieu de stockage de l’or aux États-Unis, et la fermeture du guichet de l’or à l’initiative de Nixon ;
• Celle de 1979-1981 coïncide avec l’hyperinflation et la perte de confiance vis-à-vis du dollar ; les Américains se rappelleront peut-être des « obligations Carter », lorsque le Trésor US a dû emprunter en francs suisses, et les taux d’intérêt à 20% de Paul Volcker.
• L’émission de 2009 faisait partie du plan global de sauvetage mis en place par le G20 au lendemain de la crise financière de 2008.

Les DTS ne sont émis ni à la légère ni fréquemment. L’élite au pouvoir les fait intervenir lorsqu’il lui semble que le système monétaire international s’effondre. La prochaine fois qu’une crise financière s’amorcera, elle dépassera la capacité des banques centrales dont les bilans sont déjà tendus à cause de la crise précédente. C’est à ce moment-là que le monde sera inondé de DTS.

Les DTS ne jouent pas simplement le rôle de monnaie. Ils peuvent également représenter une sorte de crédit. Le FMI tient ses comptes en DTS. Lorsque le FMI emprunte de l’argent auprès d’un pays membre tel que la Chine, il donne à la Chine un bon libellé en DTS.

Lorsque le FMI prête de l’argent à un pays en faillite comme l’Ukraine, le prêt est également libellé en DTS. Bien sûr, l’Ukraine peut rapidement convertir les DTS en dollar, grâce au guichet de change du FMI, mais cela signifie simplement qu’un autre membre du FMI se retrouve avec des DTS dans ses positions de réserve.

Les activités de ce guichet de change sont tenues secrètes mais, en étudiant les positions de réserve des banques centrales par rapport aux précédentes émissions de DTS, on voit où partent les DTS.

Actuellement, la Chine semble être le plus gros acheteur de DTS, tout comme elle est le plus gros acheteur d’or. Pour la Chine, ce sont simplement des moyens détournés de se débarrasser de ses dollars, sans perturber directement le marché des titres du Trésor américain.

Le FMI, la Chine et les États-Unis…

Cela nous amène à l’interaction actuelle entre le FMI, la Chine et les États-Unis concernant l’intégration de la monnaie chinoise, le yuan, au panier des DTS qui contient déjà le dollar, l’euro, le yen et la livre sterling.

La pondération actuelle de ce panier est de 37,4% en euro, 41,9% en dollar, 9,4% en yen et 11,3% en livre sterling. Étant donné l’importance de la Chine, qui est actuellement la seconde économie mondiale et qui représente 14% du PIB mondial, ainsi que l’utilisation grandissante du yuan dans les transactions commerciales et financières, il est saisissant de voir que le yuan ne fait pas encore partie des DTS.

La décision d’intégrer le yuan au panier des DTS fait partie d’un jeu de pouvoir de plus grande envergure se déroulant entre la Chine et les États-Unis. Depuis 2009, la Chine est l’un des prêteurs les plus importants du FMI. En revanche, cette année-là, les États-Unis ont refusé de financer leurs engagements de prêt au FMI, au sommet du G20 à Pittsburg. Le FMI a proposé à la Chine d’augmenter ses droits de vote en proportion avec sa dimension au sein de l’économie mondiale, mais les États-Unis ont refusé d’approuver ce changement.

En fait, les États-Unis ont pris les ambitions chinoises en otage afin de forcer la Chine à éviter de déprécier le yuan. Cette stratégie a assez bien fonctionné tout au long de 2014 et 2015. Le yuan est demeuré stable à environ 6,2 pour 1 $. Les plaintes des États-Unis à l’égard de la Chine concernant le fait qu’elle « manipulait sa monnaie » se sont évanouies.

Le problème, c’est que pour maintenir ce peg, la Chine devait vendre des dollars et acheter du yuan sur les marchés. Cela revient à opérer une sorte de resserrement monétaire car, lorsqu’une banque centrale achète sa propre monnaie, elle réduit sa masse monétaire. La Chine a dû procéder à ce resserrement car la Fed évoquait un relèvement des taux d’intérêt, ce qui a renforcé le dollar. Si le dollar se renforçait, et que le yuan était arrimé au dollar, le yuan se renforçait également. Cela a contribué au ralentissement de l’économie chinoise.

Finalement, la pression est devenue trop forte pour la Chine et elle a rompu son peg avec le dollar le 11 août 2015.

Cela a fait déferler une vague d’instabilité et d’incertitude partout dans le monde, aboutissant à un krach des valeurs américaines. De fait, le discours de la Fed concernant un resserrement a fait le tour du monde via la Chine, puis est revenu aux États-Unis, sous forme de correction des marchés boursiers.

C’est ainsi que les choses fonctionnent dans un système financier mondialisé et étroitement connecté. Il se produira d’autres exemples de ce type de contagion.

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